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La retraite de Mélodie Daoust illustre une réalité impossible à ignorer

Photo portrait de Patric Laprade

Patric Laprade

2024-06-05T17:02:33Z

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L’une des meilleures joueuses de sa génération, Mélodie Daoust, se retire au jeune âge de 32 ans. Non pas parce que son corps ne suit plus, mais bien parce que ses vies familiale et professionnelle ne peuvent plus cohabiter.

«Les salaires dans la ligue professionnelle sont... correct, m’expliquait Daoust dans un entretien ce matin, non pas sans avoir pris une pause, question de trouver le bon qualificatif. Mais je ne pouvais en vivre et pour moi, la conciliation travail-famille est très importante. Alors je devais avoir un autre emploi.»

La situation que Daoust explique est un pan de la Ligue professionnelle de hockey féminin dont on parle peu. Les dirigeants de la LPHF nous martèlent depuis septembre dernier que pour la première fois, les joueuses de hockey peuvent vivre de leur sport, alors que la réalité est plus nuancée. Certaines joueuses ont été obligées d’avoir un deuxième emploi durant la saison, alors que plusieurs vont travailler cet été, comme le faisait Maurice Richard dans les années 1950.

Toutefois, la situation est quelque peu différente pour Daoust, qui doit aussi composer avec la garde partagée de son garçon. Pour cette raison, elle ne s’était pas mise disponible au premier repêchage de la LPHF, ne voulant jouer qu’à Montréal. Les règlements de la ligue le lui permettaient, mais seulement à coup de deux contrats de 10 jours et un en séries. Si bien que Daoust n’a joué que six rencontres en saison régulière et trois en séries.

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«Le Collège Bourget, où je suis entraîneuse-cheffe, m’a soutenu. Ils comprenaient ma situation et quand on n’avait pas de matchs, ils étaient très à l’aise de me laisser partir. Mais les règles étaient strictes dans la LPHF et je ne pouvais jouer que si une joueuse se blessait et l’an prochain, les règles seront encore plus strictes, au niveau des compensations et tout ça. Alors c’est la goutte qui a fait déborder le vase.»

Une meilleure flexibilité aurait peut-être changé sa décision

Mais 32 ans, n’est-ce quand même pas un peu jeune? Est-ce que des règles plus flexibles dans la ligue l’auraient gardé quelques années de plus?

«Oui et non. C’est sûr que si les règles avaient été plus flexibles, ma réflexion aurait été différente. Mais en même temps, il n’y a pas seulement les matchs. Jouer pour une équipe professionnelle, c’est un engagement envers l’équipe. Il faut être présent à chaque entraînement. Et moi, je n’aurais pas pu être toujours là. Ma famille demeure ma priorité, alors tout ça a rendu ma décision plus facile.»

Daoust assure également que la santé n’a rien à voir avec sa décision. Au contraire, elle était en meilleure santé que par les années passées.

«J’ai eu des blessures dans les dernières années, alors le fait d’avoir moins joué dans les dernières saisons m’a permis de me rétablir de tout ça. Je me sentais encore en pleine forme, je me sentais bien sur la patinoire et j’avais encore le gros sourire quand je jouais. Ceci dit, c’est toujours mieux de quitter par soi-même que de se faire montrer la sortie!»

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La LPHF à Montréal: la dernière case à cocher

Malgré cela, l’athlète de Valleyfield est très sereine par rapport à sa décision, qu’elle a longuement murie. Elle savait que le dernier match contre Boston en séries était pour être son dernier match à vie.

«Je crois que je me sentais accompli dans ce que j’avais fait dans le hockey, avec les Jeux olympiques, les championnats mondiaux, explique celle qui se concentrera dorénavant sur son emploi d’entraîneuse-cheffe avec le Collège Bourget. La dernière case à cocher, c’était de jouer dans une ligue professionnelle. On en avait tellement parlé dans les dernières années. Je peux maintenant partir en paix.»

Outre ses trois Jeux olympiques et le Championnat du monde de 2021, où elle avait été nommée la joueuse la plus utile à son équipe en plus de remporter une médaille d’or, le premier match qu’elle a joué avec l’équipe de Montréal cette saison est un moment qu’elle va longtemps se rappeler.

«L’amour que j’ai reçu des amateurs à mon premier match à l’Auditorium de Verdun, ça a fait chaud au cœur. J’ai pu jouer avec mon amie Marie-Philip Poulin, j’ai marqué un but, mon fils et mes parents étaient dans les estrades, je ne pouvais demander mieux. Je suis contente d’avoir été capable de jouer ici à Montréal. J’ai eu des coéquipières en or et des amies pour toujours. C’est aussi ça la beauté du sport. Les connaissances que tu fais, c’est comme une deuxième famille.»

Pluie d’hommages pour Mélodie

Des médaillées olympiques Roseline Filion et Marianne St-Gelais aux joueuses de hockey et coéquipières de Mélodie telles que Kristin O’Neill et Sarah Fillier, plusieurs personnalités du monde du hockey féminin et du monde du sport ont rendu hommage à celle qui a remporté deux médailles d’or olympiques, en plus de recevoir le titre de joueuse la plus utile à son équipe aux Jeux de 2018.

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«Félicitations, Mélodie Daoust pour une carrière exceptionnelle. Le meilleur reste à venir», a publié Marie-Philip Poulin sur son compte Instagram.

«Je n’oublierai jamais notre premier camp ensemble il y a 17 ans quand tu as fait la feinte de Pavel Datsyuk! Je m’étais dit "Oh mon Dieu, cette fille-là est quelque chose!"» a écrit Jill Saulnier de l’équipe de New York.

«Félicitations pour ta retraite bien méritée ! Ton parcours remarquable, tant au niveau national qu'avec le chandail de Montréal, a été une source d'inspiration pour nous toutes et tous. Nous sommes immensément fier.ère.s de toi et choyé.e.s de t'avoir vue porter nos couleurs. Merci pour ton impact exceptionnel dans le hockey féminin. Nous savons que tu continueras à faire la différence dans le milieu sportif. Bonne chance pour tous tes projets futurs», a publié le compte Instagram de LPHF Montréal.

De mon côté, j’ai parlé à Ann-Sophie Bettez, qui connaît Daoust depuis plusieurs années, ayant joué avec elle à l’université McGill lorsque Daoust débutait sa carrière universitaire et bien sûr, cette saison, dans la LPHF.

«Elle a réussi à marquer le hockey féminin. Je me souviens encore de son but en tir de barrage aux Olympiques. Elle a travaillé fort pour faire sa place. Elle avait une agilité avec la rondelle. Pour moi, Mélodie, ce sont ses mains et ses feintes. Malgré le nombre de matchs qu’elle a joués, elle a marqué l’équipe et elle a aidé à contribuer aux succès de Montréal cette année.»

Merci Mélo!

J’ai connu Mélodie il y a plusieurs années maintenant grâce à la Classique KR de mon collègue et ami Kevin Raphaël et c’est une des personnes les plus gentilles que j’ai rencontrées dans le milieu. On ne s’était pas vu depuis un certain temps lorsqu’on s’est croisé pour la première fois à Verdun, la veille de son premier match dans la LPHF. Dès qu’elle m’a vu à travers la meute de journalistes, elle est venue me faire un câlin, ajoutant qu’elle était contente de me voir. C’est aussi ça Mélodie Daoust et cette pluie d’hommages pour elle ne me surprend aucunement.

Merci Mélo pour tous les moments que tu nous as fait vivre! On se souviendra de toi comme l’une des grandes hockeyeuses de l’histoire du Québec.

Bonne retraite!

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