L’attentat contre Trump remet les émotions au cœur de la campagne


Pierre Martin
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La campagne présidentielle américaine vient de recevoir une surcharge d’émotion samedi, alors que Donald Trump a été la cible d’une tentative d’assassinat.
Heureusement, l'ex-président est sauf. Tragiquement, un partisan a été tué, quelques autres ont été blessés et le tireur a été sommairement exécuté.
D’autres commenteront les circonstances de l’incident et les motifs d’un individu manifestement instable. Il m’importe plutôt de chercher à comprendre pourquoi cette année électorale se déroule sous le signe de la violence et quelles seront les conséquences possibles de cet événement.
Rumeurs et complots
Comme d’habitude, l’attentat a vite entraîné un déversement de théories du complot. À gauche, on a vite soupçonné une mise en scène. À droite, on y a vu un coup d’un membre d’Antifa, dont on a réclamé l’inclusion sur les listes de groupes terroristes.
C’est une réalité plus complexe qui a émergé quand on a su que le tireur était en fait un jeune de 20 ans inscrit aux registres électoraux en tant que républicain. Curieusement, personne n’a réclamé qu’on désigne ce parti comme groupe terroriste.
C’est la faute de Biden!
Rapidement, les théories du complot ont cédé la place aux dénonciations de la rhétorique des démocrates, que plusieurs commentateurs ont accusés d’avoir encouragé ce désaxé à passer aux actes.
Les critiques de Trump soutiennent depuis longtemps qu’il représente une menace pour la démocratie américaine et Biden a récemment exhorté (en privé) un petit groupe de donateurs à garder Trump «in the bullseye». Plusieurs républicains ont réagi comme si Joe Biden avait tiré lui-même.
C’est un peu fort de la part d’un parti qui voue un culte à un candidat qui répète sans cesse qu’un vote contre lui signifierait la fin du pays, qui traite ses opposants de vermine à exterminer, qui s’est moqué de l’attentat à coups de marteau contre le mari de Nancy Pelosi et qui tient depuis longtemps un discours politique imprégné de violence.
Surcharge émotive
Dans cette campagne que les deux côtés qualifient d’existentielle, les émotions étaient déjà à fleur de peau. Cet événement ne fera rien pour ramener les débats sur le plan de la raison.
La convention républicaine de cette semaine à Milwaukee se préparait déjà à consacrer Donald Trump comme le sauveur indispensable d’une nation en perdition. L’attentat lui assure désormais d’être idolâtré comme un martyr sauvé par une intervention divine.
Aussi condamnable qu’il soit, cet attentat ne change rien au fait que Trump est une menace pour la démocratie et l’État de droit, un criminel condamné, un fraudeur avéré, un agresseur sexuel démontré et un menteur invétéré. Il était et il demeure entièrement inapte à occuper la présidence.
Il importe encore de débattre sur le fond le programme de gouverne autocratique, cruel, liberticide et ruineux que Trump promet et dont plusieurs aspects sont exposés en détail dans le Project 2025.
Ces débats de fond étaient déjà obscurcis par la campagne-spectacle de Trump et le psychodrame du remplacement potentiel de Biden. Il faut s’attendre à ce que la suite soit encore plus dominée par les émotions et – malheureusement – encore plus entachée par le spectre omniprésent de la violence.