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La pression est un privilège qui se mérite

Photo portrait de Marc de Foy

Marc de Foy

2023-10-30T12:42:56Z

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Une rencontre avec Ken Dryden est un cadeau pour un journaliste. L’homme a une facilité d’expression, manie bien les mots et développe sa pensée comme dans un bouquin. Pas pour rien qu’il en compte quelques-uns sous sa signature, lesquels ne touchent pas tous le hockey.

Les 17 minutes 21 secondes qu’il a consacrées aux reporters du Journal de Montréal et de La Presse, samedi, sont de la matière pour un livre. L’ancien gardien du Canadien était dans l’arrondissement de Saint-Laurent pour assister au dévoilement de sa célèbre statue devant l’aréna Raymond-Bourque. 

L’œuvre avait été exposée pendant plusieurs années à la Place Vertu puis au centre Montréal Trust. La société immobilière Ivanhoé Cambridge en a fait don à la Ville de Montréal, qui l’a placée devant l’amphithéâtre portant le nom de l’ex-défenseur étoile des Bruins de Boston.

Vous pouvez lire un texte à ce sujet sur les sites du Journal de Montréal et du Journal de Québec.

Si les verdicts nuls n’avaient pas existé

Après avoir traité de ce point avec Dryden, la conversation a bifurqué inévitablement sur le hockey et plus particulièrement sur le Canadien et, par ricochet, sur les Maple Leafs de Toronto. Les badauds qui encerclaient les journalistes et Dryden étaient tout oreilles.

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Comme toutes questions qui lui sont posées, Dryden est parti dans une longue analyse quand je lui ai demandé si le Canadien pourrait répéter un jour les grandes saisons qu’il a connues à son époque.

«Hum... ce serait assez difficile», a-t-il dit d’entrée de jeu.

«Prenez les Bruins de Boston la saison dernière. Les points sont attribués différemment lorsqu’il y a égalité après trois périodes. Le pointage nul tombe après le bris d’égalité.»

«Combien de victoires aurions-nous ajouté à notre fiche si ce système avait été en vigueur dans notre temps? Il y a eu cette saison où nous n’avions subi que huit défaites et je pense que nous n’en avions totalisé que 30 (29 en fait) en trois ans.»

Le Tricolore a conservé un incroyable dossier de 177-29-34 de 1975-1976 à 1977-1978. En supposant qu’il aurait remporté, selon les règles en vigueur aujourd’hui, huit de ses 12 verdicts nuls lors de sa fabuleuse saison de 1976-1977, il aurait totalisé 68 victoires et 140 points. 

Tous au sommet en même temps

Les Bruins ont inscrit 65 triomphes et amassé 135 points l’an dernier avant de s’effondrer au premier tour des séries devant les Panthers de la Floride. Les trois saisons du Canadien auxquelles Dryden fait référence s’étaient soldées par des conquêtes de la coupe Stanley. 

Le Tricolore en avait ajouté une quatrième en 1978-1979, saison qui marqua la fin de la grande épopée dynastique de l’organisation.

«Nous avons été chanceux de nous retrouver tous en même temps au sommet de nos carrières et d’être entourés par les bonnes personnes», a continué Dryden.

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«Nous avions le meilleur directeur général du hockey en Sam Pollock, le meilleur entraîneur de l’histoire du hockey en Scotty Bowman, les meilleurs joueurs et un amphithéâtre (le Forum) où on retrouvait les plus passionnés, les plus engagés et les plus connaisseurs des partisans.»

«Ces amateurs soutiraient le meilleur de nous. Ils nous obligeaient à être les meilleurs. Si on battait les Blues de Saint Louis 5-3 et qu’on avait offert une performance ordinaire, on disait que nous n’avions pas été à la hauteur et qu’on était meilleurs que ça. On connaissait notre valeur, on savait que nous étions supérieurs à nos adversaires.»

«À certains égards, et je ne le dis pas seulement à la blague, comment avons-nous pu perdre huit matchs cette saison-là (1975-1976)? Nous étions meilleurs que tous nos rivaux dans ces rencontres. Pourquoi avons-nous subi la défaite? Comment cela a-t-il pu se produire?»

Dryden en a rajouté, mais un journal n’étant pas un bouquin, on va s’arrêter là. 

Citation marquante de Billie Jean King

Aujourd’hui, les joueurs disent que la pression est trop grande dans les marchés de Montréal et de Toronto.

Qu’en pense Dryden?

«Il y a une plaque dans l’un des stades (court central) du U.S. Open de tennis, une plaque marquée d’une citation de Billie Jean King», a-t-il raconté.

«Ça dit: ''La pression est un privilège''. Voilà une très bonne déclaration.»

Celle-ci est suivie d’une phrase qui n’est pas inscrite sur la plaque.

Ça dit: «Seuls les joueurs qui connaissent cette pression la méritent.»

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Des pièges destructifs

L’exercice n’est pas sans danger.

«Si vous pensez être supérieur à ce que vous êtes, ça devient difficile», a ajouté Dryden.

«La pression peut vous rendre un peu meilleur, mais les attentes sont toujours au-delà de cela. La pression peut devenir destructive si vous n’êtes pas censé atteindre ce que les gens attendent de vous.»

«Comme je l’ai déjà dit, Montréal et Toronto peuvent être les meilleures ou les pires villes pour un joueur qui y joue. Si vous et vos coéquipiers répondez aux attentes, il n’y a pas de meilleurs endroits où jouer. C’est fantastique!»

«Si vous êtes moins bons que les gens s’y attendent, c’est comme courir avec un vent de face au 100 mètres. Si, au contraire, vous atteignez les attentes, le vent vous pousse dans le dos.»

Mais pour Dryden, il est important que Montréal et Toronto soient des marchés importants en raison de leur histoire.

«La Ligue nationale compte plusieurs bonnes équipes, mais le Canadien et les Leafs sont les organisations les plus importantes. C’est important que ces équipes connaissent du succès. Le hockey se porte mieux lorsque le Canadien et les Leafs sont vraiment bons.»

Les moins jeunes qui ont connu la LNH à six équipes savent combien la rivalité était féroce entre les deux formations canadiennes qui faisaient partie de ce groupe.

Reverra-t-on ça un jour?

Pour ça, il faudrait que les Leafs maintiennent le cap jusqu’à ce que le Canadien parvienne à son niveau.  

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