Lauréate du Grand Prix de Poésie de l'Académie française, Hélène Dorion dit que la poésie est un lien essentiel avec le monde qui l'entoure
Récompensée pour l'ensemble de son œuvre poétique


Marie-France Bornais
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Lauréate du Grand Prix de Poésie de l’Académie française 2024 pour l’ensemble de son œuvre poétique, l’écrivaine québécoise Hélène Dorion dit que, pour elle, la poésie est un lien essentiel au monde. «C’est vraiment ma manière d’être reliée au monde et de donner à ce lien-là une épaisseur, un surcroit de sens. Une possibilité aussi de le questionner, de le retourner, de m’émerveiller, de le rencontrer différemment à travers le langage. C’est des questions, des émerveillements, et la possibilité, évidemment, de donner du sens à travers le langage.»

Magnifier la réalité
En entrevue peu après avoir reçu son prix – un honneur qui l’a beaucoup émue –, Hélène Dorion explique qu’elle a demandé beaucoup à la poésie, quand elle a commencé à écrire. «Ce n’est pas rien de demander du sens, de l’émerveillement... demander de nourrir mes questionnements. Mais la poésie m’apporte énormément. C’est un lien essentiel au monde.»
«Quand on lit un poème, ça magnifie la réalité. Ça nous la fait voir différemment. Ça nous permet de la rencontrer autrement. C’est pour ça que la poésie est si importante, à mon sens, aujourd’hui. C’est parce qu’elle peut nous déplacer devant les questions, les problématiques qui se posent à nous, comme êtres humains, comme société. On peut lui demander beaucoup. On peut lui demander de nous dire le monde différemment, de nous le proposer autrement et de nous déplacer devant lui.»
La poésie serait-elle un genre de coffre à outils pour vivre? «Tellement! C’est tellement ça!», s’exclame-t-elle. «La poésie, c’est un peu faire trembler le langage pour le rendre plus fort. Donc, tu as aussi toutes ces questions et tous ces émerveillements.»

Ses sources d’inspiration
Ses sources d’inspiration principales, ou les plus profondes, sont dans le monde vivant: la nature et l’être humain, dans sa beauté et dans sa complexité. «Qu’est-ce que c’est une vie et qu’est-ce que c’est un lien au monde du vivant? La nature m’apprend. Je regarde la nature, la lumière, les saisons, les changements qui sont là. J’apprends de ça et ça m’inspire. C’est comme une nourriture qui est toujours en train de m’être servie.»
Les liens humains sont aussi pour elle une grande source d’inspiration. «Comment on se relie au monde, à soi-même, aux autres, à travers cette beauté complexe du monde actuel? Bien sûr, tout ce qu’on vit, toutes les turbulences, toutes les fragilités du monde me nourrissent aussi. Je questionne ce qui est là et cette réalité changeante, en mouvement.»
Entrer en dialogue
Quand elle est assise dans son pavillon d’écriture, dans sa forêt, Hélène Dorion entre en dialogue avec ce qui l’entoure. «Autrement dit, ne pas avoir forcément quelque chose à dire. Mais au contraire, me mettre en état d’écoute: qu’est-ce que tout ça a à me dire? Que ce soit la lumière, tout ce qui est devant moi; ce monde en mouvement et apparemment immobile qui est là. On dit parfois qu’écrire, c’est s’exprimer, mais pour moi, c’est d’abord écouter. Écouter en dialogue et laisser parler ce qui est là devant moi.»
La démarche est donc très organique. «Il y a pour moi trois actes: la sensation, l’émotion, la réflexion. Et bien sûr, la narration. Il faut que ça raconte quelque chose. C’est comme si tout ça créait une sorte de mouvement circulaire et moi, je me promène à travers ça. C’est pas une intellectualisation. C’est pas conceptuel. C’est vraiment dans l’intuition, l’imagination. C’est comme si je laissais à une moitié du cerveau... la paix!»
- Hélène Dorion a reçu le Grand Prix de Poésie de l’Académie française 2024 pour l’ensemble de son œuvre poétique.
- Elle a aussi reçu le prix Mallarmé, le Prix du Gouverneur général du Canada, le prix Anne-Hébert, le Prix de la revue Études françaises de l’Université de Montréal et le prix Léopold-Senghor.
- Son œuvre est traduite en plus de 15 langues à travers le monde.
- En 2019, elle a reçu le prix Athanase-David, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec en littérature.
- En juin dernier, elle a reçu le titre de Compagne de l’Ordre des arts et des lettres du Québec.
- Elle est la première autrice à avoir vu son œuvre figurer de son vivant au programme du baccalauréat français.
- Elle a publié Pas même le bruit d’un fleuve en 2020 chez Alto.
▶À lire, l’entrevue réalisée avec Hélène Dorion après la réception de son prix.
«La poésie, c’est vraiment ma manière d’être reliée au monde»
- Hélène Dorion
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