La Victoire qui ne fait pas l’unanimité


Patric Laprade
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Pendant une saison complète, j’ai appelé l’équipe de hockey féminin de Montréal «l’équipe de Montréal dans la LPHF» ou bien «LPHF Montréal», versions françaises du plus simple «PWHL Montreal». Et je ne pensais jamais m’ennuyer de cette appellation. Pourtant, avec l’annonce que l’équipe allait s’appeler la Victoire, LPHF Montréal ne sonne pas si pire à mes oreilles finalement.
La ligue a officiellement annoncé les noms de ses équipes ce matin :
· La Victoire de Montréal
· Les Sceptres de Toronto
· La Charge d’Ottawa
· Le Fleet de Boston
· Les Sirens de New York
· Le Frost du Minnesota
Commençons avec le nom de l’équipe de Montréal.
Un communiqué de la ligue indique que «le nom de l’équipe représente l’esprit compétitif qui règne à Montréal. Elle agit comme source d’inspiration vers l’atteinte des sommets sportifs les plus élevés. Que l’on gagne ou que l’on perde, Victoire est l’état d’esprit célébrant l’ardent désir de réussite».
Je comprends ce qu’on a voulu faire. Le genre d’idée qui, sur papier, sonne très bien, mais le genre d’idée qui aurait dû demeurer sur un bout de papier. En d’autres mots, je ne suis pas un fan de ce nom.
La Force, pas une option
Les Stars de Montréal était mieux. Les Canadiennes de Montréal, encore meilleur. La Force de Montréal, plus que parfait, dans les deux langues officielles en plus. Et le nom qui avait été enregistré l’an dernier, l’Écho, même si ce n’est pas un bon nom, je pense que je l’aime plus que la Victoire. Bon, j’exagère peut-être. Mais pas tant!
En ce qui a trait à la Force et aux autres noms de la défunte PHF, la vice-présidente principale aux opérations de la ligue, Amy Sheer, a déclaré que ça n’avait jamais été une option. «En tant que nouvelle ligue, on voulait renforcer des marques sur lesquelles la LPHF voulait bâtir. La décision a donc été prise de choisir six nouveaux noms et ainsi, créer notre propre histoire.»
Le «Victoi» de Montréal
Le nom est en français, ce qui est selon moi un prérequis. Mais quand on choisit un nom en français, dans une ligue qui évolue aux États-Unis et dans le Canada anglais, il faut que le nom sonne bien en anglais aussi. En apprenant le nom, une de mes premières réflexions a été la prononciation anglaise. Et le tout a déjà commencé avec la vice-présidente aux communications, Mandy Gutmann, qui, en début de conférence de presse, a appelé l’équipe «Victoi».
Même chose pour Amy Sheer, qui a prononcé le mot «Victoi» à quelques reprises. Cette dernière a aussi ajouté qu’il s’agissait d’un choix de ne pas avoir une traduction anglaise du nom.
J’ai l’impression qu’on va souvent dire «Montreal» au lieu du nom de l’équipe ou encore, lui donner un diminutif. Les Alouettes sont devenus les Als en anglais. Par contre, je vois mal comment une équipe de hockey féminin pourrait se surnommer les Vics ou encore pire, les Vs. Je me trompe peut-être.
«Who’s on first», version québécoise!
Revenons au français un instant.
J’imagine déjà les gros titres dans les journaux et sur les sites Internet.
«Une défaite pour la Victoire»
«La Victoire, incapable d’être victorieuse»
«La Victoire est sans victoire depuis trois matchs»
L’équipe a intérêt à gagner. Et même si elle gagne...
«Une victoire pour la Victoire» ne sonne pas mieux à mes oreilles.
Les blagues ont déjà commencé sur les réseaux sociaux. La meilleure? Celle de Nick Lachance-Barbeau, qui a recréé une scène du célèbre numéro d’Abbott et Costello, «Who’s on first?»
-As-tu checké la Victoire hier?
-La victoire de qui?
-La Victoire de Montréal
-Montréal a gagné?
-Non, perdu
-Mais pourquoi tu me demandes si j’ai vu la victoire?
-Ben moi j’ai checké la Victoire, mais elles ont perdu. C’était une défaite.
-Dude...
Et bien que je l’aie ri très fort, une partie de moi trouve ça dommage, car ça risque de prendre plus de place que ça devrait cette saison.
La capitaine de l’équipe, Marie-Philip Poulin, a été avisée seulement hier du nom de l’équipe et de ce qu’on comprend, n’a pas eu un grand rôle à jouer dans le choix du nom. Et malgré son excitation et tout le positivisme qu’elle avait en point de presse, Poulin a tout de même émis un commentaire indiquant que d’un point de vue médiatique, on devra peut-être trouver des synonymes.
Permettez-moi d’être franc. Ce n’est pas un synonyme qu’on aurait eu besoin. C’est d’un autre nom!
Un logo plus populaire que le nom
Le processus derrière les noms a été long, ce qui a fait dire à plusieurs personnes sur les réseaux sociaux et aussi dans certains médias qu’avec tout ce temps, on aurait pu en choisir un meilleur.
D’ailleurs, de façon générale, les partisans aiment le logo, mais aiment beaucoup moins le nom. Je suis de cet avis.
Le logo est mieux. Pas beaucoup mieux, mais mieux. On a de la misère avec nos logos d’équipes sportives dans les dernières années. Ce que je lui reproche, c’est qu’il n’a pas l’air moderne. On dirait un logo qui a été fait dans les années 1980. Certains diront que c’est «vintage», moi je dis que ça ressemble davantage au logo des Alouettes des années 1970, mais à l’envers. Vous ferez l’exercice, c’est frappant.
Concernant le logo, le communiqué indique qu’il «fait subtilement allusion à la déesse de la Victoire, symbolise la force et l’agilité. Un M inséré dans les ailes honore le Grand Montréal. Qui plus est, une fleur de lys, symbole national du Québec, est intégrée avec élégance, et évoque la riche histoire culturelle de la province et de la ville en elle-même. La palette de couleur s’articule autour d’un bourgogne foncé, couleur principale de l’équipe, qui représente le riche héritage sportif de Montréal et sa détermination sans faille pour la victoire».
J’aime qu’on ait gardé la couleur bourgogne. En y ajoutant le bleu, ça permet d’avoir bleu, beige, bourgogne, un clin d’œil au bleu, blanc, rouge des équipes montréalaises des dernières décennies. Le bourgogne a déjà été utilisé par les Maroons de Montréal dans la LNH, ainsi que la Force dans la PHF. En fin de compte, je vais sûrement m’habituer davantage et plus rapidement au logo qu’au nom.
Ailleurs dans la ligue
Pour les autres équipes, ce n’est guère mieux. Je ne pense pas que j’en aime un vraiment. Il y en a des moins pires que d’autres. Le Fleet de Boston par exemple. Ça se dit bien, ça nous rappelle le Fleet Center et le lien maritime avec Boston.
Mon deuxième moins pire? La Charge d’Ottawa.
Le Frost du Minnesota, on dirait un nom d’une équipe de la East Coast, même si je comprends le lien avec le climat. Je ne suis pas un fan des Sirens de New York. Oui, je comprends que ça fait référence au bruit et aux différentes sirènes qu’on peut entendre à New York, mais dans sa définition, le nom représente aussi cette créature légendaire mi-poisson, mi-femme. C’est aussi la première image que j’ai quand on prononce le mot.
Ce qui nous amène aux Sceptres de Toronto. Je comprends qu’on ait voulu faire référence au surnom de la ville, «Queen’s City». On retrouve d’ailleurs plusieurs noms royaux à l’intérieur de la toponymie des rues de la ville comme King et Queen. Mais le nom ne se prononce pas bien pour personne (partisans, médias et commentateurs) et est celui que je préfère le moins.
Le logo de la Charge : un manque d’originalité
J’aime bien la majorité des logos. Toronto est très stylé, j’aime le B de Boston et le F du Frost. Le logo des Sirens fait un peu plus ligue East Coast, mais n’est pas laid non plus.
Et il y a celui d’Ottawa. Un logo qui manque vivement d’originalité. On dirait un mix entre le logo des Cavaliers de Cleveland dans la NBA et des Flames de Calgary dans la LNH. Aucune créativité. Je dirais donc que la meilleure paire se trouve à Boston. Un logo et un nom qui passent bien.
Bien que la vente de produits dérivés soit déjà commencée, les chandails ne seront en vente qu’à partir de la fin du mois d’octobre ou au début de novembre. Le calendrier n’a pas encore été annoncé, mais selon certaines informations, le premier match devrait être disputé le samedi 30 novembre. Je vous rappelle que l’équipe jouera 14 matchs à domicile sur 15 à la Place Bell de Laval. On ne connaît pas encore l’identité de l’aréna ou de la ville qui accueillera cette 15e rencontre.
Sur ce, souhaitons seulement qu’on ne soit pas obligé d’écrire la manchette suivante en cours de saison, manchette qui résume parfaitement le sentiment de la majorité aujourd’hui :
«Défaite à Laval pour la Victoire de Montréal!»
Scusez-là!