L’Alberta met Poilievre devant un choix impossible


Yasmine Abdelfadel
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Enfin, le Canada parle d’une seule voix devant la menace imminente des tarifs douaniers. Ou presque. Hier, lors du point de presse des premiers ministres, une absence a crevé l’écran, une dissidence tonitruante s’est imposée: celle de Danielle Smith, la première ministre de l’Alberta.
Pendant que le reste du pays s’organise pour faire front commun, Mme Smith préfère jouer solo. Pire, elle refuse même d’inclure le pétrole et le gaz albertains dans les arguments de négociation, ces mêmes ressources qui ont pourtant alimenté les coffres du Canada pendant des décennies. Solidarité nationale? Pas son problème.
Sacrifices
Pendant que le Québec met son hydroélectricité dans la balance, que l’Ontario avance l’argument de sa précieuse industrie automobile et que la Saskatchewan met sa potasse sur le tapis, l’Alberta de Smith ne daigne même pas faire semblant. Non, elle n’a que faire de la solidarité canadienne. Elle préfère, semble-t-il, jouer dans sa propre ligue.
Mais attention, son geste ne se limite pas à une posture politique régionale. En sapant la stratégie canadienne, Danielle Smith fait aussi cadeau d’un casse-tête monumental à Pierre Poilievre. Voilà l’aspirant premier ministre pris dans un piège infernal:
• Soutenir la position consensuelle du reste du pays et risquer de se mettre à dos l’Alberta, ce fief conservateur qui garantit des sièges par dizaine?
• Ou appuyer la dissidence de Smith et se couper du reste du Canada, notamment de l’Ontario, où se jouera la prochaine élection fédérale?
Silence radio du côté de M. Poilievre depuis hier. Compréhensible. Le leader conservateur, déjà en mode campagne, est face à son premier grand test de leadership. Va-t-il choisir le parti ou le pays? La loyauté idéologique ou la responsabilité nationale?
Diversion
Pour l’instant, sa seule réponse est une diversion maladroite: promettre d’abolir l’augmentation de la taxe sur le gain en capital. Bien essayé, mais on ne parle pas d’impôts ici, M. Poilievre. On parle de l’économie nationale. On parle de récession. On parle de votre crédibilité.
Quant à Danielle Smith, son choix de désolidarisation est d’autant plus fracassant qu’elle joue sur deux tableaux. Après avoir rencontré Donald Trump à deux reprises récemment, elle sera lundi à l’assermentation du président américain. Elle met donc le pied dans un jeu risqué: jouer à la fois la carte provinciale et internationale, au détriment de l’unité canadienne. Poussera-t-elle le bouchon jusqu’à être perçue comme étant un cheval de Troie trumpiste?
L’avenir jugera si cette stratégie isolée paiera. Mais pour l’instant, une chose est certaine: Mme Smith a jeté un pavé dans la mare du consensus canadien. Et elle a laissé Pierre Poilievre patauger dans les éclaboussures.