La Ligue américaine de Kelly-Ann Nadeau

Patric Laprade
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La LPHF n’est vieille que de deux saisons. Et si la priorité de la direction est d’augmenter le nombre d’équipes à 12, la prochaine étape sera de créer une ligue de développement afin de permettre à certaines joueuses de progresser tout en se concentrant sur le hockey.
En attendant, les joueuses doivent faire preuve de créativité et utiliser toutes les ressources qui s’offrent à elles.
C’est le cas de la défenseuse de la Victoire de Montréal, Kelly-Ann Nadeau.
La saison dernière, Nadeau s’est vue offrir un contrat de réserviste à sa sortie de l’université. Elle devait donc assister à tous les entraînements de Montréal, elle devait être présente à tous les matchs à domicile, mais elle n’allait pas sur la route.
Difficile de progresser quand on ne joue pas de matchs ou lorsqu’on n’est pas la priorité d’un coach à l’entraînement.
C’est alors que Nadeau a fait preuve d’ambition et d’ingéniosité.
« L’an dernier, je prenais mon équipement et souvent, j’allais pratiquer avec les Carabins, j’allais pratiquer à Shawinigan avec les Cataractes dans le junior majeur ou encore au Colisée Jean-Béliveau avec le junior AAA de Longueuil. J’ai charrié mon équipement un peu partout! »
Originaire de Mont-Laurier, Nadeau a cette chance de pouvoir compter sur plusieurs contacts dans le monde du hockey.
Elle a passé cinq saisons avec les Carabins de l’Université de Montréal, avec qui elle a remporté deux médailles de bronze aux championnats nationaux. En 2024, c’est même elle qui avait marqué le seul but en tirs de barrage pour donner la victoire à son équipe.
Son copain, Éric Bouchard, est entraîneur adjoint avec les Cataractes de Shawinigan dans la LHJMQ. Et avant sa venue dans le circuit junior majeur québécois, il était l’entraîneur-chef et directeur général du Collège-Français de Longueuil dans la Ligue de hockey junior AAA du Québec.
Sur la glace deux fois par jour
Cela dit, c’est une chose d’avoir les contacts et les opportunités, faut-il encore en profiter.
« J’ai vraiment été chanceuse. J’avais un encadrement et bien souvent, lorsqu’on avait un congé avec la Victoire, moi je ne prenais pas congé et j’allais pratiquer ailleurs. C’est moi qui faisais toutes les démarches. Je voulais me créer le plus de chances possible de jouer dans la LPHF et sans toutes ces pratiques, ça aurait été plus difficile », explique l’athlète de 27 ans.
De plus, comme réserviste, elle n’avait pas à demander la permission à Kori Cheverie ou Danièle Sauvageau. Le statut de réserviste dans la LPHF est précaire. C’est un peu comme un pigiste sous-payé. On gagne un salaire de seulement 15 000$ en devises américaines, on n’a pas le droit aux avantages sociaux, il n’y a pas de sécurité d’emploi et il n’y a aucune garantie qu’on va disputer un seul match durant la saison.
« L’an dernier comme réserviste, je ne demandais pas nécessairement l’autorisation de la Victoire pour y aller, avoue candidement Nadeau. Mais j’étais réserviste, rien dans la convention collective ne m’en empêchait. Alors quand les filles étaient à l’extérieur, ça ne me dérangeait pas. Parfois, je me permettais même de faire de la glace deux fois par jour. Cette année, si j’ai à le faire, je vais devoir demander la permission, parce qu’avec un contrat régulier c’est différent. »
S’entraîner avec un champion de la coupe Stanley
Avec les Carabins, elle participait aux pratiques régulières, ce qui lui permettait de faire plus de répétitions à l’entraînement, ce qu’elle n’avait pas toujours la chance de faire avec la Victoire.
« Il y avait beaucoup de joueuses de défense l’an dernier à Montréal, alors mon tour venait moins souvent. Je faisais moins de reps. »
Mais c’est surtout avec les Cataractes de Shawinigan qu’elle avait la chance de se développer davantage.
Avec l’équipe de la Mauricie, Nadeau pouvait compter sur les conseils de son copain, mais aussi sur ceux du Québécois Pascal Dupuis. Celui qui a joué 871 matchs dans la LNH et qui a remporté la coupe Stanley avec les Penguins de Pittsburgh est directeur du développement avec les Cataractes, ainsi qu’adjoint au directeur des opérations hockey.
« Quand il y a eu beaucoup de blessures l’an dernier, j’ai pu faire quelques pratiques avec Shawinigan, mais sinon c’était surtout des pratiques de développement avec les joueurs qui revenaient de blessures, explique Nadeau. J’avais la chance d’être bien encadrée. Pascal Dupuis me donnait beaucoup de conseils et m’aidait avec mon patin. »
Apprendre différemment avec les gars
Un aspect rarement mentionné en hockey féminin est comment il est avantageux pour une joueuse de s’entraîner avec des gars.
« C’est vraiment différent, constate la numéro 51 de la Victoire. J’apprends beaucoup à les regarder faire. Ils vont le faire différemment et à 100 milles à l’heure. Et ils ont tellement d’habiletés que nous, pas qu’on ne les a pas, mais c’est plus difficile pour nous. Mais on apprend tellement d’eux, juste de les regarder, c’est assez impressionnant. Ils me donnaient des trucs surtout sur l’aspect physique, comment éviter un contact, de spinner sur la bande. J’ai beaucoup appris et c’est vraiment formidable de pouvoir compter sur cette chance-là. »
Confiance et vitesse
Et le tout a permis à Nadeau d’être meilleure et mieux préparée lorsque Montréal a fait appel à ses services pour un premier match le 15 février 2025, plus de deux mois après le début de la saison.
« Je dirais que ça m’a apporté de la confiance. C’est ce qui manquait dans mon jeu. J’ai amélioré mon patin, mon agilité, ma vitesse, je suis plus capable de compétitionner à ce niveau-là. Mais la confiance est vraiment la chose qui fait la différence. »
Nadeau n’a joué que quatre matchs la saison dernière, totalisant un peu plus de 36 minutes sur la patinoire. Cette saison, sa préparation lui a permis d’avoir un meilleur camp d’entraînement et de signer un contrat régulier avec l’équipe. Cela dit, elle n’a joué qu’une moyenne de quatre minutes par rencontre lors des deux premiers matchs de la Victoire.
Cette faible utilisation n’est certes pas due à un manque d’effort ou à un manque de volonté. Kelly-Ann Nadeau veut jouer dans la LPHF et elle prend tous les moyens pour y arriver. Et en se créant sa propre Ligue américaine, elle servira, j’espère, d’exemple à d’autres joueuses à travers la ligue.