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Pénurie de main-d’œuvre: la porte de sortie, réduire les heures

Un nombre grandissant de détaillants québécois doivent faire ce choix crève-cœur et qui a des effets pervers

Voilà déjà un mois que Gerardo Marasco, propriétaire d’une quincaillerie RONA sur l’avenue Mont-Royal Est, à Montréal, a affiché son désir d’embaucher un nouveau commis pour l’assister. « Or, vous ne me croirez pas, dit-il, mais en quatre semaines, moins de cinq personnes se sont manifestées. Et du nombre, aucune ne souhaitait travailler plus d’une journée par semaine. »
Voilà déjà un mois que Gerardo Marasco, propriétaire d’une quincaillerie RONA sur l’avenue Mont-Royal Est, à Montréal, a affiché son désir d’embaucher un nouveau commis pour l’assister. « Or, vous ne me croirez pas, dit-il, mais en quatre semaines, moins de cinq personnes se sont manifestées. Et du nombre, aucune ne souhaitait travailler plus d’une journée par semaine. » Photo Martin Jolicoeur
Photo portrait de Martin Jolicoeur

Martin Jolicoeur

2022-06-18T04:00:00Z

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La pénurie de main-d’œuvre, combinée à une concurrence chaque jour plus féroce du commerce électronique, pousse de plus en plus de petits et grands détaillants à réduire substantiellement leurs heures d’ouverture.

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« Je ne le fais pas de bon cœur. Mais si je ne fermais pas le dimanche, je travaillerais sept jours sur sept. Je ne ferais que cela travailler », affirme Gerardo Marasco, propriétaire d’une quincaillerie RONA sur l’avenue Mont-Royal, à Montréal. 

« Avant la pandémie, je réussissais à ne travailler que quatre jours par semaine. Mais depuis la levée des mesures sanitaires, je dois faire des semaines de six jours. J’ai beau tenter de recruter, et mettre des affiches dans mes vitrines, c’est comme si plus personne n’avait besoin ou envie de travailler plus que quelques heures par semaine. »

Résultat : le quincaillier du Plateau-Mont-Royal doit composer avec une équipe réduite de seulement deux employés. 

« En me comptant, nous réussissons parfois à être trois. Mais bien souvent, nous ne sommes que deux sur le plancher. Ce n’est pas assez », raconte-t-il, nostalgique de cette époque encore récente où il pouvait compter sur la disponibilité de jusqu’à dix commis lorsque venait le moment de faire les horaires de travail de la semaine.

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Le quincaillier montréalais a donc choisi de fermer le dimanche et de ne plus ouvrir les portes les jeudis et vendredis soirs jusqu’à 20 heures, comme il le faisait avant. 

Faute de pouvoir faire autrement, son commerce ferme maintenant à 17 heures, tous les jours de la semaine, au grand dam de ses clients qui ne sont pas en mesure de visiter son magasin durant leurs heures de travail.

Une tendance lourde

Le cas de M. Marasco est loin d’être anecdotique. Jean-Guy Côté, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), a vent de ce genre de récit quotidiennement.

Avec pas moins de 25 000 postes vacants à pourvoir dans l’industrie, ses membres – des détaillants de tous les secteurs du commerce de détail – n’ont d’autre choix, assure-t-il, que de se résigner à la réduction de leurs heures d’ouverture. Un choix crève-cœur et contre intuitif, pour la plupart.

Outre les marchands de matériaux de construction, ces variations à la baisse des heures d’ouverture sont constatées aussi parmi les détaillants de meubles et articles de décoration. 

Maison Corbeil, Must et Mariette Clermont, pour n’en nommer que quelques-uns, font maintenant le choix de ne plus ouvrir les jeudis et vendredis soirs, des créneaux pourtant fastes par le passé.

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Fermé les samedis, dimanches, et.... 

Les boutiques d’optométrie réduisent aussi en masse leurs heures d’ouverture, partout où cela leur est possible. Hors des centres commerciaux – qui obligent pour la plupart au respect d’horaires standards –, les heures d’ouverture des boutiques de l’enseigne New Look, par exemple, sont souvent réduites à leur plus simple expression. Non seulement sont-elles fermées les dimanches, mais également souvent les samedis.

« On ouvrirait les week-ends si cela était possible ; mais en l’absence d’employés, comment voulez-vous qu’on y parvienne ? Ce n’est juste plus possible », justifie une conseillère aux ventes d’une succursale bien en vue de la métropole.

Idem en ce qui a trait aux boutiques concurrentes de l’enseigne Iris. Même qu’à Outremont, sa boutique de la rue Bernard est fermée tous les soirs de semaine, en plus des samedis et dimanches. Vous souhaitez vous magasiner des lunettes dans ce quartier cossu de Montréal ? Il vous reste les jours de semaine, avant 17 heures, et sur rendez-vous seulement.

Un réflexe dangereux

Jacques Nantel, professeur émérite de HEC Montréal et spécialiste du commerce de détail, voit dans cette tendance à la réduction lente mais progressive des heures d’ouverture des petits commerçants la confirmation bien évidente de l’existence d’un déficit de main-d’œuvre. 

Mais également, sans doute, de difficultés liées à de multiples facteurs, comme la montée en force de concurrents du web qui, quoi qu’on en pense, continue d’arracher des parts de marché de plus en plus significatives aux commerçants dits traditionnels.

L’expert dit comprendre qu’à bout de souffle, des détaillants aient le réflexe de restreindre leurs heures d’ouverture. 

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« Le problème est qu’en réduisant ainsi leurs heures d’ouverture – une stratégie qui va à l’inverse de celles de géants comme Coscto et Walmart – les commerçants fournissent une raison de plus aux consommateurs de se tourner vers ces mêmes concurrents, auxquels il faut évidemment ajouter Amazon. »

Le prix à payer

Ardent défenseur du droit des commerçants de réduire leurs heures d’ouverture s’ils le souhaitent, Richard Darveau estime au contraire pour sa part que c’est là le prix que les consommateurs devront accepter de payer pour profiter des services d’experts dans des magasins spécialisés.

« Il n’y a rien de plus frustrant pour un client que d’arriver dans une quincaillerie et ne pas pouvoir trouver un commis capable de répondre à ses questions », explique le PDG de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction. 

« Si on veut que nos commerçants aient les moyens de payer des commis experts à la hauteur de leurs compétences, il faudra aussi accepter qu’ils ne soient pas ouverts à toute heure du jour ou de la soirée, y compris lorsqu’ils perdent de l’argent. »

« Car au bout du compte, poursuit-il, l’expertise d’un commis compétent en magasin, c’est à peu près tout ce qui reste aux plus petits pour se défendre contre les géants comme Amazon. »

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