Laurent Dubreuil se joint au «Journal»: les dessous de la pire compétition pour un athlète


Laurent Dubreuil
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À exactement un mois du début des Jeux olympiques de Milan, il me fait plaisir de vous annoncer l’ajout d’un des plus grands patineurs de l’histoire canadienne au sein de notre équipe.
Le palmarès du Lévisien de 33 ans est grandiose. Non seulement détient-il une quarantaine de médailles sur le circuit de la Coupe du monde de patinage de vitesse longue piste, mais il a aussi été sacré champion du monde en 2021, en plus de décrocher l’argent aux Jeux de Pékin.
Et en Italie, Laurent se battra pour une autre médaille.
Authentique et loin d’avoir la langue de bois, le jeune père de famille nous fera vivre en même temps les coulisses de son entraînement, de son arrivée aux Jeux, de ses compétitions et de ses résultats.
Mais aussi, il vous amènera avec lui dans le Village olympique et derrière les scènes sportives. Comme si vous étiez un olympien, vous aussi.
Vous pourrez lire Laurent chaque jour durant les Jeux. D’ici là, il publiera une chronique chaque mardi.
– Denis Poissant, directeur des sports
Les sélections olympiques comme celles qui se déroulent jusqu’à mardi, c’est peut-être la pire compétition pour un athlète, en termes de gestion du stress. Parce que ça passe ou ça casse.
Pour la plupart des athlètes, le rêve ultime, ce n’est pas de gagner une médaille olympique. C’est de participer aux Jeux. C’est ton rêve de jeunesse.
Quand tu es olympien, c’est un peu comme quand tu es président des États-Unis. Tu le restes jusqu’à ta mort. Personne n’est un ancien président des États-Unis, tout comme personne n’est un ancien olympien.
À un centième du rêve
Mais lors des sélections olympiques, ton rêve peut être détruit par un, trois ou cinq centièmes.
Sur 500 mètres, en l’espace de 34 secondes, tu fais les Jeux ou tu ne les fais pas.
Lors de celles de l’équipe canadienne de patinage de vitesse longue piste, on a vu des athlètes jubiler parce qu’ils se sont classés par un, trois ou cinq centièmes.
Et on en a vu dont le rêve a été détruit par ces mêmes temps. C’est dur à vivre, au sein de notre petit groupe d’entraînement au 500 mètres qui est ensemble depuis quatre ans.
Triomphes humains, drames humains
Moi, je me suis classé au 1000 mètres, dimanche, mais je l’étais déjà sur 500. Ça ne m’a pas empêché de m’entraîner, mais il n’y avait pas d’enjeu autre que de bien me préparer.
Les trois premiers se qualifiaient pour Milan. Anders Johnson, un coéquipier de l’Ouest, a pris la deuxième place et le Québécois Cédrick Brunet, la troisième. Un autre Québécois, Christopher Fiola, a fini quatrième.
Il y avait un centième qui séparait les deux derniers. Un centième a permis à l’un de confirmer sa place aux Jeux, un centième a contraint le second à mettre une croix sur son rêve.
Ce sont des triomphes humains, mais aussi des drames humains. Surtout pour ceux qui rêvent de ce qui pourrait être leur seule participation aux Jeux.
La tension monte
Ça se sent des mois avant les sélections olympiques. La tension monte, le niveau de discipline aussi.
Pas le mien: je tente d’être aussi discipliné lors de chaque saison, olympique ou non. Mon objectif est différent, je vise une médaille aux Jeux, malgré un début de saison difficile.
Mais je me suis replacé. Sur 500 mètres, j’ai signé le meilleur temps de l’histoire du Centre de glaces de Québec, lundi. C’est aussi mon meilleur chrono au niveau de la mer, qui sont des glaces plus lentes que celle en altitude.
Ce sera maintenant une fierté pour moi de voir mon chrono de 34 secondes affiché au sommet du palmarès, chaque fois que je monterai les marches au Centre de glaces.
Pour l’athlète moyen au sein de l’équipe nationale, toutefois, il y a plus d’attention portée à l’alimentation et à la routine de sommeil, l’année des Jeux. Ils forcent peut-être un peu plus à l’entraînement, aussi.
Certains athlètes s’isolent davantage. Les sélections olympiques, c’est un sujet que personne n’aborde.
Je ne voulais plus le voir
Je l’ai vécue, cette déception, en 2014. J’ai raté les Jeux de Sotchi. J’étais quand même allé au Championnat du monde, mais après, j’ai pris une pause.
Je m’étais fait dépasser par Muncef Ouardi, qui était un ami et qui l’est encore aujourd’hui. Après avoir raté la qualification, je n’avais plus envie de le voir, et c’était mieux ainsi, tant pour moi que lui, qui était tellement heureux d’aller aux Jeux.
Moi, mon attitude était sûrement dégueulasse. Je n’étais plus motivé. Je ne lui en voulais pas: notre sport est extrêmement juste. C’est toi, dans ton corridor, contre un autre patineur, dans son corridor.
Par chance, j’avais 21 ans, je savais que je pourrais me reprendre, et je l’ai fait. Mais ce n’est pas nécessairement le cas quand tu as 29 ans, comme Christopher, et que tu ne sais pas si tu patineras encore dans quatre ans.
– Propos recueillis par Jessica Lapinski