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L’acceptation, plus facile à dire qu’à faire

Marc-André Dufour

2026-04-19T13:00:45Z

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On entend souvent qu’il faut « accepter » les épreuves, les pertes et les coups durs de la vie. Facile à dire. Beaucoup moins facile à vivre.

Le plus souvent, nous employons le verbe « accepter » dans le sens de « donner son accord » ou de « prendre volontiers » (Le Petit Robert, 2020). Cette compréhension peut laisser croire qu’accepter une situation, même douloureuse, revient à l’approuver. Pourtant, le dictionnaire nous apprend que ce mot signifie également « considérer comme vrai ». Dès lors, accepter ne veut pas dire aimer ce qui arrive ou s’y résigner. C’est simplement reconnaître les faits tels qu’ils sont, sans les nier, sans se juger pour les émotions qu’ils suscitent. 

Quand on souffre de souffrir 

À la peine initiale s’ajoute parfois la honte de souffrir, la colère d’être ébranlé ou le sentiment d’échec de ne pas « bien réagir ». On ne vit plus seulement la douleur : on se bat aussi contre elle. Ce combat intérieur use notre énergie, notre estime de soi et nos relations.
Lorsque nous sommes épuisés ou dépassés, il devient plus simple de nier, de minimiser ou d’espérer que « ça passera ». À court terme, ce déni agit comme un mécanisme de protection psychologique. Mais avec le temps, il entretient la détresse et nous empêche d’adapter nos comportements à la réalité qui s’impose. Or, reconnaître la souffrance est souvent un préalable nécessaire à toute transformation.

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La colère comme refuge 

Chaque émotion a sa raison d’être et son message. Cependant, pour des raisons sociales et individuelles, certaines personnes — dont les hommes dits « traditionnels » — alimentent la colère au détriment de la tristesse. Pour plusieurs, cette dernière est encore perçue comme une faiblesse. La colère, malgré sa dimension parfois destructrice, devient alors un refuge plus acceptable que la vulnérabilité. Pourtant, refuser d’accueillir la tristesse empêche souvent d’en comprendre le sens et de s’en libérer. Derrière la colère, il y a souvent un chagrin qui cherche à être reconnu.

Chaque chose en son temps 

L’évitement et le déni sont protecteurs au début, mais ils peuvent finir par nous épuiser avec le temps. À un moment, mieux vaut se confronter à ce qui ne peut être changé : en ralentissant, en respectant ses limites, en demandant de l’aide, en cessant de se comparer à notre réalité « d’avant » et en reconstruisant peu à peu une vie possible.
L’acceptation n’a pas de calendrier. Certains y parviennent rapidement ; d’autres mettent des années. Certaines personnes n’aiment pas le mot « acceptation » et préfèrent dire qu’elles apprennent à « vivre avec ». En clinique, il est inutile de s’enliser dans la sémantique : chaque individu emprunte sa propre route vers le mieux-être. L’important n’est pas le choix des mots ni la vitesse, mais l’élan vers plus de lucidité et de douceur envers soi-même.
L’acceptation ne se commande pas ; elle se construit. Elle commence souvent par de petits gestes : nommer ce qu’on vit, accueillir l’émotion, reconnaître les stratégies d’évitement, revenir aux besoins de base du corps, chercher du soutien et poser des gestes concrets qui nous apaisent et nous font du bien. Ces pas modestes forment la base d’une reprise de pouvoir sur sa vie.

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Du personnel au collectif 

Que se passe-t-il lorsqu’une civilisation entière refuse d’accepter une réalité pourtant démontrée par des milliers de scientifiques ? À l’approche du 22 avril, Jour de la Terre, la question prend un sens particulier. Devant les bouleversements climatiques, le déni reste fort : « Ce n’est pas si grave », « la technologie réglera tout », « une personne seule ne peut rien changer ». Certains détournent leur angoisse par la colère, en attaquant les « messagers » plutôt que d’affronter le sentiment d’impuissance que suscite la menace environnementale. Pourtant, plus nous reconnaissons la réalité du problème, plus il devient possible de soutenir des actions concrètes, comme je l’explique dans Comment garder espoir dans un monde en crise.

Le début du courage 

Là encore, accepter ne signifie pas baisser les bras. Cela veut dire regarder le réel sans détour, reconnaître la peur et le deuil d’un mode de vie que nous aimions, puis transformer cette lucidité en actions. L’acceptation précède souvent le courage, car elle naît de la reconnaissance de l’épreuve qui se dresse sur notre route. Quand on cesse de fuir la vérité, on accède à une force plus stable : celle de la conscience et de la clarté.
Au fond, l’acceptation est difficile parce qu’elle demande d’abandonner la croyance irréaliste que tout est réversible. Mais elle offre un gain silencieux : plus de paix intérieure et une liberté nouvelle d’agir là où c’est encore possible — que ce soit devant une épreuve personnelle ou pour la préservation de notre planète.

Bibliographie
Dufour, Marc-André. Comment garder espoir dans un monde en crise, Trécarré, 2025. https ://editionstrecarre.groupelivre.com/products/comment-garder-espoir-dans-un-monde-en-crise ?variant=46080611483905

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