La France et le Québec vivent simultanément un grand bouleversement de leur scène politique.
En France, le clivage fondamental a toujours été celui entre la gauche et la droite.
Le parti historique de la gauche fut longtemps le Parti socialiste. À droite, ce fut, sous diverses appellations, le parti qui incarnait la lignée de Gaulle-Chirac-Sarkozy.
- Écoutez l'édito de Joseph Facal à l'émission de Benoit Dutrizac diffusée chaque jour en direct 10 h 30 via QUB radio :
Recomposition
Lundi dernier, la candidate du Parti socialiste a obtenu... 1,75%. Celle de la droite classique modérée a obtenu... 4,8%.
La droite modérée est partie chez Macron, et la droite plus dure est allée chez Le Pen et Zemmour.
La gauche modérée s’est aussi dispersée, une partie allant chez Macron, pendant que la gauche plus dure allait chez Mélenchon.
Au Québec, le clivage dominant fut longtemps celui entre les fédéralistes et les souverainistes.
Comme ce clivage n’est plus dominant, les partis qui l’incarnaient en arrachent forcément.
Le PQ ne dispose plus d’une seule circonscription sûre.
Le PLQ n’a même plus l’appui d’un francophone sur dix et ne survit qu’en raison de l’appui des minorités ethnolinguistiques, un cas possiblement unique au monde.
Beaucoup de souverainistes pragmatiques ou résignés sont partis à la CAQ. Beaucoup de fédéralistes francophones modérés aussi.
Mais ces deux rebrassages des cartes, en France et au Québec, résultent aussi de facteurs plus profonds.
Historiquement, les partis de gauche étaient les partis de la classe ouvrière. Or, la classe ouvrière disparaît progressivement, remplacée par la robotisation accélérée des milieux industriels.
La gauche ne reste le pôle d’attraction que des intellectuels, des syndicalistes et d’une partie de la jeunesse. Ça ne fait pas beaucoup de monde.
La gauche fut aussi le porte-étendard historique de revendications imparfaitement mais largement satisfaites: égalité hommes-femmes, redistribution de la richesse, adoucissement du capitalisme, etc.
Aujourd’hui, elle se cherche des combats, d’où sa fuite en avant dans les délires autour des identités raciales et de genre.
Une partie des couches populaires trouve cela absurde et vire à droite.
Au Québec, des facteurs similaires et des facteurs spécifiques sont à l’œuvre. Ils affectent surtout le camp souverainiste.
Les deux échecs référendaires ont démobilisé deux générations de militants qui n’ont pas vraiment passé le flambeau à la génération montante.
Les Québécois jouissent d’un niveau de vie appréciable, ce qui rend timorés bien des électeurs, et l’immigration massive handicape lourdement le projet souverainiste.
Danger
Mais il y a une différence fondamentale, proprement existentielle entre nous et la France.
En France, les lignes idéologiques sont plus floues qu’avant, mais le clivage gauche-droite demeure.
Au Québec, si le clivage souverainiste-fédéraliste s’effaçait pour de bon au profit du statu quo politique, alors c’est tout l’avenir du Québec français qui serait compromis.
La démographie canadienne est impitoyablement chiffrée et programmée: si le Québec y reste, son seul avenir est celui d’un gros Nouveau-Brunswick multiculturaliste, dans lequel les francophones deviendront folkloriques et impuissants.
La France n’est pas en danger de mort. Le Québec français, oui. Une mort à feu doux.

