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La Semaine fête ses 20 ans: Le jour où Sœur Angèle est évincée

Devant son sort incertain, elle se fait réaliste et philosophe.

François Hamel

2025-12-26T11:00:00Z

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À bientôt 85 ans, Sœur Angèle se voit dans l'obligation de déménager à plus ou moins brève échéance. Devant son sort incertain, elle se fait réaliste et philosophe.

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C’est que la maison mère des Sœurs du Bon Conseil a été mise en vente, et Sœur Angèle habite une petite maison située sur la grande propriété. «La maison mère est à vendre, et nous espérons qu'elle servira à une œuvre. Le 26 avril 2023, ce sera le 100e anniversaire de la communauté. Il y a des changements à l'horizon. Beaucoup de communautés ont subi le même sort. J’y vois un signe de détachement. Même si rien ne nous appartient, nous devrons nous détacher de notre milieu.»

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Cet éventuel changement important n'est pas pour autant une source d'angoisse pour elle. «Non. Il ne faut pas s'inquiéter. Chaque matin, le soleil se lève quand même. Quand on m’a emmenée visiter la résidence où les sœurs malades seront installées, je suis ressortie de la chambre et j’ai dit: “Même si j’ai 85 ans, je suis encore en forme. Si vous voulez que je fasse une dépression, ça serait la bonne façon...” Alors actuellement, on ne sait pas encore ce qu’on fera avec moi. Pour le moment, je vais peut-être rester encore un an dans ma maison. Après, on verra.»

Il faut dire qu'elle n'en est pas à son premier saut dans l’inconnu. À 17 ans, alors qu’elle n’était pas encore religieuse, elle a quitté sa famille et l’Italie. «Au départ, je devais aller apprendre l’allemand et le français en Suisse. La culture, c'était très important pour ma mère. Le jour de mon anniversaire, j’ai reçu deux lettres: celle de ma marraine en Suisse et celle de ma sœur, qui vivait à Laval, et qui était enceinte de son quatrième enfant. Je me suis demandé ce que je devais faire...J'ai montré les lettres à mon père. Il ne voulait pas que je parte, car il avait besoin de moi. Alors le soir, les yeux fermés, j'ai glissé les lettres sous mon oreiller. Je me suis dit que la première qui toucherait ma joue au réveil déterminerait ma destinée. C'est comme ça que j'ai pris la décision de venir au Québec. J’en ai parlé à ma mère, qui n’était pas d’accord, mais elle a fini par dire à mon père qu’il valait mieux qu’il signe les papiers pour que je puisse partir – puisque j’étais mineure –, sinon ils briseraient peut-être mon avenir. Ç’a été un moment difficile. J'ai préparé ma petite valise...(Sœur Angèle s'arrête, émue.) Ma mère s'est mise à pleurer. J'ai quitté à 17 h et je l'ai entendue crier, du haut du vignoble, qu'elle n'allait plus jamais me revoir...C'est terrible. Je suis partie, seule. C’était comme si quelqu’un m’avait arraché le cœur. Comme si je venais de mourir et de renaître sous une autre forme.»

En octobre 2025, cela a fait 70 ans que Sœur Angèle mettait les pieds au Québec pour la première fois. Elle habite toujours une petite maison adjacente à l’ancienne maison mère des Sœurs du Bon Conseil. Elle renouvelle son bail d'année en année.

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