La sensibilité au gluten non cœliaque


Isabelle Huot
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Si l’intolérance au gluten, aussi appelée maladie cœliaque, est bien connue, une nouvelle condition gagne du terrain : l’hypersensibilité au gluten non cœliaque. En somme, certains individus réagissent au gluten, sans pourtant avoir un diagnostic de maladie cœliaque. Le point sur le sujet !
Apprendre à faire la différence
Rappelons tout d’abord ce qu’est la maladie cœliaque (MC). Aussi appelée intolérance au gluten, cette maladie nécessite deux conditions pour être diagnostiquée : une biopsie intestinale révélant une anomalie de la muqueuse et la présence d’anticorps spécifiques associés à la maladie cœliaque. Elle toucherait 1 % de la population. Les personnes atteintes doivent faire un régime strict sans gluten à vie.
La sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC), quant à elle, se manifeste par des symptômes intestinaux tels que des diarrhées ou de la constipation, des ballonnements, des crampes, ainsi que des symptômes que l’on appelle extra-intestinaux qui englobent la fatigue, les éruptions cutanées, les maux de tête ou encore la dépression. Les personnes atteintes de cette condition ne remplissent pas les deux critères diagnostiques de la maladie cœliaque. L’ingestion de gluten ne provoque pas de dommage à la muqueuse intestinale.
« C’est une condition qui demeure encore mal comprise », rapporte Christine Desjardins, nutritionniste chez Cœliaque Québec. « À ce jour, il n’existe aucun biomarqueur spécifique à la SGNC qui pourrait aider à son diagnostic. La seule manière de l’identifier est par un processus d’exclusion : on s’assure que les symptômes ressentis ne sont pas causés par la maladie cœliaque, une allergie au blé ou encore le syndrome de l’intestin irritable », ajoute la nutritionniste.
Facteurs de risque et prévalence
Les facteurs de risque de la SGNC sont encore méconnus. On retrouve très peu de données probantes à ce sujet. Étant une maladie non auto-immune, on ne peut pas corréler le risque de maladie à d’autres maladies auto-immunes telles que le diabète de type 1 ou la maladie de Crohn. Des études se font actuellement pour tenter de trouver des marqueurs sérologiques qui permettraient de mieux diagnostiquer l’hypersensibilité.
Selon Cœliaque Québec et l’Association canadienne de la maladie cœliaque, la prévalence est difficile à estimer, car beaucoup de personnes s’autodiagnostiquent, sans consulter de médecin. On estime toutefois sa prévalence à 3-6 % de la population.
Complications associées
Sachant que la maladie cœliaque peut hausser le risque d’autres maladies auto-immunes et que, non traitée, elle peut augmenter le risque de développer des carences nutritionnelles, elle est considérée comme plus dangereuse que la SGNC.
Actuellement, les recherches ne démontrent pas que la SGNC peut causer des complications à moyen/long terme. La qualité de vie peut être fortement perturbée cependant, en lien avec la présence de symptômes incommodants.
Par contre, il faut être prudent dans l’auto-diagnostic, une personne peut croire qu’elle souffre d’hypersensibilité, alors qu’elle est atteinte de maladie cœliaque. Un diagnostic tardif de MC peut amener de l’infertilité, de l’ostéoporose, de l’anémie ou même un cancer de l’intestin. Il est donc important d’aller consulter un spécialiste en cas de doute par rapport au gluten et de procéder à un dépistage pour la maladie cœliaque.
Poser le bon diagnostic
En cas de symptômes digestifs tels que des ballonnements, de la diarrhée, de la constipation ou des crampes à la suite de l’ingestion de gluten, il est important d’aller consulter un professionnel de la santé afin d’écarter toute maladie qui présente des symptômes similaires. On tentera donc d’éliminer la maladie cœliaque, l’allergie au blé ou le syndrome de l’intestin irritable (SII). Dans le cas du SII, par exemple, c’est la réaction aux fructanes dans le blé (des sucres fermentescibles) et non au gluten qui cause des symptômes gastro-intestinaux. Il est important de consulter un médecin avant d’exclure le gluten de son alimentation. Entamer un régime sans gluten avant le diagnostic peut favoriser la guérison de la muqueuse intestinale, ce qui fausserait les résultats du test de dépistage.
Une fois que le diagnostic de la SGNC est établi, il est conseillé de suivre les recommandations d’une nutritionniste experte en la matière pour guider le patient vers une diète sans gluten personnalisée puisque la tolérance au gluten peut varier d’une personne à l’autre. De plus, la SGNC peut être transitoire tout comme elle peut être permanente, d’où l’importance de faire un suivi rigoureux.
Ressources
- Cœliaque Québec : depuis 35 ans, Coeliaque Québec accompagne les personnes cœliaques et celles souffrant d’autres sensibilités au gluten dans leur nouvelle réalité alimentaire. www.fqmc.org
- Ordre professionnel des diététistes du Québec. www.opdq.org 514 393-3733
♦ Merci à Fatima-Zahra Mesnaoui, stagiaire en nutrition, pour sa précieuse collaboration.
♦ Pour d’autres conseils : visitez isabellehuot.com