La LNH repart à la conquête du monde

Jean-Charles Lajoie
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La Ligue nationale de hockey possède, malgré les apparences, quelques avantages marqués par rapport aux autres sports majeurs nord-américain.
Parmi eux, le moins négligeable est certainement son terrain de jeu, son territoire de recrutement qui s’étend jusqu’en Europe.
L’arrivée des premiers joueurs étrangers est devenue un phénomène récurrent et permanent et le niveau de jeu en a bénéficié.
Le hockey est plus vite et plus spectaculaire que jamais, indépendamment du nombre d’équipes dans la ligue. Des nations émergentes produisent de plus en plus d’excellents joueurs.
Qui aurait pu prétendre, il y a tout juste 10 ans, que l’Allemagne compterait trois joueurs parmi le top 30 des meilleurs éléments de la ligue en Leon Draisaitl, Tim Stutzle et Moritz Seider?
Les Danois s’amènent de plus en plus, sans compter que la Suède et la Finlande continuent de produire de superbes talents. La Slovaquie n’est pas en reste, la Tchéquie non plus et les Russes continuent de générer des superstars en devenir, dont le fabuleux Ivan Demidov qui débarquera à Montréal la saison prochaine pour y faire beaucoup de dommages.
Mon point est le suivant : Gary Bettman était embêté dans ses relations avec l’Association des joueurs. On dirait que ce n’est plus du tout le cas. Je me suis inquiété lorsque Marty Walsh, un proche du propriétaire des Bruins de Boston, a été porté au pouvoir du syndicat des joueurs.
Il semble que je me sois fourvoyé. La présence de Walsh aux côtés de Bettman, mercredi en point de presse, était rassurante.
La proposition était des plus alléchantes. Retour de la Coupe du monde en 2028, présence des pros de la LNH aux Olympiques dans un an et Bettman qui indique sans détour que sans la collaboration de Walsh, il eut été difficile d’aller de l’avant avec ces excellentes nouvelles.
Parce que la Ligue nationale se doit d’étendre son marché en Europe. Il ne suffit plus d’aller y pratiquer une ponction de leurs meilleurs talents, il s’agit désormais d’aller y vendre des droits de diffusion, d’y recruter quelques commanditaires d’importance et même d’aller y vendre des billets pour des matchs internationaux.
Tout cela va culminer en 2028, probablement l’année du chant du cygne pour Bettman, dont il faudra conclure, même à contre cœur, d’un bilan exceptionnel à la tête du circuit.
La LNH est désormais prête à faire ces gains. Elle n’a plus rien à envier aux autres sports majeurs nord-américains. Bien entendu, elle ne pourra probablement jamais même chatouiller la NFL, mais je pense qu’elle peut raisonnablement rejoindre la NBA et peut-être même le baseball majeur au niveau de la notoriété et de la reconnaissance du public aux États-Unis.
Le match Canada-Suède en fut une superbe démonstration. Le flambeau du passé incarné par les anciennes gloires, Mario Lemieux qui émerge du tunnel et qui reçoit une ovation monstre...

Partout dans l’amphithéâtre, des chandails d’équipe Canada, répliques de la Série du siècle de 1972, de la Super série de 1976, des Coupes Canada du détour des années 80. Les souvenirs du but du «Magnifique» sur une passe de «la Merveille» lors de Coupe Canada 87 à Hamilton, Rendez-vous 87, plus haut fait d’armes de Marcel Aubut après son passage à la tête des Nordiques.
La LNH est un circuit mondial qui se doit de capitaliser sur le patriotisme de ses joueurs et de ses partisans. Mercredi soir, tout le monde a vu comment il était impératif pour les 40 pros en uniforme de gagner pour leur drapeau.
Les Canadiens sont sortis totalement engagés, les Suédois ont laissé passer la tempête en pliant sans casser, puis ils sont remontés avant de s’incliner non sans avoir farouchement combattu.
Il fallait voir et entendre la foule délirante au Centre Bell. La Confrontation des 4 nations est bel et bien lancée et elle signe, du même souffle, la relance de la conquête du monde par la Ligue nationale de hockey.