L’autre vie de rêve que Glen Constantin a déclinée


Jean-Nicolas Blanchet
Partager
L’entraîneur-chef du Rouge et Or de l’Université Laval, Glen Constantin, mène la vie dont il rêvait. Il n’a aucun regret. Mais il admet qu’il y a des «et si» qui lui trottent parfois dans la tête, comme le: et s’il était resté entraîneur avec les Cougars de Houston en 1996, dirigerait-il dans la NFL?
Probablement, réplique-t-il.
Le pilote de 59 ans du Rouge et Or m’a accordé une longue entrevue jeudi, quelques jours après sa 11e Coupe Vanier. En 25 ans comme entraîneur-chef avec Laval, son équipe a aussi remporté 15 Coupes Dunsmore. Onze fois, il a été nommé entraîneur de l’année au Québec.
Glen Constantin est, déjà par des miles, le plus grand entraîneur de football universitaire canadien.

Il aime souligner qu’il n’est pas le seul responsable d’avoir fait de la ville de Québec le plus gros marché et le meilleur programme de football universitaire canadien. Mais ça, c’est beaucoup d’humilité. Car la réalité, c’est que c’est beaucoup grâce à lui.
Et s’il ne s’était pas joint au personnel d’entraîneurs du Rouge et Or en 1996, je suis loin d’être convaincu que l’équipe serait une dynastie.
Et si?
Et c’est passé bien près de ne jamais arriver. On est en 1995. Constantin a 31 ans. C’est un jeune coach avec beaucoup d’ambition. Il a son diplôme en éducation physique qu’il a obtenu en évoluant avec les Gee-Gees d’Ottawa. Et il a dirigé une partie de la défensive des Gaiters de Bishop’s durant quatre ans. Le voilà donc avec les Cougars de Houston dans la NCAA. Il reluque un nouveau poste au sein du personnel d’entraîneurs avec l’équipe, mais on lui préfère Jim Washburn.

Avec le recul, c’était une pas pire décision, rigole Constantin. Washburn a ensuite dirigé durant plus de 15 ans dans la NFL.
Mais bref, c’est à ce moment-là que l’Université Laval l’a contacté. «Le timing était bon. Je n’avais pas eu le job que je voulais à Houston. J’étais frustré. J’aurais pu rester là-bas avec le même poste que j’avais, mais j’avais aussi le goût de revenir à Québec», m’explique-t-il.
Car Glen Constantin, vous vous en doutez, est un amoureux de la ville de Québec. Il a grandi sur la 1re Avenue dans Limoilou, avant de déménager dans le quartier Saint-Sacrement. Son père, Gaston, est décédé alors que Glen n’avait que 11 ans.

Mais il avait eu le temps de lui montrer quelques matchs à l’école secondaire St. Patrick, où le jeune Constantin est allé par la suite.
Glen Constantin a quitté la région pour le cégep, l’université, puis il est allé au Texas, et un peu aussi au Michigan. «Je voulais revenir au Québec, mais plus ça allait et plus je m’éloignais. Mais c’était normal. Il n’y en avait pas de football à Québec», regrettait-il.
La page et la carte blanche
Et voilà, après un concours de circonstances, il revenait chez lui pour aider le Rouge et Or à faire grandir le programme. Ce qu’il aimait le plus dans tout ça, à Laval, c’est la «page blanche». Autrement dit, tout était à faire et il n’y avait pas vraiment de limites pour aller au bout de l’ambition de bâtir le meilleur programme de football au Canada.
«Ils m’ont dit qu’ils allaient construire un stade. Le terrain, en 1995, c’était une patch de gazon entouré de bois traité qui pourrissait, rigole-t-il. Il n’y a pas une journée où je passe devant le stade et que je ne revois pas à quoi ça ressemblait.»
Quelques années plus tard, il devenait l’entraîneur-chef du Rouge et Or et il n’a pas bougé de là. C’est devenu sa vie. C’était un jeune adulte quand il est arrivé. Là, il aura 60 ans dans quelques semaines et les cheveux gris sont devenus majoritaires. Ce n’est pas les offres pour aller ailleurs qui ont manqué. «Il y en a eu une vingtaine, je te dirais. Mais là, ça fait cinq ou six ans qu’il n’y en a pas eu. Je pense que le monde est au courant que je ne bougerai pas.»

Une des dernières offres qu’il a reçues provenait de la NFL d’ailleurs. «C’était un beau projet de retraite», à son sens. Mais il n’était pas rendu là et l’offre ne l’a pas intéressé plus qu’il ne le faut.
L’autre carrière hypothétique
Néanmoins, il ne cache pas qu’il pense parfois à la vie qu’il aurait eue s’il avait dit non au Rouge et Or il y a 30 ans. Car plusieurs de ses amis et anciens coachs avec qui il travaillait à l’époque ont connu de grandes carrières dans le football américain. La plupart sont d’ailleurs parmi ses mentors, avec qui il échange régulièrement.

Parmi les anciens collègues de Constantin, on retrouve évidemment Jim Washburn, qui a été avec les Lions, les Eagles et les Titans. Il y a Jim Herrmann, qui a été avec les Jets, les Giants et les Colts. Chad O’Shea est avec les Browns et il a été avec les Dolphins, les Patriots, les Vikings et les Chiefs. Il y a Clay Helton, qui dirige Georgia Southern après avoir été l’entraîneur-chef de l’Université USC.
Et j’en passe.
«Si tu étais resté à Houston, est-ce que tu coacherais dans la NFL?» lui ai-je lancé.
«Mes collègues sont là. [...] Est-ce que je pense que j’aurais pu être là-dedans? Oui.»
Mais cette carrière hypothétique ne lui aurait pas tout rapporté ce qui le fait «vibrer» avec le Rouge et Or.
«Quand j’ai quitté Houston, je m’étais fait la promesse que je voulais que Québec devienne la capitale du football au Canada, un peu comme le Texas du Canada», lance-t-il.
«Quand je suis arrivé, il y avait 11 programmes de football scolaires à Québec. Là, il y en a 50. Ç’a fait une sorte de toile d’araignée et nos anciens joueurs sont rendus partout, comme pour s’occuper des programmes secondaires ou collégiaux.»
Ceci, ça le rend fier en batinse.
Aider les humains avant les joueurs
Un autre aspect qu’il adore en vieillissant et on le voit très bien quand il en parle, car il n’est pas arrêtable, c’est l’impact qu’il peut avoir sur les individus comme enseignant. Car sa formation, c’est en éducation physique. Ça reste une partie de son travail qu’il adore, l’enseignement à travers le football.
«Si je ne vais pas professionnel, c’est aussi pour ça. J’aime gérer le côté humain. Maintenant, j’ai mes stratèges avec Marc [Fortier], Justin [Éthier] et Mathieu [Bertrand], donc j’ai plus de temps à consacrer à la gestion des individus. Et j’aime beaucoup ça.»
«Les premiers de classe, je ne les vois jamais dans mon bureau, poursuit-il. Je parle des cas à problème. Des joueurs qui ont des défis au plan académique ou personnel, par exemple. Je dis toujours aux parents qu’au niveau professionnel, les problèmes, on les échange ou on les retranche. Pas nous. Nous, on forme et on aide les individus à travers cette phase importante de leur vie comme étudiant-athlète.»

Ça n’enlève rien au fait que coacher, ça reste son dada. À 16h, quand c’est le temps de sortir pour l’entraînement, «c’est ma récréation», de dire Glen. Même après toutes ces années, pour lui, quand arrive le premier entraînement au mois d’août, «c’est comme Noël».
Glen Constantin qui coache un autre club que le Rouge et Or dans sa vie, c’est une possibilité? «Pas une équipe universitaire canadienne!» conclut-il.
En rafale
Glen, l’enfant un peu plate
Ce qui lui a toujours plu au football, c’est l’aspect stratégique. Même très jeune. «Je jouais aussi au hockey et au basketball. Je n’aimais pas ça, improviser. J’étais le petit gars qui voulait toujours qu’on ait des stratégies. J’étais un peu l’enfant plate de la bande, car je voulais toujours qu’on soit structuré.»
Glen, un peu plus doux
Avec le recul, Constantin croit avoir changé pour le mieux sous différentes facettes comme entraîneur, en 25 ans. «Au début, c’était plus performance football. Je pense que quelque part, j’étais plus intense et avec le temps, j’ai été capable de mieux gérer ça. Tous les sujets s’abordent, mais ça dépend comment tu le fais. Je pense que oui, je me suis adouci avec le temps.»
Glen et son tournoi
C’est un rêve pour lui: un tournoi regroupant les six meilleures équipes universitaires au Canada. Surtout avec le format désuet des séries, où ce ne sont pas nécessairement les meilleures équipes qui sont représentées.
Glen et son Patrick Roy
Patrick Roy et Glen Constantin ont grandi ensemble. Ils jouaient au hockey mineur ensemble. Les deux ont toujours une excellente relation et n’hésitent pas à s’aider. «On est deux compétiteurs féroces. On s’entraide. Lorsqu’il a gagné sa coupe Memorial, nous avons discuté souvent et il me demandait comment je gérerais telle affaire. J’étais vraiment honoré qu’un gars comme lui me parle comme ça.»
Glen ou Danny
«Tu prends qui pour partir une équipe de football, toi ou Danny Maciocia?» Glen répond sans hésiter. «Pour une équipe pro, je prends Danny. Pour une équipe universitaire, c’est moi.» Il ne cache pas être un partisan des Alouettes, d’ailleurs pour Danny. Du côté de la NFL, son club, c’est Cleveland, car il ne se range pas derrière des équipes, mais plutôt derrière des entraîneurs avec qui il a déjà travaillé, comme avec les Browns.