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L’attaque du Hamas était-elle prévisible? 3 experts répondent à nos questions sur la guerre

AFP
Photo portrait de Mathieu Carbasse

Mathieu Carbasse

2023-10-12T21:01:20Z

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L’offensive du Hamas était-elle prévisible? Israël paye-t-il pour sa politique toujours plus à droite? Quelle va être la position de l’État hébreu désormais? Combien de temps le conflit va-t-il durer? On fait le point sur la guerre entre Israël et le Hamas avec trois experts.  

L’attaque du Hamas était-elle prévisible?  

Pour Stefan Winter, qui enseigne l’histoire du Proche-Orient et du Maghreb à Université du Québec à Montréal (UQAM), rien ne laissait entrevoir une attaque d’une aussi grande envergure que celle survenue samedi dernier. Selon lui, l’offensive du mouvement de résistance islamique palestinien a été rendue possible par une faillite d’Israël en matière de défense et de renseignement.  

«C’est une faillite du renseignement, mais aussi une faillite de la défense des villages situés à quelques kilomètres de Gaza», explique M. Winter. 

L’autre raison pour laquelle l’opération du Hamas a pu être possible: le grand secret entourant l’élaboration d’une telle opération. 

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«Ce qu’on comprend c’est qu’Israël et ses alliés, mais aussi l’Iran, ont été pris par surprise par cette opération ultrasecrète. Les transferts d’informations n'ont pas été effectués par voie électronique pour éviter que les messages soient interceptés par le reste du monde. C’est un peu old school comme méthode, sans utilisation de technologie», souligne de son côté Costanza Musu, professeure agrégée à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales à l'Université d'Ottawa. 

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Ce n’est pas tant le fait que le Hamas, qui avait accumulé dans les dernières années fusils et roquettes, a lancé une attaque qui est surprenant, mais son ampleur, ajoute-t-elle.  

Si l’attaque du Hamas était imprévisible, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, aurait néanmoins été alerté par un responsable du renseignement égyptien de l’imminence d’une opération majeure du mouvement islamique.

Combattants des brigades Al-Qassam, la branche armée du mouvement palestinien Hamas, le 20 juillet 2022
Combattants des brigades Al-Qassam, la branche armée du mouvement palestinien Hamas, le 20 juillet 2022 NurPhoto via AFP

Israël paye-t-il pour sa politique à l’égard de la Palestine?

«En politique, on récolte toujours les fruits des politiques précédentes», soutient Stefan Winter.  

Selon lui, l’attaque du Hamas de samedi vient surtout mettre à mal «le triomphalisme d’Israël et des Occidentaux, qui ont pensé à tort qu’ils pouvaient gagner cette guerre sans parler, sans négocier avec l’ennemi». 

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«Ils ont cru qu’ils pouvaient écraser les terroristes du Hamas sans plan de paix. Il faut trouver des solutions au lieu de bombarder, mais Israël préfère les armes plutôt que des solutions politiques», déplore l’historien, qui y voit des parallèles avec ce qui se passe en Ukraine ou en Afghanistan.  

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Le revirement très à droite du gouvernement de Benyamin Netanyahou et l'implantation de nouvelles colonies juives en Cisjordanie auraient aussi affecté les relations d’Israël avec ses voisins palestiniens, croit Benjamin Toubol, doctorant en sciences politiques à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval à Québec.  

À la décharge de l’État hébreu toutefois: depuis l’élection du Hamas, en 2006, Israël a perdu un interlocuteur fiable comme pouvait l’être l’Autorité palestinienne, rivale du mouvement islamique. 

Bombardements israéliens sur Gaza, le 12 octobre 2023
Bombardements israéliens sur Gaza, le 12 octobre 2023 AFP

L’attaque du Hamas est-elle un rappel brutal que le statu quo n'est pas durable?

L’attaque du samedi 7 octobre a fait voler en éclats le statu quo qui prévaut dans la région depuis l’abandon du processus de paix et la radicalisation grandissante du Hamas. 

Selon Stefan Winter, professeur d’histoire à l'UQAM, Israël paye aujourd'hui le prix de ce statu quo, seule option acceptable pour l’État hébreu, en dépit des solutions qui sont sur la table depuis des dizaines d’années.  

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«La première solution, c’est celle de deux États: Israël et la Palestine. C’est cette solution qui était prévue par les accords d'Oslo [signés en 1995] et qui est notamment préconisée par les États-Unis et le Canada. Cette solution prévoit un État palestinien souverain, ce qui est inacceptable pour Israël qui refuse d’accéder aux revendications des Palestiniens», expose M. Winter.

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«La seconde solution c’est celle d’un seul État, avec annexion de la Palestine. Ce qui signifie qu’Israël doit prendre ses responsabilités vis-à-vis de la population de cette terre occupée. Israël doit intégrer les Palestiniens dans son État. Comme le taux de croissance naturelle de la population palestinienne est bien plus élevé qu’en Israël, c’est une solution impossible à accepter pour Israël qui a tout intérêt à maintenir le statu quo: ni reconnaissance d’un État palestinien ni annexion totale de la Palestine», précise le professeur.  

Pour Stefan Winter, cette situation est tout bonnement «invivable pour les Palestiniens qui subissent la guerre au quotidien, se font bombarder dès qu’il y a de la violence commise alors qu’ils ne sont pas responsables».  

Un manifestant accroche un drapeau de la Palestine sur le mur séparant la bande de Gaza et Israël lors d’une manifestation | Archives
Un manifestant accroche un drapeau de la Palestine sur le mur séparant la bande de Gaza et Israël lors d’une manifestation | Archives AFP

Combien de temps le conflit va-t-il durer?

En réponse à l’offensive du Hamas, le premier ministre Benjamin Netanyahu a averti dimanche les Israéliens qu'ils étaient «embarqués dans une guerre longue et difficile».  

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«La population israélienne est très sensible aux otages qui sont de fait des prisonniers de guerre. Elle ne comprendrait pas qu’il n’y ait pas d'opération militaire majeure à Gaza ou en Cisjordanie. C’est un peu comme si on avait dit aux Français, le soir du Bataclan, “on ne va pas aller tuer les terroristes”. Je vous laisse imaginer comment la population aurait réagi...», détaille Benjamin Toubol, doctorant en sciences politiques à l’Université Laval à Québec. 

Des soldats israéliens patrouillent près du site du festival Supernova où 270 personnes ont été tuées par des militants du Hamas, le 7 octobre 2023.
Des soldats israéliens patrouillent près du site du festival Supernova où 270 personnes ont été tuées par des militants du Hamas, le 7 octobre 2023. AFP

Cette guerre risque donc de durer «au moins des semaines, si ce n’est des mois», selon Costanza Musu. 

«Cette fois, le but de l’opération est différent des autres opérations qui étaient destinées à diminuer l’espace du Hamas, en éliminant des commandants, etc., affirme-t-elle. Après ce qui s’est passé il y a quelques jours, il n’existe aucune probabilité qu’Israël convienne d’un cessez-le-feu avec le Hamas et qu’on continue comme ça.»  

«La question que tout le monde se pose désormais si on élimine le Hamas de Gaza, comment on le fait et surtout, qui va gouverner à Gaza après?», conclut-elle. 

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