L’Arabie saoudite lorgne le Québec pour la boxe
Un ministre saoudien «adore» le marché au Québec, selon le promoteur québécois qui l'a rencontré


Jean-Nicolas Blanchet
Partager
LAS VEGAS | Le ministre et conseiller à la cour royale de l’Arabie saoudite, Turki Al-Sheikh, est intéressé à investir pour des évènements de boxe au Québec, a appris Le Journal.
Al-Sheikh, qui est désigné par «son excellence» ici à Las Vegas, dirige la General Entertainement Authority. C’est une branche gouvernementale saoudienne qui vise à développer le secteur du divertissement partout dans le monde.
Bref, c’est Al-Sheikh qui est l’instigateur et l’investisseur principal du choc Canelo c. Crawford. Tout ça, main dans la main avec Dana White, de la UFC. Tout ça, sur Netflix. Et tout ça, c’est nouveau. C’est une nouvelle façon de présenter la boxe. Ça la rend plus accessible. Et c’est bien reçu. Surtout au moment où la boxe perd des plumes en Amérique du Nord sur le plan de la popularité.
Al-Sheikh arrive donc à Vegas en rockstar. C’est tout un personnage, à seulement 44 ans. Il est le nouveau visage de la boxe.

Imaginez, à 36 ans, il remportait le prix de l’Arabe le plus influent dans le monde du sport.
Plusieurs médias, dont ESPN et The Independant, l’ont nommé comme étant l’homme le plus influent de la boxe l’an dernier.
L'horreur et le sport
Il a été propriétaire d’équipes de soccer. Il a écrit le premier film d’horreur arabe international. Il est aussi maintenant propriétaire de la prestigieuse revue de boxe The Ring. Il est devenu un maniaque de boxe et s’impose comme le nouveau tout puissant de ce sport.
Mercredi, le promoteur québécois Camille Estephan a croisé le Saoudien. Ce qui devait être une courte conversation s’est éternisé, à la surprise d’Estephan.
«Il nous connaissait [Eye of the Tiger] très bien. Il aime notre marché et il nous fait confiance», m’a raconté le promoteur.
Il faut comprendre, Camille Estephan mesure une tête de plus que tout le monde et a des biceps aussi larges que des 2 litres de Pepsi. Ce n’est pas le genre de gars qu’on peut imaginer émerveillé avec des étoiles dans les yeux.

Mais c’était un peu ça. Surtout quand il a fini par me dire que Turki Al-Sheikh était intéressé à investir au Québec. Et à voir tout l’argent, l’achalandage, les médias et la visibilité du combat Canelo c. Crawford à Vegas, c’est facile de comprendre que ce serait majeur pour le Québec.
Hypocrisie
Je n’ai pas toujours été tendre envers les athlètes ou les organisations sportives qui acceptent d’embarquer dans les montagnes de frics de l’Arabie saoudite.
Mais j’ai vite réalisé que j’étais hypocrite. Car moi-même, je le faisais régulièrement.

Tu regardes un film de Disney? L’Arabie saoudite les finance. Tu joues à NHL au PlayStation? Même chose. Au Nintendo? Aussi. Tu aimes le jeu Call of Duty? Les Saoudiens sont derrière. On continue: Amazon, Uber, Facebook, Instagram... Même chose.
Tu dors au Hilton ou au Marriott pour aller voir un spectacle à Boston en achetant ton billet sur Ticketmaster? C’est le cas aussi.
Tu parles sur Zoom, tu achètes via PayPal, tu écoutes de la musique sur Spotify, tu vas sur Snapchat, tu conduis une Porsche, tu bois du Moët et Chandon, tu portes une sacoche Louis Vuitton, tu te parfumes avec du Dior. Dans tout ça, l’Arabie saoudite est impliquée. Et je pourrais continuer très longtemps.
Bref, l’opportunité est là pour le Québec.