La LNH ouvre la porte aux coups vicieux

Antoine Roussel
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Tout le monde aime l’intensité de Brad Marchand. Avec tous ses attributs, ses deux coupes Stanley et ses deux autres finales, c’est sûr pour moi qu’il s’en va directement au Temple de la renommée, malgré les amendes et les suspensions.
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Ce qu’il a réussi fait oublier ses côtés moins glorieux. Mais c’est ce second point qui m’amène à parler de lui, cette fois. Parce que je trouve que son coup aux dépens de Mike Matheson, le 30 décembre, était vicieux (à voir en vidéo principale).
Et ça me dérange, car c’était un coup à la tête et qu’on ne savait pas combien de temps le Canadien serait privé de l’un de ses meilleurs défenseurs.
La blessure de Matheson a été catégorisée comme une au haut du corps, alors je spécule. Mais quand tu te fais frapper à la tête, ce n’est pas aux pieds que tu as mal. Je soupçonne donc que si Matheson n’a pas reçu un diagnostic de commotion cérébrale, ce n’était pas loin d’en être une.

Un coup vicieux
Marchand ne lui a pas donné de coup de coude à la tête. Il n’y a pas eu de saut. Toutefois, on parle d’un gars qui est entré en contact avec un autre qui changeait de direction. Il était plus bas qu’à la normale et l’épaule du joueur des Panthers de la Floride a directement touché la tête du défenseur.
C’est un coup vicieux. Et ce qui me dérange surtout, c’est que la LNH ouvre la porte à ce genre de coup.
La ligue ne met plus ses culottes comme elle le faisait à l’époque où Brendan Shanahan et Stéphane Quintal dirigeaient le Département de la sécurité des joueurs.
Je trouvais que la LNH faisait tellement bien ça, à ce moment. Ça se sentait, qu’elle ne voulait plus de coups à la tête. Il y a des gars comme Raffi Torres qui ont écopé de suspensions de 20 matchs.
On avait alors des bases solides pour ce qui devait être le hockey de l’avenir.
Physique, mais jamais cochon
Vous allez sans doute me dire que moi aussi, j’étais un joueur physique, intense. Oui, mais je n’ai jamais été un joueur cochon.
Je n’ai jamais visé la tête volontairement. Et quand ça m’est arrivé malgré moi, j’ai été suspendu.
Depuis cinq ou six ans, je trouve que la ligue laisse les choses aller. Depuis l’arrivée de George Parros à la tête du Département de la sécurité des joueurs, ce dernier a perdu sa direction.
Ce qu’on voit le plus, ce sont des amendes pour des coups de bâton. La LNH doit tellement avoir récolté d’argent dans son compte pour des coups de bâton que cela rendrait assurément Luc Poirier jaloux.
Sinon, il y a les coups de poing et les coups de bâton au visage, qui viennent avec une suspension automatique.
C’est comme si le Département avait voulu établir des règles qui sont simples à comprendre pour tout le monde. C’est noir et blanc. Coup de bâton, noir et blanc, coup de poing au visage, blanc et noir, coup à la tête... là, c’est 50 nuances de gris.
Les joueurs ne sont pas stupides
Mais qu’est-ce que ça envoie comme message au reste de la ligue? Les joueurs ne sont pas stupides: ils voient bien qu’il y a certains gestes qui ne sont plus punis.
Mikko Rantanen a été suspendu récemment, mais c’était après une accumulation d’inconduites de partie.
Depuis un certain temps, on voit ce genre de gestes refaire surface. Ça me dérange vraiment. Quand j’ai subi une blessure au genou à la suite d’un coup sournois de Brendan Lemieux, ce qui m’inquiétait le plus, c’était le choc que j’avais reçu à la tête.
Je savais que mon genou allait me faire mal, mais je me préoccupais bien plus de ma tête. Ça m’a pris presque sept mois avant que je recommence à me sentir bien.
Le Département de la sécurité a fait une bonne job en punissant certains gestes de façon claire et nette. Pour le reste, il faut que ça cesse avant que des joueurs soient sérieusement blessés.
Mike Matheson a été chanceux: il n’a pas eu à s’absenter longtemps. Mais si ç’avait été Tom Wilson, à 6 pi 4 po et 225 lb, qui avait posé le même geste à ses dépens, la suite aurait sans doute été différente pour le défenseur du Canadien.
Je vous invite à ne pas manquer la confrontation de jeudi contre les Panthers. Si la ligue n’intervient plus, des joueurs sentiront la pression d’intervenir, et c’est précisément là que les accidents arrivent.
– Propos recueillis par Jessica Lapinski