La violence pousse les arbitres à abandonner

Mylène Richard
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«Ost... de bitc... à marde.» Cette phrase entendue dans un aréna mardi soir n’est pas un cas unique. Ce genre d’insultes, la majorité des arbitres en ont déjà été la cible.
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En fait, 85% des officiels au hockey mineur québécois ont déjà été victimes de violence verbale et 22% estiment que cela se produit souvent. De plus, 45% ont déjà encaissé des menaces ou de la violence physique, selon une étude du Pôle sports HEC Montréal, dont les résultats ont été dévoilés mercredi.
«Dans la population ouvrière en générale, on parle plutôt de 14% des employés qui ont déjà subi de la violence verbale et seulement 2% de la violence physique», a comparé Eric Brunelle, directeur et fondateur du Pôle sports et professeur au Département de management à HEC Montréal.
Voulant comprendre les causes de la pénurie d’arbitres, les chercheurs en sont venus à la conclusion que la violence pousse les gens à accrocher leur sifflet. C’est la tendance révélée par les 811 officiels – sur un total de 3033 – ayant répondu à un sondage entre janvier et mai dernier.
Le cri du cœur était tel que c’est près du tiers des arbitres du hockey mineur québécois qui y ont participé.
«Oui, la violence est une cause directe [de la rétention des arbitres], mais ça s’opère à travers le temps», a observé Dominic L. Marques, associé de recherche au Pôle sports, précisant que les effets nocifs des agressions étaient toxiques et nuisaient au bien-être et à l’estime de soi des victimes.

Trois sujets liés
Le premier volet de ce programme de recherche a permis de proposer 15 recommandations et exemples de mesures à prendre en ce qui concerne trois leviers afin d’atténuer les impacts négatifs que vivent les chandails zébrés: renforcer le soutien organisationnel, soutenir la communauté d’arbitres et promouvoir la résilience des arbitres (voir plus ci-dessous).
«Si l’on met tout sur les règlements, ça ne donnera pas tant de résultats finalement, a compris M. Brunelle. Et si l’on met tout sur la gang, non plus. Il faut être sur les trois niveaux en même temps pour avoir l’effet escompté.»
Résilience
Et, selon les chercheurs, la résilience ne veut pas dire qu’on banalise la violence.
«C’est d’être capable d’en comprendre la sévérité et d’avoir des mécanismes d’adaptation pour y faire face efficacement», a soutenu M. Marques.
«Il y a beaucoup d’arbitres qui pensent être résilients parce qu’ils disent avoir la couenne dure et qu’ils peuvent en prendre. Ce n’est pas de la résilience, mais de la résistance. Il est là, le piège», a renchéri M. Brunelle.
Pour le nouveau directeur général de Hockey Québec, Stéphane Auger, la résilience, ce n’est pas juste faire face aux agressions, c’est aussi de savoir s’évaluer, «parce que connaître un mauvais match, ça va arriver, ça m’est arrivé».
«Les jeunes arbitres se font taper sur la tête, ils ne sont pas accompagnés et ils ne sont pas capables de s’autoévaluer», a constaté l’ancien arbitre de la LNH.
Une plus grande équipe
Parmi les mesures déjà prises par Hockey Québec, il y a la structure d’arbitrage qui est passée d’un à six employés, incluant quatre coordonnateurs qui feront le pont avec les responsables régionaux.
«Ils ne seront plus laissés à eux-mêmes, auront une voix et des canaux de communications afin de leur donner des outils», a mentionné M. Auger.
Les prochaines étapes pour le Pôle sports seront notamment de s’attarder à d’autres disciplines et d’échanger avec des arbitres qui ont quitté la profession, en plus de s’intéresser aux minorités, dont les femmes.
Les 15 recommandations
Pour renforcer le soutien organisationnel
1 – Établir des procédures efficaces pour faciliter et encourager le signalement des abus et de la violence, et intervenir et sanctionner de manière appropriée.
2 – Mettre en place des campagnes de sensibilisation.
3 – Offrir des ressources telles que des programmes d’aide aux employés, des psychologues industriels, etc.
4 – Pratiquer un leadership qui fait preuve d’empathie et de soutien.
5 – Reconnaître et récompenser les arbitres pour leurs contributions et leurs réalisations.
6 – Offrir des possibilités de formation, de développement des compétences et d’avancement professionnel.
Pour soutenir la communauté d’arbitres
1 – Faciliter et encourager la socialisation des arbitres.
2 – Proposer des occasions de réseautage, de coaching, de parrainage, de mentorat, etc.
3 – Créer des lieux communs de socialisation tels que des clubrooms et des espaces d’entraînement.
4 – Élargir le réseau d’arbitres à l’échelle provinciale.
Pour promouvoir la résilience des arbitres
1 – Favoriser une culture de communication ouverte où les arbitres peuvent signaler les abus, partager leurs difficultés et demander de l’aide.
2 – Miser sur la socialisation et la mise en place de lieux de regroupement pour les arbitres.
3 – Créer un environnement dans lequel les arbitres se sentent soutenus et valorisés.
4 – Offrir de la formation et des occasions de développement.
5 – Proposer des ressources telles que des programmes d’aide aux employés, des services-conseils et des psychologues industriels.