Dans un rapport d’étape de son enquête sur la première vague de la COVID-19 dans les CHSLD, la Protectrice du citoyen propose cinq principales recommandations.
«De nombreux témoins de la crise ont décrit au Protecteur du citoyen des milieux de soins désorganisés et à bout de souffle, et ce, malgré l’immense dévouement du personnel», écrit Marie Rinfret.
Les constats de la Protectrice du citoyen rejoignent plusieurs observations déjà relevées par les médias et le gouvernement Legault depuis le début de la pandémie.
Ainsi, elle souligne l’impact important qu’a eu l’interdiction de visite des proches aidants dans les CHSLD durant la première vague. «La mise à l’écart des personnes proches aidantes a porté un dur coup à la santé mentale et physique des personnes hébergées», note-t-elle dans son rapport d’étape.
«À titre de priorité d’action, les autorités responsables doivent mettre en place la formation et l’encadrement nécessaires pour que les personnes proches aidantes oeuvrant dans tous les types de milieux de vie puissent jouer leur rôle de partenaire dans la dispensation de soins humains et personnalisés, en situation d’éclosion comme en temps normal», écrit-elle.
De la même façon, la désorganisation des effectifs et la mobilité du personnel ont également contribué à la propagation du virus.
Marie Rinfret propose donc d’«assurer la stabilité des effectifs et la présence de personnel en nombre suffisant dans les CHSLD», ainsi que de «poursuivre la mise en place, dans chaque CHSLD, d’une ou d’un gestionnaire de proximité».
Québec devrait également «implanter dans les CHSLD une culture rigoureuse en matière de prévention et de contrôle des infections» et «renforcer les canaux de communication, tant au plan local et régional que national», note-t-elle.
Plusieurs lacunes
D’ailleurs, plusieurs lacunes sont soulevées par le rapport d’étape. «Dans le cadre de l’appel à témoignages, 48 % des travailleuses et travailleurs de la santé ont rapporté avoir manqué d’équipements de protection, principalement en raison de la pénurie», écrit la Protectrice.
De plus, la menace que représentait la COVID-19 a été «nettement sous-évaluée par les autorités», estime-t-elle.
Quant au pouvoir décisionnel, il était «éloigné du terrain», déplore Mme Rinfret. «Les nombreux problèmes dans les CHSLD les plus touchés auraient dû être pris en charge par des modes de gestion de proximité, autrement dit par des personnes exerçant un leadership fort sur le terrain même des éclosions et de la pénurie de personnel. Le fait de recevoir des consignes "d’en haut" ou d’attendre des directives qui ne venaient tout simplement pas a grandement affaibli la chaîne décisionnelle», écrit-elle.
Mme Rinfret souligne par ailleurs que le personnel du réseau de la santé a été gravement affecté par le virus: «entre le 1er mars et le 14 juin 2020, 13 581 travailleurs et travailleuses de la santé ont été atteints de la COVID-19, soit 25 % des cas rapportés durant la première vague. Onze en sont morts», affirme-t-elle.
«Plus jamais»
Le premier ministre François Legault a réagi au rapport en milieu d’après-midi, convenant «qu’on n’en a pas assez fait pour nos aînés dans les dernières années» pour les aînés dans les CHSLD.
«Depuis plusieurs années, nos CHSLD manquent de financement et de personnel. Tous les gouvernements qui se sont succédé sont responsables de ça, incluant le mien. Je prends ma part de responsabilité», a-t-il écrit dans une déclaration.
Ce matin, la Protectrice du citoyen a déposé son rapport sur ce qui s’est passé dans nos CHSLD au printemps dernier....
Publié par François Legault sur Jeudi 10 décembre 2020
M. Legault note que son gouvernement a «travaillé fort pour redresser la situation», notamment en embauchant des milliers de nouveaux préposés aux bénéficiaires.
«Dans 25 ans, dans 50 ans, on va se souvenir qu’en 2020, on a perdu des milliers de Québécois en CHSLD, conclut-il. Mais il faudra aussi se souvenir que c’est suite à ce drame qu’on a changé les choses. Il faudra se souvenir qu’on s’est dit: plus jamais.»