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La force des expériences extrêmes

Photo Martin Alarie
Photo portrait de Marie-France Bornais

Marie-France Bornais

2022-04-09T04:00:00Z

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Journaliste, éditrice, écrivaine, Elsa Pépin met en lumière les extrêmes qui gouvernent nos existences dans son nouveau roman, Le fil du vivant. Au cours d’un déluge qui s’abat sur la province, une famille se met à l’abri dans le nord, dans un somptueux manoir. Immanquablement, les provisions diminuent, la tension monte et l’instinct de survie occupe le premier plan. Faut-il s’accrocher et être solidaire ou lutter pour protéger les ressources ?

Elsa Pépin, écrivaine à la plume magnifique, a imaginé l’histoire d’un jeune couple montréalais, Iona et Nils, et leurs deux jeunes enfants. Lorsque la ville est sur le point d’être inondée en raison de pluies diluviennes, la famille fuit loin de la civilisation, en pleine forêt. Sont-ils vraiment à l’abri de tout ?

En entrevue, elle explique que son livre ne s’est pas écrit avec un plan préétabli. 

« Je suis partie d’images et d’obsessions de quand j’étais avec mes jeunes bébés et j’étais presque dans une réalité parallèle, dans mon cocon, mes nuits blanches. J’avais l’impression d’être en train de me dissoudre dans un espace-temps en dehors de la réalité et de la société. »

« C’était difficile, parce que j’avais beaucoup de fatigue et l’impression de tout donner à mes bébés. Dans cette espèce d’état où je me perdais, il y avait en même temps quelque chose de super intéressant. Qu’est-ce qui émerge de ça, d’être prise dans le présent, dans l’instant, de voir comment les choses évoluent et se transforment. »

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« Ça me faisait penser à ce que j’avais voulu, plus jeune, dans des moments où on cherche à franchir des limites, où on cherche des expériences physiques extrêmes. On recherche cet état de dissolution et de porosité avec le monde. Je suis partie de cette intuition assez étrange qu’il y avait un lien entre la maternité et ces expériences extrêmes, ce que j’appelle la culture dionysiaque. »

D’autres crises

Au fil de l’écriture, elle a exploré ces deux types d’expériences, et imaginé qu’il pouvait arriver d’autres sortes de crises comme la crise climatique et l’horizon de fin du monde qui nous guette. 

« Je me suis dit qu’il y a un chaos. Dans le fond, peut-être que les mères et les adeptes d’expériences extrêmes ont quelque chose à nous apprendre sur comment on gère ça ? Ce n’est pas une recherche de solution, au contraire, c’est comme être à l’écoute de ce qui se passe et presque embrasser les mouvements du chaos et décider d’évoluer avec lui. »

Son personnage féminin, Iona, ne veut pas se laisser rattraper par la peur et refuse l’inertie, précise-t-elle. 

« Elle est dans une posture où elle écoute, elle se connecte au présent, elle regarde ce qui est en train de se passer et de se transformer. Elle essaie de voir comment évoluer avec ce mouvement. » 

  • Elsa Pépin est journaliste et éditrice.
  • Elle a aussi publié le roman Les sanguines et dirigé deux ouvrages collectifs.
  • Son recueil de nouvelles Quand j’étais l’Amérique a remporté le Prix littéraire des enseignants AQPF-ANEL en plus d’avoir été présélectionné pour le prix littéraire France-Québec.

Salon international du livre de Québec

Elsa Pépin en signature

  • le samedi 9 avril de 15 h à 16 h.

EXTRAIT

Photo courtoisie
Photo courtoisie

« Pourvoir, du latin providere, signifie “voir en avant”, “devant soi”. La mère pourvoit et incarne le devenir. J’ai désormais les yeux rivés devant moi sur ces deux vies à maintenir, mais devant il y a la tempête, la menace imminente d’une fin abrupte, de la disparition de notre espèce. Je n’y crois pas. Voir devant, les deux pieds plantés dans une planète à l’agonie, accablée par le dérèglement du climat et cet interminable déluge, c’est croire à la vie qui a ressuscité même quand les eaux cherchaient à se refermer sur elle. Je ne construirai pas de bateau pour emmener mes enfants loin d’ici. Je vais les accompagner pour leur apprendre à danser dans la houle. »

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