La guerre des couronnes de Montréal
Le Parti libéral et le Bloc québécois se disputent âprement les banlieues en périphérie de la métropole


Anne Caroline Desplanques
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Le Bloc québécois et le Parti libéral se livrent une guerre de tranchées pour séduire les banlieusards montréalais. De plus en plus, les troupes de Justin Trudeau jouent ici leur avenir, car, ailleurs au pays, les conservateurs prennent les devants.
Depuis le début de la campagne, les libéraux perdent en moyenne deux sièges par semaine d’un océan à l’autre, sauf au Québec, où ce sont plutôt les appuis du Bloc québécois qui s’effritent doucement, selon le site 338Canada, qui compile l’ensemble des coups de sonde du pays.
En conséquence, « certaines circonscriptions bloquistes gagnées de justesse il y a deux ans pourraient être en danger », analyse Philippe J. Fournier, créateur du site et professeur de physique au Cégep de Saint-Laurent, à Montréal.
Pour lui, le recul du Bloc bénéficiera le plus probablement aux libéraux.
La lutte est particulièrement serrée dans les circonscriptions de Rivière-des-Mille-Îles et de Thérèse-De Blainville, sur la rive nord de Montréal, et dans celle de Longueuil–Saint-Hubert, sur la rive sud, où la machine libérale pèse de tout son poids depuis les premières heures de la campagne.
Le train libéral à Blainville

Quelques heures à peine après avoir rendu visite à la gouverneure générale le 15 août, Justin Trudeau s’est rendu à Blainville pour prêter main-forte à deux de ses ex-députés, Linda Lapointe et Ramez Ayoub, défaits en 2019 par les bloquistes Luc Desilets et Louise Chabot.
C’était le tout premier arrêt de campagne de M. Trudeau, avant même la visite de sa propre circonscription de Papineau.
Dès le lendemain, il était à Longueuil–Saint-Hubert en compagnie de sa candidate, Florence Gagnon, qui tente de ravir le siège occupé par le bloquiste Denis Trudel.

Mais sur le terrain, Le Journal a constaté que les électeurs des banlieues montrent très peu d’intérêt pour cette opération de séduction. Entre la rentrée scolaire et la pandémie, les esprits sont ailleurs.
« Oh non, je ne suis pas décidée. Je n’ai pas eu le temps de regarder ça encore », répond une passante abordée par Mme Gagnon sur la rue Saint-Charles du Vieux-Longueuil.
Non loin de là, à la banque alimentaire et friperie d’Yvonne Orneau, de Saint-
Hubert, le cœur n’est pas à la campagne. La fondatrice du petit organisme communautaire est inquiète pour l’avenir.
« Pendant la COVID, la pauvreté a changé de visage, dit Mme Orneau. Avant, les gens qui venaient ici étaient sur le bien-être social, maintenant ce sont des gens en grande précarité, des familles qui travaillent, mais qui ne s’en sortent pas. Avec les loyers qui augmentent, la détresse est grande. »

Pour le bloquiste Denis Trudel, c’est plus « un ressentiment anticampagne ».
« Les gens sont fâchés, ils ont d’autres choses à faire », dit-il.
Mais le lieutenant québécois des libéraux Pablo Rodriguez répète que son gouvernement veut donner aux électeurs « l’opportunité de se prononcer sur la gestion de la crise et la sortie ».
À Lorraine, en tout cas, où Le Journal a suivi l’ex-maire du coin Ramez Ayoub en porte-à-porte, le bilan des libéraux semble faire mouche.
« Je n’ai pas de reproche à faire. Donc il faut croire que je suis satisfaite », répond une mère de famille pressée.
Faire sauter la banque
Il faut dire qu’en plus des multiples programmes d’aide pandémiques, comme la PCU, le gouvernement n’a pas lésiné sur les dépenses dans la région ces derniers mois, qu’il s’agisse de financer des logements sociaux à Longueuil, l’industrie aéronautique à Saint-Hubert ou encore la construction de véhicules électriques à Saint-Jérôme.
« Il faut donner un mandat clair à ceux qui ont les moyens d’agir », défend la candidate libérale Florence Gagnon.
C’est très serré dans ces trois comtés
