Tous les résultats
Publicité

«La montagne m’a laissé vivre»: Charles Page devient le premier Québécois à atteindre le sommet de l’Annapurna

À 8091 mètres d’altitude, Charles Page a tenu à dédier l’accession au sommet de l’Annapurna à « tous les Québécoises et Québécois qui sont fiers de notre fleurdelisé ».
À 8091 mètres d’altitude, Charles Page a tenu à dédier l’accession au sommet de l’Annapurna à « tous les Québécoises et Québécois qui sont fiers de notre fleurdelisé ». PHOTO FOURNIE PAR CHARLES PAGE
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2026-05-04T04:00:00Z

Partager

Un alpiniste sur quatre qui s’attaque à l’Annapurna n’en revient pas en vie. La montagne de l’Himalaya, considérée comme la plus dangereuse au monde, n’a toutefois pas eu le dessus sur Charles Page, premier Québécois à atteindre le sommet à 8091 mètres pour en ressortir plus vivant que jamais.

• À lire aussi : Charles Page au sommet du K2 : « J’avais l’impression que la montagne voulait me tuer »

En août dernier, on vous racontait le parcours fascinant de celui qui se définit davantage comme un aventurier que comme un véritable alpiniste.

L’homme de 38 ans compte maintenant six sommets de plus de 8000 mètres à son tableau de chasse, et ce, même si ce randonneur, à la base, n’avait jamais enfilé de crampons d’alpiniste avant 2022.

Il y a notamment eu le toit du monde, l’Everest. En août, au moment d’un premier entretien avec Le Journal, c’est du K2 qu’il revenait.

Voilà qu’il a hissé le drapeau québécois au sommet de l’Annapurna, où les avalanches sont sans pitié. Bon an mal an, 25 % des alpinistes qui se lancent à sa conquête y laissent leur peau. C’est dire l’ampleur de l’exploit du Drummondvillois.

« Ce n’est pas que j’ai dompté la montagne, pas du tout ! Je sens plutôt que la montagne m’a laissé vivre et revenir, dit-il, en toute humilité.

Publicité

« J’ai juste été chanceux. J’ai eu l’audace d’y aller, mais j’ai eu la chance de tomber sur une bonne saison où les conditions de neige étaient bonnes pour les alpinistes. On a eu la fenêtre météo qu’on voulait. On dit parfois que les planètes s’alignent et c’est juste ça qui est arrivé », a-t-il commenté, toujours installé au Népal, au sujet de la montagne qui est aussi d’un haut niveau technique de difficulté.

Un combat sans oxygène

Le début de l’ascension se fait en pleine neige, entre le camp 1 et le camp 2.
Le début de l’ascension se fait en pleine neige, entre le camp 1 et le camp 2. PHOTO FOURNIE PAR CHARLES PAGE

L’aventure a débuté le 14 avril, lorsqu’il est revenu au camp de base après un épisode de météo qui rendait l’épopée impraticable. Après de fortes rafales de 100 à 120 km/h, accompagné de son fidèle sherpa Rinji, il a constaté que la neige était suffisamment compactée pour tenter le coup. C’était parti !

En milieu de matinée, le 18 avril, Page a atteint l’objectif. Treize heures plus tôt, il entamait la poussée finale à partir du camp 4, à 6900 mètres d’altitude. Il avait fait le choix de mener à terme son expédition sans l’apport d’oxygène.

Par un froid glacial de -39 degrés Celsius, ne sentant plus son pied droit, c’est finalement à 7700 mètres qu’il s’est résigné à accepter la bouteille d’oxygène de secours transportée par son sherpa.

Publicité

« Ce n’est pas une déception du tout. Ce que je viens de réaliser, c’est une première historique au Québec. C’est ce que je retiens. C’est juste que sans oxygène, l’accomplissement aurait eu une portée plus internationale. Il reste que je fais partie d’un petit groupe de 550 humains dans l’histoire à avoir atteint le sommet », réalise Page après coup.

On aperçoit ici les installations de base au camp 2, après lequel la partie la plus risquée de l’ascension s’amorce.
On aperçoit ici les installations de base au camp 2, après lequel la partie la plus risquée de l’ascension s’amorce. PHOTO FOURNIE PAR CHARLES PAGE

Vivement le camp de base

Ressentant « une immense fierté de porter le fleurdelisé au sommet », Page ne pouvait toutefois pas crier victoire. Surtout pas !

« C’est le sommet où j’ai le moins célébré de ma vie », rigole-t-il.

Cette section illustre bien le défi technique de la montagne par le mélange de surface rocheuse, de glace et de pente abrupte.
Cette section illustre bien le défi technique de la montagne par le mélange de surface rocheuse, de glace et de pente abrupte. PHOTO FOURNIE PAR CHARLES PAGE

Ce n’est qu’une fois de retour au camp de base, épuisé et sale comme jamais dans sa vie après avoir essuyé une pluie de roches dans la dernière ligne droite menant au but, qu’il a enfin saisi ce qu’il venait d’accomplir. Ses nerfs, à vif depuis des jours, ont complètement lâché et il a été submergé d’émotions.

Publicité

« Des premières de ce genre-là pour un Québécois n’arrivent pas à tous les jours ni à toutes les années. Je savais qu’il fallait redescendre et dans une montagne comme celle-là, il n’y a rien de gagné. On sait que 80 % des accidents surviennent durant la descente parce qu’on devient fatigué et qu’on perd le focus. Quand chaque pas peut être fatal, c’est une victoire d’arriver au camp de base après avoir vécu une pression extrême parce que ta vie est en jeu », raconte-t-il.

Pourquoi tout ça ?

Avant d’arriver au camp 3, les alpinistes qui bravent l’Annapurna doivent franchir un mur de glace d’une trentaine de mètres.
Avant d’arriver au camp 3, les alpinistes qui bravent l’Annapurna doivent franchir un mur de glace d’une trentaine de mètres. PHOTO FOURNIE PAR CHARLES PAGE

Charles Page se dit pleinement conscient qu’autant son exploit peut rendre ses compatriotes fiers, autant il peut susciter des interrogations. Plusieurs se demanderont en effet pourquoi mettre sa vie en danger dans des conditions si radicales.

« Je sais que ce type de danger n’est pas pour tout le monde et je comprends les gens de ne pas me comprendre », explique-t-il d’emblée.

« Ce qui me faisait rêver, ce n’était assurément pas la dangerosité. Je ne suis pas kamikaze. Je ne fais pas ça parce que j’ai une soif de danger, mais parce que ça me fait sentir vivant au sens le plus pur. Sur ses montagnes, je suis extrêmement concentré sur ce que je dois faire dans le moment présent », ajoute celui qui a été heureux de sentir qu’il suivait les traces des premiers pionniers qui ont gravi ce massif meurtrier, en 1950.

Publicité

Page, qui s’aligne maintenant avec l’équipe d’athlètes professionnels de RAB, continue de soutenir les enfants malades et ses différentes expéditions ont jusqu’ici permis d’amasser près de 200 000 $ pour Enfant Soleil. Il est possible de donner ici : enfantsoleil.fundkyapp.com/fr/coeursdelions.

Place au troisième plus haut sommet du monde

En compagnie de son sherpa Rinji, Charles Page savoure ici un instant de répit au moment de la descente de l'Annapurna. Il s'engage cette semaine avec son complice dans un nouveau défi, sur le Kangchenjunga.
En compagnie de son sherpa Rinji, Charles Page savoure ici un instant de répit au moment de la descente de l'Annapurna. Il s'engage cette semaine avec son complice dans un nouveau défi, sur le Kangchenjunga. PHOTO FOURNIE PAR CHARLES PAGE

Maintenant que Charles Page a bravé l’Annapurna, ce serait bien mal le connaître que de croire qu’il est revenu tranquillement à la maison afin de s’installer les deux pieds sur le pouf.

Il peut bien sortir de la montagne, mais difficile de sortir la montagne omniprésente en lui. C’est ainsi que le Québécois s’attaque, après un très bref répit, au redoutable Kangchenjunga, toujours au Népal.

Du haut de ses 8586 mètres, il s’agit du troisième plus haut sommet au monde et l’ascension est reconnue pour son côté exigeant.

Page a entamé sa nouvelle aventure ce week-end au camp de base et, si tout se déroule comme prévu, il s’attend à une ultime poussée vers le sommet à la mi-mai.

Il revendiquerait ainsi les cinq plus hauts sommets du monde, ce qu’aucun alpiniste né au Canada n’a réussi à ce jour.

« Je fais tout ça parce que je suis un curieux qui est amoureux de la vie et qui rêve d’aller dans des endroits où peu d’humains sont allés. On recherche le confort à tout prix tout le temps dans nos vies. Parfois, un peu de souffrance te permet de mieux apprécier le reste », lance avec philosophie l’aventurier.

Publicité

Page aurait pu savourer un plus long repos du guerrier, mais il assure qu’il est parfaitement disposé à affronter cet autre défi de taille.

« Je me trouverais à écrire l’histoire ou à tout le moins, la suite de mon histoire à moi. Je suis fort de mes succès sur l’Annapurna et je suis très motivé. Il ne reste plus qu’à espérer que la montagne va me permettre une ascension sécuritaire.

« C’est un doublé qui figure parmi les plus exigeants dans l’Himalaya. C’est un projet extrêmement ambitieux. Heureusement, je récupère très vite. Je me sens bien mentalement comme physiquement », clame-t-il.

Plus outillé après l’Annapurna

PHOTOI FOURNIE PAR CHARLES PAGE
PHOTOI FOURNIE PAR CHARLES PAGE

Page croit que le fait d’avoir résisté à l’Annapurna lui a permis d’apprendre beaucoup sur lui-même, ce qui l’aidera dans sa quête du Kangchenjunga.

« Chaque montagne nous apprend quelque chose et l’Annapurna m’a appris la force intérieure d’être en mesure de négocier avec mes peurs. Cette montagne n’était pas une finalité, mais une invitation à continuer d’oser.

« Je suis conscient de ce que je fais subir à ma famille, à mes proches, à ceux que j’aime le plus. Ils ont confiance en mon jugement. Dans mon parcours, j’ai déjà démontré que j’étais capable de faire demi-tour et de renoncer », assure l’alpiniste.


INFOGRAPHIE PAR MARTIN RICHARD
INFOGRAPHIE PAR MARTIN RICHARD

Publicité
Publicité