Lane Hutson: le vol de la décennie?

Jean-Charles Lajoie
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Ce soir il faut qu’on se parle de Lane Hutson. Il est le premier défenseur depuis P.K. Subban à nous atteindre directement au cœur par ses prouesses sur la patinoire. En fait il est le premier joueur toutes positions confondues à instantanément nous faire vibrer...
Même si l’échantillonnage est très mince, à peine 6 matchs au compteur de sa carrière dans la LNH, Hutson est déjà le favori de la foule.
Hutson, c’est la génératrice qui assure l’électricité dans le building. C’est celui avec qui tout devient possible dans l’œil du partisan.
Dire que Lane Hutson est spécial est tout à fait indiqué. On pourrait croire que le qualificatif est trop faible mais à ce compte-là, aucun mot ne serait juste pour décrire ce jeune homme. Hutson est vraiment spécial: il possède un ensemble de qualité, il sait admirablement bien se moquer de ses défauts, dont le plus évident est son physique.
Sa prise d’information est une grosse seconde en avant de l’action qui se déroule devant lui sur la glace. Sa prise de décision s’en suit elle aussi avec une longueur d’avance.
Sur patin il disloque les adversaires devant lui. Il n’a pas fini de déculotter l’ennemi venu pour lui soutirer la rondelle.
Il va dans les coins sans peur parce qu'il sait se protéger, sans égard à l’objectif d’en ressortir avec la rondelle.
Justement la rondelle, il y a très longtemps qu’on n’a pas vu un joueur en prendre un soin aussi jaloux dans l’uniforme du Canadien.
Outre son extraordinaire capacité à générer de l’offensive, à appuyer l’attaque, à provoquer des chances de marquer pour ses coéquipiers, Hutson possède cet atout recherché du temps de possession de rondelle. Aussi simpliste que ça puisse paraître, au hockey quand tu as la rondelle, l’adversaire ne l’a pas, donc le plus longtemps tu l’as, plus longtemps tu ne risques pas de te faire scorer un but.
Mettons que pour une équipe qui traine depuis quelques années dans les bas-fonds de la ligue en termes de temps de possession et dans les sommets en termes de revirements, l’ajout d’une pépite comme Lane Hutson vaut son pesant d’or...
Le jeu des comparaisons est aussi hasardeux que fascinant. Chez ses contemporains, Hutson ne souffre déjà pas des comparaisons avec Quinn Hughes, Cale Makar et Adam Fox.
En hauteur il est de peu le plus petit des 4, en poids aussi, mais il va niveler les 3 autres au fil des saisons, il est encore prépubère.
Ce qui est à plus fortes raisons fabuleux c’est qu'Hutson est un choix tardif de deuxième ronde, un 62è choix total en 2022.
Seul Adam Fox a été appelé plus tard que lui, au 66è rang total en troisième ronde en 2016.
Cale Makar est un 4è choix total en 2017 et Quinn Hughes un 7è au total en 2018.
Les probabilités que Hutson devienne le plus grand vol de l’encan de 2022 sont énormes. Il pourrait dans les faits être considéré comme le vol de la décennie.
Surtout si on le laisse jouer. Cette responsabilité n’est pas seulement celle de Martin Saint-Louis, probablement le meilleur homme pour donner toute la latitude à Hutson actuellement.
Elle est aussi celle de ses coéquipiers: une équipe de hockey c’est une famille, une micro-société.
On a plus souvent qu’autrement rejeté les torts sur le dos de P.K. Subban pour ses relations tendues au sein du vestiaire du Canadien.C’est vrai que l’exubérance de Pernell-Karl ne plaisait pas à tous ses coéquipiers.
Mais je trouve injuste que P.K. soit le seul pointé du doigt, que personne ne parle du caractère «selfish» de Max Pacioretty pourtant capitaine de l’équipe...
Ce que je veux dire ici c’est que les coéquipiers de Hutson entendent le bruit autour du jeune défenseur. Ils ne sont pas insensibles et surtout pas indifférents à la popularité instantanée de la recrue...
Sont-ils jaloux ? Je suis convaincu que non.
Mais sont-ils toujours heureux de le voir garder la rondelle le temps qu’il faut afin de repérer la meilleure occasion offensive qui soit ? Alors là j’ose avancer que non. Lundi soir en retard 4-3 face aux Penguins en troisième, lorsque Lane s’est aventuré an fond du tiers offensif, Kirby Dach a retraité au banc plutôt que foncer droit au but. Suzuki n’a pas eu le temps de s’y rendre, Caufield est allé mourir derrière le filet là où il ne peut pas scorer et Slafkovsky avait les 2 pieds dans le ciment sur la ligne bleue...
Pourquoi ? Seuls eux le savent. Moi je souhaite seulement rappeler que sur cette séquence, le dernier fautif sur la glace était Lane Hutson, en route vers une nomination au titre de recrue de l’année!