L’année économique du gouvernement: un changement de cap vers la défense après l’échec de la batterie
La filière batterie caquiste a manqué de jus malgré des milliards injectés et les conférences de presse censées nous convaincre de son bien-fondé

Francis Halin et Sylvain Larocque
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Flop de la filière batterie, investissements publics qui se terminent en queue de poisson, promesses d’emploi non tenues... l’année qui s’achève n’a pas été de tout repos pour le gouvernement Legault, qui veut tourner la page en misant sur le secteur de la défense.
«La défense est au cœur de notre vision économique. Le Québec peut et doit obtenir sa juste part des contrats qui seront octroyés, particulièrement par Ottawa», a martelé début décembre la ministre de l’Économie, Christine Fréchette.

Pour la superministre, ce changement de cap survient au terme d’une année marquée par une cascade d’échecs dans la filière batterie.
Dans l’espoir de se donner un nouveau souffle à un an des élections, le premier ministre, François Legault, a convoqué les médias à la centrale hydroélectrique de Beauharnois, en novembre passé.

Dans sa «nouvelle vision économique», largement inspirée du plan d’Hydro-Québec déposé il y a deux ans, le mot «batterie» apparaît six fois et le mot «défense», 29 fois.
Cela dit, malgré un événement médiatique qui a coûté 55 000$ aux contribuables, le plan n’a pas été accueilli avec un grand enthousiasme par la communauté des affaires.
Le numéro un de la Caisse de dépôt, Charles Emond, brillait par son absence.
De son côté, Investissement Québec (IQ) a bouclé son exercice financier 2024-2025 avec un maigre profit de 13 M$, ce qui donne un rendement de 0,3%. Les résultats de la société d’État ont notamment été plombés par des pertes liées à des placements dans Lightspeed et Lumenpulse, décidés alors que Pierre Fitzgibbon était ministre de l’Économie.
La dégonfle de la filière batterie
Nemaska Lithium a suspendu son projet minier (décembre). Ultium CAM (GM) a mis sa phase deux sur pause, ce qui a signé l’arrêt de mort du projet de Vale, tandis que Lithion s’est placée à l’abri de ses créanciers (octobre). Québec a mis fin au projet d’usine de batteries de 7 G$ de Northvolt, qui devait être «le plus grand investissement privé de l’histoire récente du Québec», selon les mots du premier ministre, François Legault (septembre). Lion Électrique a été rachetée pour des miettes (juillet). La construction de l’usine d’EcoPro (Ford) à Bécancour a été mise à l’arrêt (juin). Rares lueurs d’espoir: Ottawa a promis d’acheter des minéraux critiques à l’entreprise québécoise Nouveau Monde Graphite (octobre), et le gouvernement sud-coréen a annoncé un investissement de 194 M$ pour le projet d’usine de feuilles de cuivre de Volta, à Granby (décembre).

Sonder: des emplois s’envolent en fumée
«Ce n’est pas tous les jours qu’on annonce des projets qui créeront 700 emplois», se félicitait Pierre Fitzgibbon, alors ministre de l’Économie, en prêtant près de 30 M$ de fonds publics à Sonder, en 2020. Cinq ans plus tard, l’État a perdu sa mise. En novembre, l’entreprise a fermé abruptement ses portes partout dans le monde. À Montréal, 79 personnes ont été remerciées, selon les avis de licenciement. Pris de court aux quatre coins de la planète, des milliers de voyageurs ont dû se trouver un plan B. Rappelons qu’en 2022, Le Journal révélait que Sonder s’était alliée à une entreprise dont les actionnaires sont reliés aux Bahamas, un paradis fiscal, pour deux projets à Montréal.

Recyclage Carbone Varennes: une déconfiture de 650 M$
Québec et Ottawa ont perdu 650 M$ dans Recyclage Carbone Varennes (RCV), un projet d’usine de biométhanol mené par Shell, Suncer et Enerkem, qui est insolvable depuis le mois de mars. Le projet, qui devait créer «de bons emplois», selon les mots de François Legault, a été plombé par les dépassements de coûts. Lors de l’annonce du projet, en 2020, Le Journal révélait que l’un des actionnaires d’Enerkem était lié à un paradis fiscal. En octobre, la Cour supérieure a autorisé la vente des actifs de RCV à la firme canado-américaine StormFisher pour 17,5 M$.

Airbus: vers une perte de 2,1 G$?
Un document obtenu par Le Journal révèle que Québec risque de perdre plus de 2,1 G$ au total dans le programme d’avions A220 d’Airbus. Il y a cinq ans, le gouvernement québécois avait fait une croix sur les 1,3 G$ investis dans ce que l’on appelait à l’époque la C Series de Bombardier. Il y a quelques semaines, Québec a inscrit une perte additionnelle de plus de 400 M$. Selon un document du ministère des Finances, le gouvernement a bien failli radier 800 M$ en tout, ce qui aurait anéanti la valeur du placement controversé.

Transparence douteuse
Cette année encore, la transparence d’IQ et du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) a été discutable. IQ et le MEIE ont refusé de dévoiler des documents sur l’évaluation des coûts et des retombées du projet de Flying Whales, dans lequel plus de 100 M$ de fonds publics ont été engloutis. La MEIE a aussi invoqué la «confidentialité» pour rejeter une demande concernant les plans du projet de Northvolt en Montérégie, et ce, même si l’entreprise suédoise a fait faillite.

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