Explorer la Guyane hors des sentiers battus entre jungle, fleuves et histoire du bagne
Malik Cocherel
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C’est un coin de la France niché en Amérique du Sud. Avec sa forêt amazonienne peuplée d’animaux fascinants, ses fleuves chargés d’histoire et ses îles marquées par un passé aussi sombre que captivant, la Guyane a tout pour plaire aux aventuriers en herbe. Nous nous sommes lancés à la découverte de ce territoire méconnu, où la nature règne encore en maître.

Peu de gens le savent, mais la plus grande région de France se trouve à plus de 7000 km du Vieux Continent. D’une superficie de 83 000 km2, la Guyane s’étend sur la côte nord de l’Amérique du Sud, avec pour voisins directs le Brésil et le Suriname.
Recouvert à 96% par la forêt amazonienne, ce vaste territoire est une destination de choix pour s’immerger au cœur d’une nature d’une richesse exceptionnelle, et vivre des aventures inoubliables sur les traces des anciens bagnards, dont les évasions spectaculaires ont façonné la légende de la Guyane.
De l’enfer au paradis

Instauré sous Napoléon III, le bagne de la Guyane avait pour objectif de coloniser la région, tout en utilisant la main-d’œuvre pénale. De 1852 à 1953, des milliers de condamnés ont été transportés aux confins de l’Amazonie pour y purger des peines de travaux forcés dans des conditions extrêmes.
Situées au large de Kourou, les îles du Salut ont longtemps servi de centres principaux pour accueillir les bagnards.
Des prisonniers célèbres
De célèbres prisonniers y ont été enfermés, comme Alfred Dreyfus, Guillaume Seznec et Henri Charrière, alias «Papillon», dont les évasions rocambolesques ont inspiré un film culte avec Steve McQueen et Dustin Hoffman.
Le petit archipel formé de l’île Royale, de l’île du Diable et de l’île Saint-Joseph a été un enfer pour les bagnards.

Dans son autobiographie, Henri Charrière a décrit avec force le traitement inhumain réservé aux forçats les plus récalcitrants envoyés à l’isolement sur Saint-Joseph, sinistrement surnommée la «mangeuse d’hommes».
Dans ses cellules étroites plongées dans l’obscurité, les détenus étaient condamnés au silence absolu, privés de tout contact humain et de lumière du jour.
Rares étaient ceux qui en ressortaient vivants. Pour ajouter à l’horreur, les morts étaient jetés à la mer, où les requins attendaient leur macabre festin.
Paradis tropical
Depuis la fermeture du bagne, la nature a repris ses droits. La végétation a lentement recouvert les murs chargés d’histoire, comme pour ensevelir les souvenirs de cette sombre époque.

Les îles du Salut offrent désormais l’image d’un paradis tropical, peuplé de cocotiers, de singes capucins et d’agoutis.
Sur Saint-Joseph, l’une des plus belles plages de Guyane invite à la baignade, alors qu'elle est protégée des vagues de l’Atlantique par un cordon de rochers naturels.
Mais la quiétude envoûtante des lieux ne parvient pas à faire taire complètement l’écho des chaînes et des vies brisées, rappelant que derrière ce décor de carte postale, la mémoire d’un passé marqué par la souffrance subsiste.

Dormir avec les caïmans

Les marais de Kaw sont à la Guyane ce que les Everglades sont à la Floride: un sanctuaire naturel d’exception.
Située à 80 km au sud-est de Cayenne, cette immense zone humide couverte de moucou moucou (plante tropicale aux larges feuilles) abrite une biodiversité remarquable, avec près de 260 espèces d’oiseaux et plus de 130 espèces de poissons.

C’est également le refuge du plus grand crocodilien d’Amérique du Sud, le caïman noir, qui peut atteindre de cinq à six mètres à l’âge adulte.
Longtemps chassée pour sa peau, l’espèce a presque disparu de la région à la fin du siècle dernier. Désormais protégé, le caïman noir s’épanouit en toute liberté dans les marais de Kaw.
Excursion sur le Morpho
Pour l’observer dans son milieu naturel, le Morpho embarque les visiteurs à bord de son ecolodge flottant, avec la garantie de vivre une aventure hors du commun.
L’après-midi est consacré à l’exploration de cet écosystème fascinant aux côtés de guides passionnés, avec une pause baignade dans la rivière de Kaw (parfaitement sécuritaire, loin des eaux stagnantes).

Après un apéro servi sur le toit du bateau et un repas englouti dans la convivialité, la soirée se poursuit pour une sortie nocturne à la recherche des caïmans.
Plusieurs spécimens apparaissent à la lueur des lampes torches, surtout des juvéniles, tandis que les adultes, maîtres du camouflage, restent dissimulés dans l’obscurité pour chasser.

L’heure est venue ensuite de regagner sa couchette en plein air, protégée d’un moustiquaire, pour s’endormir aux sons de la forêt marécageuse et du cri guttural des singes hurleurs.
À l’aube, la brume enveloppe les marais dans un silence irréel. Le déjeuner est servi, tandis que le Morpho dérive lentement sur la rivière de Kaw. L’occasion de plonger une dernière fois dans l’eau, sous le regard curieux d’un troupeau de zébus traversant paisiblement les marais.

Les joies du taxi-pirogue

Le transport fluvial est un mode de déplacement incontournable en Guyane. Le taxi-pirogue demeure souvent le seul moyen de rejoindre les villages isolés ou les campements touristiques, comme le camp Cariacou, implantés au cœur de la forêt amazonienne.
Le camp Cariacou
Pour atteindre le camp Cariacou, on embarque dans une pirogue traditionnelle glissant sur les eaux brunes du fleuve Kourou, bordées par des arbres immenses.
Le trajet, de moins d’une heure, est une aventure en soi. Des toucans prennent leur envol pendant que l’embarcation se faufile tant bien que mal parmi les troncs d’arbres et les racines qui émergent à la surface. Puis, le campement apparaît soudain au détour d’un bras de rivière, au milieu d’une végétation luxuriante.

Pouvant accueillir jusqu’à 25 personnes, le camp Cariacou propose une expérience intimiste et authentique.
La nuit, les visiteurs dorment dans des hamacs installés sous des carbets, ces refuges traditionnels faits de bois et de feuilles de palme parfaitement intégrés à la forêt.
Le jour, des randonnées guidées permettent d’apprendre à se repérer dans la jungle et à tirer parti de ses ressources, en découpant un palmier à la machette pour en extraire le cœur comestible, tendre et étonnamment savoureux.

Des ateliers de vannerie complètent l’expérience, offrant la possibilité de transformer les matériaux glanés lors des balades (feuilles de wassaï et fibres de macoupi) en paniers ou en bracelets.

En soirée, une nouvelle sortie en pirogue offre l’occasion unique de découvrir la jungle sous un autre jour.
Observer la faune et la flore de nuit est un moment magique. Le clapotis de l’eau, le bruissement des feuilles, le cri rauque des singes hurleurs, les yeux brillants des caïmans et les silhouettes furtives des capybaras sur les berges forment un spectacle fascinant, où chaque instant révèle un détail inattendu de la vie nocturne de la forêt guyanaise.
Les sons de la faune se mêlent aux parfums des plantes et à la fraîcheur de l’eau, offrant une immersion sensorielle totale. Une aventure unique que l’on n’est pas près d’oublier!

La tête dans les étoiles

En Guyane, l’aventure ne se limite pas à la forêt et aux rivières, elle s’étend bien au-delà de l’atmosphère.
À Kourou, le Centre spatial guyanais (CSG) figure parmi les plus importants centres de lancement au monde. Depuis sa construction par l’agence spatiale française à la fin des années 1960, plus de 300 fusées, dont la célèbre Ariane 5, ont décollé du site, faisant de la Guyane un acteur majeur de l’accès à l’espace.
Assister à un lancement est une expérience spectaculaire et captivante qui vaut à elle seule le voyage.
Hors des périodes de lancement, le CSG est ouvert aux visites (l’accès est gratuit), donnant la possibilité de découvrir ses installations, du centre de contrôle jusqu’aux pas de tir. Avec 22 000 visiteurs par an, il s’agit du deuxième site touristique le plus fréquenté de la Guyane, juste derrière les îles du Salut.
Pour plus d’infos: centrespatialguyanais.cnes.fr
Bon à savoir

- Pour rejoindre la Guyane depuis Montréal, une escale est nécessaire dans les Antilles françaises, à Fort-de-France (Martinique) ou Pointe-à-Pitre (Guadeloupe);
- Le vaccin contre la fièvre jaune est obligatoire pour entrer en Guyane;
- La meilleure période pour visiter la Guyane est de juillet à décembre, pendant la saison sèche et pendant le «petit été» de mars;
- Le français est la langue officielle, et la monnaie locale est l’euro;
- Ne pas oublier d’emporter un répulsif antimoustique, de bons souliers de randonnée et des vêtements légers couvrant les bras et les jambes;
- Il est possible de passer la nuit aux îles du Salut en dormant à l’auberge ou dans les anciennes habitations de gardiens, toutes situées sur l’île Royale;
- L’Hôtel Atlantis à Kourou (atlantiskourou.com) offre une bonne base tout confort pour les personnes qui souhaitent visiter le Centre spatial guyanais, avant de s’aventurer au camp Cariacou;
- Pour plus d’infos: www.tourisme-guyane.com.