La reconstruction du CH: une stratégie ésotérique?

Jean-Charles Lajoie
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Le Canadien est menacé d’exclusion des séries éliminatoires pour une quatrième saison de suite. Talonné pendant quelques campagnes, l’actionnaire de contrôle Geoff Molson s’est finalement résolu à utiliser le fatidique terme «reconstruction» il y a deux ans.
Mais, est-ce que la reconstruction est vraiment la meilleure solution pour une organisation? Est-ce qu’elle offre une seule garantie de Coupe Stanley à son sortir? Absolument pas...
Il y a eu les succès des Penguins de Pittsburgh et des Blackhawks de Chicago pour stimuler les plus ardents croyants d’une descente aux bas-fonds sur plusieurs saisons, mais ces deux organisations sont les exceptions qui confirment la règle: une reconstruction ne peut en aucun cas assurer un championnat.
Les Oilers d’Edmonton en sont une preuve éloquente: combien de saisons perdantes à croupir dans les bas-fonds? Combien de hauts choix de repêchages qui ont nourri d’espoir les fidèles partisans de l’équipe?
Et puis, l’arrivée d’un joueur générationnel, Connor McDavid, et d’un bœuf formidable, Leon Draisaitl. 10e saison pour McDavid, 11e pour Draisaitl et toujours pas de coupe.
À Buffalo, les Sabres sont menacés d’exclusion des séries pour une 14e fois de suite en 2025. 14 printemps pas de hockey dans une ville qui n’a pas grand-chose d’autre à offrir en plus.
Les Red Wings de Detroit ont atteint les séries année après année pendant plus d’un quart de siècle, gagnant au passage des coupes Stanley. Ils étaient un modèle d’exception dans la Ligue nationale.
Puis ils ont décidé de reconstruire. Ils y croyaient, mais ça leur a couté un excellent directeur général et ils ont mis le paquet pour retrouver la noblesse perdue en ramenant l’enfant chéri Steve Yzerman à la maison. Résultat: les «dead wings» pourraient être exclus de la grande danse pour une 9e fois de suite en avril.
Les Sénateurs d’Ottawa n’en finissent plus d’enrôler des espoirs de premier plan, identifiés comme des vedettes en devenir de la LNH. Ils alignent une formation qui devrait logiquement entrer en séries et y faire du dommage. Or, qui peut prétendre qu’Ottawa vivra une première fièvre des séries en 2025, après sept printemps douloureux?
De plus en plus de directeurs généraux à travers la LNH constatent qu’une reconstruction totale n’est vraiment pas la solution idéale pour une organisation. Le dollar loisir est de plus en plus rare, l’offre sportive de plus en plus garnie. Tu te dois d’être compétitif et d’entretenir un espoir véritable doublé de matchs significatifs afin de maintenir en place le mur de tes revenus.
Les exemples de Pittsburgh et de Chicago datent, les exemples plus actuels sont criants de vérité puisqu’ils perdurent dans la médiocrité. D’autant plus qu’un joueur générationnel comme McDavid n’arrive pas à ramener une coupe Stanley pour sa légende personnelle et la gloire des partisans pourtant si gâtés des Oilers.
Jeff Gorton et Kent Hughes ont vanté à Geoff Molson les vertus de la reconstruction. Ce dernier a acheté sans souscrire à la garantie de succès et de fidélité longue durée. Le grand patron a ensuite passé la commande à son équipe de marketing et de communications.
La pertinence de la reconstruction a trouvé écho partout sur le net alors que les spin doctors du CH sont parvenus à passer le savon du rêve et de l’espoir à une presque majorité de partisans.
Est-ce qu’il y a toutefois lieu de se demander si la stratégie de la direction hockey du Canadien n’est pas carrément ésotérique? Est-ce que la firme Gorton & Hughes & associates croit à la reconstruction comme vous pis moi à 5 ans on croyait au père Noël?