La sauce secrète de la reconstruction du CH

Nicolas Cloutier
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Il y a un espèce d'«Eurêka!» qui est survenu durant le match de mercredi contre les Jets. Les neurones ont connecté. Plus que jamais, la reconstruction du CH avait du sens.
Si vous avez cligné des yeux, vous avez raté ce moment. Il a duré une fraction de seconde.
Sur le huitième but de la saison d'Oliver Kapanen, Ivan Demidov a pris une décision subtile. C’est un micro-détail qui mérite une attention particulière.
Demidov s’est engagé dans une course pour la rondelle avec Josh Morrissey le long de la bande. Au lieu de la prendre sur son revers pour l’amener en fond de territoire, il a tourné pour l’avoir sur son côté fort et se mettre vis-à-vis l’enclave.
Il a tout de suite vu Kapanen et, quelques instants plus tard, la rondelle était dans le fond du filet.
J’aurais trouvé ça insignifiant si, en matinée, je n’avais pas vu le directeur au développement hockey du CH, Adam Nicholas, travailler sur ce micro-détail exact avec Florian Xhekaj et Adam Engström sur la glace du Centre Bell. Dégagement le long de la rampe, touche de rondelle sur côté fort, passe dans l’enclave.
Le mouvement de Demidov pour jouer la rondelle sur la bande sur son côté fort afin de mieux voir les options dans l’enclave, j’ai vu Adam Nicholas l’enseigner hier matin à Florian Xhekaj et Adam Engstrom : https://t.co/wP8LJqOrGb pic.twitter.com/ERe7IZye5y
— Nicolas Cloutier (@NCloutierTVA) 4 décembre 2025
Moderniser le CH
La sauce secrète de la première reconstruction assumée de l’histoire du CH se résume un peu à ça. Le développement des habiletés.
Quand Jeff Gorton est arrivé à la tête des opérations hockey, il a sursauté lorsqu’il a remarqué que le CH n’avait aucun entraîneur d’habiletés alors que c’était monnaie courante à travers la ligue.
C’était injustifiable pour l’équivalent des Yankees de New York et des Cowboys de Dallas au hockey. Le CH vaut 3,4 milliards $. Il n’y a aucun plafond salarial sur les dépenses de l’administration hockey. Franchement, il n’y avait aucune excuse valable.
Un constat qui m’a invité à dépoussiérer une vieille entrevue que j’avais réalisée avec Tim Bozon, un ex-espoir du Tricolore, au moment où l’ancien régime éclatait à Montréal.
«Je pense que chaque année de repêchage, Trevor Timmins et les recruteurs faisaient du bon boulot pour sélectionner les meilleurs joueurs, mais après, c’est comment tu les développes, comment tu leur donnes de la confiance et du temps qui, je pense, pose problème», m’avait confié le Français.
Sous le régime Gorton-Hughes-St-Louis, tous ces joueurs ont affiché une progression assez nette d’année en année : Cole Caufield, Juraj Slafkovsky, Nick Suzuki, Lane Hutson, Mike Matheson et Oliver Kapanen.
Et il y a déjà sept choix au repêchage de la nouvelle administration qui ont joué au moins un match dans la LNH : Slafkovsky, Demidov, Hutson, Owen Beck, Adam Engström, Jared Davidson et Florian Xhekaj.
Sans compter les Michael Hage, David Reinbacher, Jacob Fowler et Alexander Zharovsky qui ont des chances assez bonnes de devenir des réguliers.

Revenons à Timmins...
On peut donc se demander : est-ce que Trevor Timmins, le bouc émissaire des insuccès du CH sous l’ère Bergevin, serait mieux vu aujourd’hui si on avait développé ses espoirs?
Entre 2008 et 2015, son bilan a été exécrable. Ses seules victoires ont été Brendan Gallagher, Alex Galchenyuk, Artturi Lehkonen, Jake Evans et Nathan Beaulieu.
Qu’on s’entende là-dessus, il y a des espoirs qu’aucune organisation n’aurait réussi à transformer en joueur de la Ligue nationale.

Qu’on s’entende là-dessus aussi, on ne s’ennuie pas forcément de Timmins. Nick Bobrov a une réputation béton dans les cercles de la LNH. On dit que personne ne travaille aussi fort que lui, et ses antennes russes profitent au CH.
L’autre co-directeur du recrutement amateur, Martin Lapointe, est l’ultime gars d’équipe qui fait confiance à ses dépisteurs régionaux.
Juste le fait d’avoir deux chefs du recrutement amateur au lieu d’un, d’ailleurs, ça contraste avec l'ancienne approche. On délie les cordons de la bourse, là où on ne le faisait pas avant, pour se démarquer des autres.
L’une des premières décisions de Gorton a été d’inaugurer deux nouveaux départements très costauds, le développement et les statistiques avancées, et de s’arranger pour que ces deux départements travaillent conjointement pour que l’approche soit scientifique.
Sans faire l’apologie de l’œuvre entière de Timmins, on peut quand même se demander s’il y a un espoir de plus qui aurait pu se rendre à la LNH avec une stratégie de développement cohérente.
Tout pour dire que la plus grande victoire du CH jusqu’ici dans la Reconstruction avec un R majuscule, elle n’est pas sur la glace, mais dans les bureaux.
Le plus gros «W», c’est d’être arrivé en 2025.