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La plus grande athlète de tous les temps, c’est elle

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Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-08-02T00:43:43Z

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PARIS | Obstinez-moi si vous voulez, mais à mon avis, le plus grand athlète (ou la plus grande athlète) de tous les temps, c’est Simone Biles, qui a remporté une autre médaille d’or jeudi soir, à Paris.

J’ai tout vu ça en personne à l’Arena Bercy. J’ai vu des fans autour de moi pleurer parce qu’ils trouvaient ça trop beau. D’autres étaient plongés dans une espèce d’état de transe admirative. J’ai vu les centaines de photographes qui ne la lâchaient pas. Dont cinq qui étaient autorisés à le faire à 3 pieds d’elle, du début à la fin de la compétition sans interruption. Même quand elle est assise sur sa chaise. J’ai vu des fillettes en extase devant leur idole et ce modèle parfait. J’ai vu un aréna plein au bouchon qui a explosé au dénouement de ce scénario de rêve que les Parisiens, fous d’elle, ont vécu.

Depuis 11 ans, dans sa discipline de prédilection, le concours général, la gymnaste a participé à 29 compétitions, que ce soit les Jeux olympiques, des championnats du monde ou des championnats américains. Elle a gagné la médaille d’or 29 fois. Elle est évidemment la gymnaste la plus médaillée de l'histoire.

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Je sais, ce n’est pas évident de comparer les sports et les époques pour essayer d’identifier qui est le plus grand athlète de tous les temps. Mais gagner l’or 100% du temps que tu fais une discipline, c’est plutôt dominant, il me semble.

Bon, vous croyez que je m’emballe. Je vous entends déjà. Peut-être. Mais c’est aussi la nature de sa discipline qui rend le tout encore plus extraordinaire.

Le Bambino en aurait arraché à la poutre

J’aime bien le baseball, mais Babe Ruth se dévissait vers une balle et mangeait des hot-dogs durant les matchs. Michael Jordan, Mohamed Ali, Jim Thorpe, Michael Phelps, Usain Bolt, Gretzky, Tom Brady... on peut débattre j’en conviens, ce sont des légendes. Mais Simone Biles doit faire partie de cette discussion et même plus, selon moi.

Le concours général, c’est une des épreuves les plus spectaculaires et difficiles des Jeux. C’est une discipline olympique depuis 1900. Chaque gymnaste a quatre défis renversants. Si tu flanches, même si c’est un millième de seconde, c’est fini, tu ne gagneras pas. Ça ne lui est jamais arrivé, à Simone. Tu n’as jamais de deuxième chance. Jordan a déjà raté un panier. Brady s’est déjà fait intercepter. Usain Bolt a déjà fini troisième. Michael Phelps aussi.

Deux manœuvres de gymnastique artistique portent maintenant son nom. Le Biles et le Biles II. C’est elle qui l’a fait en premier.

Les quatre supplices

Je suis vraiment désolé de vous annoncer, comme pour l’équitation, que je ne suis pas un expert en gymnastique artistique. Si vous l’êtes, j’aurais bien aimé vous apprendre plein de choses avec une fine analyse, je suis désolé.

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Pour les autres, voici comment j’ai vu chacune des étapes de Biles qui l’ont menée à sa médaille d’or.

Saut à cheval: C’est là qu’elle a eu la meilleure note. Ça n’avait aucun sens. Elle a tourné tellement vite qu’on ne la voyait plus. On voyait juste une boule tourner. 0,8 seconde, c’est le temps qu’elle a été dans les airs. Disons que ce n’est pas long pour ne pas se tromper.

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Barres asymétriques: Elle a obtenu sa moins bonne note. L’exécution n’était pas au top, selon les juges. Moi, je trouvais qu’elle s’accrochait aux barres comme si elle avait des mousquetons à la place des doigts. J’avais les mains moites et mal au cœur juste à la regarder tourner. Cette épreuve est angoissante, d’ailleurs. Deux gymnastes italiennes, Alice D’Amato et Manila Esposito, ont pris de méchantes débarques. Elles se projettent à une hauteur de plusieurs mètres, ne réussissent pas à rattraper la barre et tombent en pleine face sur un matelas pas si mou, car il faut marcher dessus. Les deux gymnastes se sont relevées, sans broncher, et ont continué.

Poutre: C’est large comme du papier de toilette: 10 cm. Biles s’est mise en petit bonhomme et s’est mise à faire des rotations sur un pied avec son autre jambe dans les airs. Je ne comprenais pas et je ne comprends toujours pas comment c’est physiquement possible. Et que dire de trois backflips en atterrissant encore sur la largeur d’un Pop-Tart?

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Sol: C’était la dernière épreuve de l’Américaine de 27 ans. Ça passait ou ça cassait. Sa moins bonne performance aux barres lui mettait de la pression. Quand je vous disais que c’était un scénario de rêve pour le public, ça en fait partie. Toutes les gymnastes avaient terminé. Il ne restait que Biles. Elle devait être plus que très solide pour espérer l’or. Batinsse, elle a eu la meilleure note de tous les gymnastes de la finale. Elle sprintait, sautait et faisait un nombre incalculable de pirouettes en atterrissant toujours parfaitement sur ses deux pieds, comme un chat.

Ce sont des athlètes phénoménales. Leur physique, encore plus de proche, est évidemment impressionnant. Tant Biles que la médaillée d’argent Rebeca Andrade sont des blocs de béton de moins de 5 pieds. Donc oui, elles sont puissantes, ce sont des forces de la nature. Mais elles sont aussi élégantes, rapides, agiles, souples, endurantes...

C’est aussi impressionnant de les voir aller durant les temps morts de la compétition, quand elles s’échauffent entre deux épreuves, par exemple. L’une parle avec son coach en faisant des pirouettes en arrière comme si de rien n’était. Une autre parle aussi avec son entraîneur, mais en sautant en faisant le grand écart à la hauteur de la tête du coach.

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Simone Biles ne semble pas vraiment détester être considérée comme la meilleur de tous les temps, alors qu'elle s'est présentée devant les médias avec un collier muni d'un pendentif de chèvre, représentant ici goat en anglais, pour greatest of all time.

« C’est fou que je suis puisse être considérée comme la meilleure de tous les temps alors que je me considère toujours comme Simone Biles, une jeune femme du Texas », a-t-elle réagi en conférance de presse après sa victoire.

« Cette soirée représente le monde pour moi », a souligné la gymnaste qui est aussi connue pour avoir grandement contribuer à mettre fin au tabou des problèmes de santé mentale chez les sportifs. Elle s’était retirée lors des Jeux de Tokyo et avait par la suite publiquement raconté les défis mentaux qu’elle devait traverser.

« Il y a trois ans, je ne pensais pas que je pourrai revenir à un tel niveau (...) Si je n'avais pas travaillé mon mental, je ne serais pas ici ce soir. Quand j’ai commencé, je ne pensais pas en arriver là, donc je veux dire à toutes les jeunes filles croyez en vos rêves et foncez ! », a-t-elle lancé.

Ellie Black brillante

À ses quatrièmes Jeux olympiques, la machine canadienne Ellie Black, qui a aussi une manœuvre à son nom, a obtenu une splendide sixième place. Elle avait terminé 24e à Tokyo. L’autre Canadienne en finale, Ava Stewart, a terminé au 19e rang. À seulement 18 ans, Aurélie Tran, de Repentigny, avait obtenu un résultat qui devait lui permettre de participer à la finale. Mais chaque pays ne peut envoyer que deux gymnastes. Black et Stewart avaient eu un meilleur résultat.

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