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La véritable (et magnifique) raison derrière l'éclosion de Mike Matheson

Photo portrait de Anthony Martineau

Anthony Martineau

2023-10-28T12:41:42Z

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La saison dernière, sa première dans l’organisation des Canadiens, Michael Matheson a affiché les meilleures statistiques offensives de sa carrière. 34 points en 48 matchs. Sur 82 matchs, ce rythme lui aurait donné 58 points. 

La campagne actuelle est encore très jeune, mais Matheson, après un timide départ, semble avoir retrouvé ses aises et cumule cinq points en sept parties: un rendement, encore une fois, qui donnerait 58 points sur un calendrier complet.

En tant qu’arrière, 58 points est une excellente production annuelle. Seulement 13 joueurs évoluant à cette position ont fait mieux, en 2022-2023. Et pour illustrer ce qu’un tel total représente pour un défenseur du Tricolore, un coup d’œil au curriculum vitae d’Andreï Markov, l’un des joueurs les plus appréciés des partisans montréalais ces 20 dernières années, en dit très long. 

58 points (ou plus) est une récolte que le Russe n’est parvenu à afficher qu’à deux reprises au cours de sa fructueuse carrière. À une autre occasion, l’arrière, avant une blessure, se dirigeait vers une saison de 61 points (2009-2010). On parle donc globalement de trois campagnes sur les 16 qu’il a disputées dans le circuit Bettman. 

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Mettons les choses au clair : l’idée ici n’est pas du tout de comparer Matheson et Markov. L’objectif est plutôt de démontrer, via les standards établis par l’ancien no 79, à quel point le no 8 est offensivement décisif.

Photo AFP
Photo AFP

Matheson est débarqué à Montréal à l’aube de sa huitième saison dans la LNH. Auparavant, jamais le défenseur n’avait récolté plus de 31 points. 

En mars dernier, le jeune homme de 29 ans avait confié à votre humble serviteur que ses chiffres à Montréal, selon lui, étaient liés à l’opportunité d’évoluer, pour la première fois de sa carrière, sur l’avantage numérique. 

Mais une nouvelle discussion avec l’assistant-capitaine du CH a permis de comprendre que son éclosion était liée... à beaucoup plus que ça.   

Au diable le scrum!

Dimanche 24 septembre, au Centre Bell. Le traditionnel match Rouges contre Blancs vient tout juste de se terminer. 

Dans le vestiaire, les journalistes, comme c’est coutume, se massent autour des joueurs à qui ils souhaitent parler. C’est, dans le jargon journalistique, ce qu’on appelle un «scrum». 

Alors que presque tous les joueurs ont quitté, Tanner Pearson fait son apparition et se dirige vers son casier. Instinctivement, tous les représentants des médias vont le rejoindre.

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Mais après quelques secondes seulement, une petite voix se fait entendre à l’autre extrémité de la «chambre des joueurs». 

«Daddy! Daddy!». 

Interpellé, l’auteur de ces lignes se retourne et constate que ces mots proviennent de la bouche d’un petit garçon qui pourchasse Michael Matheson. Soudainement, le «scrum» avec Pearson devient secondaire. Direction Matheson! 

«Hey, Mike! C’est ton garçon?»

-Oui!

«Tu vas peut-être trouver ça étrange, mais j’adorerais prendre un petit moment avec toi pour discuter de ta réalité de père, en tant que joueur de la LNH. As-tu quelques minutes?»

-Certainement! Ce petit garçon-là, c’est toute ma vie. Ça va me faire plaisir. 

«Ce n’est pas facile pour la famille, mais...»

Hudson Matheson a deux ans et quatre mois et est l’unique enfant de Michael et Emily Pfalzer, une ancienne joueuse de l’équipe nationale américaine.

Si la première langue qu’il parle naturellement est l’anglais, le petit homme se débrouille aussi en français, assure le défenseur du CH. 

«Emily est américaine, mais je parle quand même en français avec Hudson et je lui lis des livres pour qu’il entende régulièrement les deux langues».

«Quoi?! Michael Matheson lit des livres à son garçon? Il ne fait pas que jouer au hockey?»

Bon, un peu d’exagération ici. Mais c’est simplement pour illustrer à quel point les joueurs de hockey ne sont souvent considérés que comme des athlètes. Dans la majorité des cas où on s’adresse à eux, ils ne se font parler que de sport et de performance. 

Mais le hockey, en bout de ligne, n’est que leur travail. Bon nombre de patineurs sont donc emballés de discuter des autres éléments importants de leur vie, lorsqu’ils le peuvent.  

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Mike Matheson et son petit garçon de deux ans, Hudson, dans le vestiaire des Canadiens.
Mike Matheson et son petit garçon de deux ans, Hudson, dans le vestiaire des Canadiens.

La saison de hockey s’ouvre au milieu du mois de septembre (camp d’entraînement) et s’échelonne jusqu’à la mi-avril. On parle de sept mois, où 82 matchs, 41 à domicile et 41 sur la route, sont répartis. Ajoutons à cela un ratio d’environ trois/quatre entraînements par semaine et les nombreuses heures de vol reliant les différentes destinations où les joueurs évoluent. Et si leur équipe atteint la finale de la Coupe Stanley, les sept mois ci-haut mentionnés et leur rythme effréné se transforment en neuf.

Autrement dit, on ne parle (vraiment pas) d’un boulot 35h/semaine, de 9h à 17h. 

Mais ça, Matheson le sait pertinemment, tout comme il sait aussi que sa conjointe en fait énormément. On sent d’ailleurs dans ses propos une grande reconnaissance envers elle. 

«Ma femme est numéro un pour notre famille. Elle fait tout pour nous. Elle est incroyable! Quand je suis absent, et ça arrive malheureusement souvent, elle prend une très grande partie des responsabilités. Et même quand je suis là, elle en fait tellement.

«Si on a un match à domicile, poursuit le défenseur, on pratique le matin, puis je joue le soir et le lendemain matin, c’est déjà l’autre entraînement. Ensuite, on a un congé et on part parfois à l'étranger pour une semaine! Ce n’est pas facile pour la famille, mais en même temps, ça rend les moments ensemble meilleurs.» 

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Une façon de garder un équilibre 

Les parents aux boulots atypiques travaillant beaucoup et/ou à l’extérieur se retrouvent très souvent devant le même défi : celui de constamment garder un équilibre. Comment être autant performant/présent à la maison qu’au travail? Souvent, la culpabilité prend le dessus et le parent en question a l’impression de ne pas en faire assez... aux deux endroits.

Michael Matheson, malgré son statut de joueur de la LNH, n’échappe pas à ce type d’enjeu. Très souvent, avoue-t-il, il doit jongler entre deux scénarios. 

«Parfois, on revient tard d’un long voyage à l’étranger et je me lève quand même très tôt parce que c’est important pour moi de donner un répit à ma conjointe. En même temps, c’est aussi mon travail d’être en forme, donc le sommeil est important. Il y a certains matins où je dors plus longtemps, mais c’est difficile parce que je veux être avec les miens le plus longtemps possible.»

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

Mais le fameux équilibre travail/famille, affirme Matheson, est atteignable pour lui si un élément bien précis est respecté. Et il s’assure que ce soit le cas en tout temps. 

«Quand on a une journée de congé, on reste entre nous, dans notre petite bulle. Ma femme, mon fils, notre chien (!) et moi apprécions les petites choses simples et agréables. On aime marcher, aller au parc... Comme tout le monde, quoi! On s’assure, pendant les journées de répit, d’être en famille et de refaire le plein. On ne voit personne d’autre.»

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«Ça m’a aidé à être un meilleur joueur de hockey»

La discussion avec Mike coule bien. En tant que papa de deux jeunes garçons ayant sensiblement le même âge qu’Hudson, celui derrière la rédaction de ce texte se retrouve énormément à travers les propos du défenseur. 

Et Matheson n’avait pas encore lancé sa déclaration la plus révélatrice....

«Être père m’a aidé à être un meilleur joueur de hockey. Avant, je me voyais seulement comme un athlète et je me mettais beaucoup plus de pression. Maintenant, il y a autre chose qui occupe ma tête. Hudson, il s’en fout si j’ai bien joué ou non! Peu importe le type de match que j’ai connu, quand je rentre à la maison, c’est mon devoir d’être le meilleur père possible. 

«Ultimement, j’adore le hockey, mais il devient secondaire à côté de mon rôle de papa. Depuis la naissance d’Hudson et au fil de ses premiers mois de vie, j’ai vraiment compris qu’il ne servait à rien de jouer en étant nerveux. En fait, pourquoi le serais-je? J’ai tout ce qu’il me faut, à la maison!» 

Opinion bien personnelle, mais cette dernière phrase, peu importe le type d’emploi que tu occupes, est admirablement songée. 

Pour ceux qui se posent la question, Hudson a clairement hérité de la passion de son père pour notre sport national.

«Il veut seulement jouer au hockey!», lance Matheson en riant.

«C’est la seule chose qu’il souhaite faire. On doit parfois essayer de le forcer à s’occuper avec autre chose tellement il aime ça (rires).»

On ne sait toujours pas si Hudson Matheson, qui sera admissible au repêchage 2038 (!) de la LNH, trouvera preneur, le temps venu. 

Par contre, ce que l’on sait, c’est qu’il aura fait de son papa un meilleur joueur de hockey et surtout, un homme comblé. 

Parce qu’au-delà de notre emploi, aussi prestigieux soit-il, être présent pour ses proches demeure le plus beau et important contrat d’une vie. 

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