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Un mécanicien dénonce le processus d’embauche «in english» d’une usine de la filière batterie

«La langue officielle du Québec, c’est le français», rappelle le travailleur québécois d'origine coréenne.

Photo portrait de Francis Halin

Francis Halin

2023-12-04T05:00:00Z

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Un mécanicien en colère soutient que l'usine de la filière batterie d'Ultium CAM a refusé son CV parce qu'il était rédigé en français et a exigé une nouvelle version «in English», en plus de l’avoir empêché de faire son entretien d’embauche dans la langue officielle du Québec.

«Je leur ai envoyé mon CV en français en février dernier. Ils m’ont demandé de leur renvoyer en anglais. Quelques semaines après, j’ai eu une entrevue. Ils m’ont dit: “On va faire l’entretien en coréen”», a déploré David W., à qui Le Journal a donné un nom fictif par crainte de représailles pour sa dénonciation.

«La langue officielle du Québec, c’est le français. Ce n'est pas l'anglais. Les entreprises étrangères qui viennent s’installer ici avec nos subventions doivent parler français», a déploré le Québécois d’origine coréenne indigné, qui est arrivé ici dans la trentaine.

Près de 152 M$ de fonds publics

À Bécancour, l'usine d’Ultium CAM, de l’américaine General Motors (GM) et de la sud-coréenne POSCO, est l’une des pièces clés de la filière batterie. Elle a obtenu un prêt de près de 152 M$ de Québec, dont 134 M$ pardonnables du gouvernement Legault.

L'usine d'Ultium CAM en construction l'été dernier.
L'usine d'Ultium CAM en construction l'été dernier. Photo Francis Halin

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L’usine plantée dans le Centre-du-Québec prévoit embaucher 200 travailleurs pour fabriquer des matériaux de batteries GM, qui iront dans les Hummer et les Cadillac électriques pour verdir l'économie.

Mais pour David W., les agissements du géant sidérurgique sud-coréen POSCO, lors du processus d'embauche, viennent remuer quelque chose de profond en lui.

David W. ne digère pas du tout qu'un géant étranger vienne s'établir au Québec en faisant fi du fait français.
David W. ne digère pas du tout qu'un géant étranger vienne s'établir au Québec en faisant fi du fait français. Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

«Ça m’a choqué parce que je suis d’origine coréenne. Les Japonais ont colonisé mon pays. On nous a obligés à parler japonais, donc je suis sensible à ça», souffle l'homme d'un ton posé.

Déjà deux plaintes à l’OQLF

Questionné par Le Journal, l'Office québécois de la langue française (OQLF) a confirmé avoir déjà reçu deux plaintes à l'endroit d'Ultium CAM.

«Les deux plaintes concernaient l’exigence d’une autre langue que le français pour l’accès à un poste. Comme le prévoit la Charte, elles ont été transférées à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST)», a indiqué sa porte-parole Chantal Bouchard.

«C’est la CNESST qui s’occupe de traiter certaines plaintes en lien avec la langue du travail, notamment celles qui concernent l’exigence d’une autre langue que le français pour l’accès à un poste», a-t-elle ajouté.

«Un imbroglio»

Ces derniers jours, Le Journal a constaté que certains postes affichés de techniciens et d’ingénieurs de maintenance d’Ultium CAM à Bécancour n’exigeaient pas la connaissance du français.

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Interrogée par Le Journal, l’entreprise a tôt fait de plaider «l’imbroglio».

«Le français étant très important pour les dirigeants d'Ultium CAM, je vous confirme qu'il s'agit ainsi d'un imbroglio que nous veillerons à corriger le plus rapidement possible», a assuré sa responsable ressources humaines Anabelle Jolicoeur Tétreault.

Promesses de francisation

Invitée à s'expliquer sur le cas de David W., Ultium CAM a refusé de le faire pour des «raisons légales».

«Les différents dirigeants coréens présents au Québec pour Ultium CAM suivent des cours de langue française parce qu’ils jugent primordial de le faire, cela faisant ainsi partie de notre culture organisationnelle», a répondu au Journal Mme Jolicoeur Tétreault.

Ultium CAM rétorque qu’elle respecte la loi 96, notamment la publication des offres d’emplois en français et le «programme de francisation» visant à généraliser l’usage du français dans ses activités. 

«Nous vous confirmons aussi que la langue de travail de l'usine d'Ultium CAM sera le français et que notre organisation se conforme aux différentes réglementations du Québec en lien avec la langue française», a-t-elle conclu.

-Avec la collaboration d'Yves Lévesque


Le Journal a également appris que la CNESST a donné «un avis de correction» à l'usine Ultium CAM dans un autre dossier concernant la sécurité d’une plateforme élévatrice. L'intervention a eu lieu le 26 octobre dernier après une plainte. L’employeur s’est conformé.

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