La légende d’Aquaman encore bien vivante au Royal Montréal
Woody Austin avait marqué l’édition 2007 de la Coupe des Présidents en glissant dans le lac du 14e trou


François-David Rouleau
Partager
Une légende vit près du lac du 14e trou sur le parcours Bleu du Royal Montréal depuis 2007. Celle d’Aquaman. Si l’on qualifie cette édition du plus grand succès de l’histoire de la Coupe des Présidents, la cascade à l’eau de Woody Austin en est l’un des chapitres. Dix-sept ans plus tard, cette fameuse saucette de septembre par un temps maussade est encore fraîche dans les souvenirs de l’Américain.
Impossible de se remémorer ce tournoi sans cet épisode qui tourne dans les moments cocasses des faits saillants sportifs depuis le temps. Il fait automatiquement décrocher un sourire.
Retour dans le temps alors qu’Austin, 43 ans, est une recrue de l’équipe américaine.
Submergée
Au deuxième jour de compétition, Austin fait équipe avec David Toms face à Trevor Immelman et Rory Sabbatini en formule de jeu 4-balles. Tirant déjà de l’arrière sur le tertre du 14e trou, une courte normale 4 où Sabbatini a déjà placé sa balle près du vert depuis les tertres, les balles des coups de départ des deux Américains tombent à l’eau.
Placée près du rivage, celle d’Austin peut être jouée.
«Elle est complètement submergée. On n’avait pas d’autre option que de jouer pour éviter de donner le trou à l’autre équipe. Je pouvais la frapper et essayer de la sortir de l’eau, m’a incité mon cadet, afin d’espérer égaler le trou par la suite avec une approche coupée parfaite. Mais ça ne s’est pas déroulé comme ça», rigole-t-il en entrevue exclusive avec Le Journal à quelques semaines du retour du tournoi à Montréal.
«C’était ma première fois dans une telle situation. Je n’avais pas réalisé que la balle reposait sur des roches. Quand mon bâton a fendu l’eau, j’ai entendu le bruit au contact des roches et c’est à ce moment que j’ai perdu l’équilibre et glissé dans l’eau», se remémore-t-il en riant.


«J’étais trempé de la tête aux pieds. La balle n’avait même pas bougé et quand j’ai levé la tête, tout le monde riait autour.»
Tour du monde
En effet, son coéquipier Jim Furyk était mort de rire en se cachant la tête dans sa casquette. Tant les Américains que les Internationaux et les spectateurs avaient le sourire fendu jusqu’aux oreilles.
«Woody a trouvé le moyen de tourner cette aventure en dérision par la suite, il ne s’est pas senti mal et gêné», témoigne Furyk, aujourd’hui capitaine de la formation américaine, à propos de l’un de ses principaux souvenirs. «Je lui avais donné mon chandail et mon manteau pour qu’il termine le match.»
Ce qu’Austin a fait avec panache, car il a aligné trois oiselets consécutifs afin d’égaler le duel et il a récolté un demi-point malgré sa mésaventure.
«On m’a évidemment immédiatement taquiné de part et d’autre. J’ai tourné le tout en plaisanterie, car ça fait partie de ma personnalité. Je n’étais pas gêné du tout», relate le golfeur maintenant âgé de 60 ans, toujours actif sur le Champions Tour.
Il a tourné sa saucette en dérision en se présentant au Royal Montréal avec son masque et son tuba, comme un véritable plongeur. De là était né son nouveau surnom: Aquaman. Même Barbara, la conjointe du capitaine américain et légende du sport Jack Nicklaus, avait sauté dans le jeu.

Ce chapitre avait grandement contribué à la synergie dans le clan américain, d’autant plus que le plus âgé de l’équipe s’est montré coriace et combatif durant toute la compétition.
Rien de nouveau
L’étiquette d’Aquaman lui colle encore à la peau. Car 17 ans plus tard, lorsqu’il se promène près de lacs ou bien qu’il y exécute un coup audacieux, les spectateurs n’hésitent pas à le taquiner en lui lançant des avertissements. Quant à ses pairs, ils sont passés à autre chose.
«Au fil des 17 ans, j’ai entendu toutes les blagues. Il n’y a plus rien de nouveau. Ils ont fait le tour, lance-t-il de bon cœur. Mais ceux qui m’agacent encore, je leur demande aussitôt ce que j’ai réalisé par la suite. Souvent, ils ne s’en souviennent plus.
«Je suis fier de ces trois birdies pour égaler le match à la fin. C’était hyper important et à mes yeux, ça reste énorme.»
8 victoires de la PGA, 1 renommée

Une simple recherche sur Google ou YouTube permet de constater que Woody Austin a trouvé sa célébrité dans le monde du golf professionnel dans ses péripéties à Montréal. Ce plongeon dans l’étang entre les 14e et 15e trous devance ses huit titres sur le circuit de la PGA et ses succès sur les allées à ses quelque 775 départs.
«Cette réalité ne me dérange pas du tout. J’ai gagné quatre fois sur le circuit de la PGA et quatre autres sur le Champions Tour, mais j’estime que ces huit victoires ne sont pas assez grosses dans la balance pour en faire oublier ce moment cocasse à Montréal, soutient celui qui avait contribué à empocher 2,5 points au tableau des États-Unis.
«C’est survenu dans un tournoi d’envergure diffusé à travers le monde, enchaîne Austin. C’est une scène énorme pour un moment embarrassant. C’est pourquoi, à mon avis, je suis reconnu pour mon plongeon plutôt que mes performances. Je n’en suis pas gêné ou amer du tout.»
Avec Tiger
Austin a remporté sa première victoire chez les pros en 1995, à l’Omnium Buick, alors qu’un certain Tiger Woods faisait déjà ses premiers pas dans le circuit. Il a d’ailleurs partagé la troisième ronde du Greater Milwaukee Open à la fin d’août 1996, exactement là où le jeune tigre a dit «allô» au monde.

Et en 2007, à quelques mois de la Coupe des Présidents, il s’est tiraillé avec lui pour le titre du Championnat de la PGA d’Amérique à Southern Hills, en Oklahoma. Une performance qui lui a par ailleurs permis de vraiment gagner sa place sur l’alignement américain dans l’épopée montréalaise.
Ayant finalement réussi à percer sur le circuit de la PGA à ses 31 ans, Austin a longtemps éprouvé des difficultés et surmonté de nombreux obstacles, dont les blessures. À force de persévérer, il a vécu l’un de ses rêves: vivre une compétition en équipe en représentant son pays.
Il a ensuite remporté le Championnat Sanderson Farms en 2013, à l’âge de 49 ans. Sur le Champions Tour, il a savouré trois conquêtes en 2016 et une autre en 2018.
Il aurait bien souhaité épauler Jim Furyk cette semaine, mais le capitaine n’a pas retenu ses services offerts à la blague.
À son avis, Aquaman aurait davantage été une distraction sur les lignes de côté au Royal Montréal.