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La fin de tout à Oakland

Après les Raiders en 2019, les Warriors la même année et les Seals en 1976, Oakland a perdu sa dernière équipe d’un sport professionnel majeur, les A’s, aujourd’hui

Photo AFP / GETTY IMAGES
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-09-27T00:15:00Z

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OAKLAND | Après les Raiders en 2019, les Warriors la même année et les Seals en 1976, Oakland a perdu sa dernière équipe d’un sport professionnel majeur, les A’s, aujourd’hui.

Pour la première fois en 20 ans, c’était plein au bouchon au vieil Oakland Coliseum, alors que 46 889 personnes étaient venues faire leurs adieux aux A’s après 57 saisons ici et quatre Séries mondiales. C’est la première équipe depuis les Expos à déménager.

La sécurité était renforcée. On craignait des débordements. Surtout après le match de mardi soir, où des imbéciles ont essayé de voler des sièges. Et où plusieurs spectateurs tentaient de dérober certains souvenirs accrochés sur les murs du stade.

Au moment d’écrire ces lignes, tard jeudi, tout était sous contrôle. On entendait beaucoup de colère lors des matchs précédents. Là, c'était de la tristesse. La dernière manche était plus mouvementée alors que les bombes fumigènes tombaient sur le terrain et qu’un spectateur a décidé d’aller courir dans le champ centre. Mais c’était juste comique. Disons qu’il n’est pas allé chercher le premier jeu.

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Beaucoup de larmes

Les A’s ont gagné 3 à 2, en passant. Ç’a aidé tout le monde à garder une certaine bonne humeur.

J’ai réussi à défier l’épeurant ascenseur et à me faufiler à travers les centaines de journalistes et photographes pour être directement sur le terrain quelques secondes après le dernier retrait pour que vous puissiez vivre ça, comme moi, de l’épicentre.

À ma droite, les préposés au bâton se pleuraient dans les bras. Un peu plus loin, des agents de sécurité faisaient la même chose. J’ai reculé en pilant sur le pied du receveur des A’s Shea Langeliers, qui contemplait, seul, les dizaines de milliers de spectateurs alors que la plupart de ses coéquipiers rentraient au vestiaire. Des préposés au terrain ramassaient du sable avec une pelle pour en donner aux spectateurs qui les attendaient avec des bouteilles.

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Devant moi, le gérant des A’s, Mark Kotsay, a pris le micro pour s’adresser à la foule. Il a évolué comme voltigeur avec l’équipe durant quatre ans, au milieu des années 2000.

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La veille, il avait été surpris tard après le match en marchant main dans la main avec son épouse au champ gauche, presque seuls au monde dans le stade.

Il est revenu sur ce moment, racontant à quel point il avait pleuré beaucoup. «J'ai tout laissé sortir», a-t-il dit. Très émotif, Kotsay, il a dit être reconnaissant pour toujours à Oakland. Et «qu’il n’y avait pas de meilleurs fans».

«Tous les gens qui portent du vert et du doré [...] merci d’avoir encouragé les A’s d’Oakland», a-t-il lancé.

Touchant, mais ordinaire

Ç’a été le seul discours d’une courte cérémonie d’adieux sobre, mais un peu ordinaire. Aucune vidéo, aucun ancien joueur présenté, aucune conférence de presse avec la direction... absolument rien. Il n'y a rien d'étonnant, considérant que le propriétaire John Fisher a bien hâte de quitter cette ville. Et évidemment, il ne s’est pas manifesté. C’était mieux pour sa sécurité, sérieusement, à se fier aux méchancetés qu’on a entendues sur lui toute la semaine.

Le plus beau moment du match fut assurément le dernier Take me out to the ball game. Comme si tout le monde comprenait que là, ça achevait vraiment. Je me suis surpris à avoir le motton. Je me suis retourné vers mon voisin journaliste sur la galerie de presse qui avait l’air bête comme ses deux pieds. Et il sortait un mouchoir pour essuyer ses larmes. Le stade au complet a viré en festival de «braillage». C’était très émouvant.

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Heureusement, les joueurs ne sont pas partis dès que le match s’est terminé. Ils sont restés pour prendre le temps de saluer la foule et de prendre une photo d'équipe sur le monticule. Le gros bon sens l’a emporté.

Rien ne va plus

C’est la fin de tout pour cette pauvre ville californienne dont la population ne cesse de décroître. Il ne reste plus rien.

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Le secteur du stade est dégueulasse, moribond et dangereux.

Le centre-ville est inanimé, abandonné et pas plus sécuritaire.

J’ai décrit un peu cette semaine à quel point l’itinérance et la pauvreté frappaient durement ici.

Les A’s étaient une des dernières bonnes choses qui existaient à Oakland.

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C’est la troisième ville la plus dangereuse des États-Unis, selon les données du FBI. Il y a une centaine de meurtres par année et près de 6000 crimes violents. Tout ça pour une ville de 400 000 personnes. Les vols ont augmenté de 40% l’an dernier. Et un résident d’Oakland sur 30 s’est fait voler sa voiture en 2023, a rapporté CNN. C’est une ville portuaire et disons qu’il n’y a pas seulement des cannes de soupe aux pois et aux légumes du jardin qui y transitent.

Fini les billets à 5$

La fin des A’s. C’est la fin de bien des choses dans le baseball, mais, surtout, une grosse étape vers la fin de l’accessibilité du baseball pour la classe moyenne.

C’est la fin des billets gratuits pour les enfants, du stationnement gratuit au stade un soir par semaine, des billets à 5$... On ne voit et on ne verra plus vraiment ça ailleurs.

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Tout ça est triste. Mais il faut quand même être réaliste concernant le départ des A’s. Ça n’avait plus de bon sens, ce que l’équipe était en train de faire.

Tu ne peux pas avoir plus chiche

Pour le dernier match, sur les 27 joueurs actifs des A’s, 25 empochent le salaire minimum. Le plus grand salarié gagne 2,6 M$ cette année. Par comparaison, l’équipe voisine, les Giants, paie son meilleur lanceur 25 M$. Quatre joueurs empochent plus que 10 M$ par année.

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Chez les A’s, le champ droit, c’est une recrue. L’arrêt-court, c’est aussi une recrue. Il a l’air d’avoir douze ans. Il est tellement jeune que son père jouait encore en 2012. Le premier but, c’est sa première année. On dirait un petit bébé. Il n’a pas de poils de barbe. Le deuxième but, quand il est passé à côté de moi, je me disais que je pouvais être son papa tellement il avait l’air jeune. Le deuxième lanceur partant est à sa première année et a l’air en crise d’adolescence.

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Et la plupart viennent à peine d’avoir l’âge d’acheter de la bière en Californie.

C’est incroyable de demander à ces jeunes-là de rivaliser avec le reste des ligues majeures. Tant mieux pour eux, mais ces gars-là seraient encore dans les mineures partout ailleurs. Malgré tout, quatre équipes ont été pires qu’eux cette année. C’est tout de même remarquable.

L’an prochain, les A’s joueront à Sacramento, à 100 km au nord, dans un stade des ligues mineures de 9000 places. Le propriétaire John Fisher espère réussir à faire construire un stade pour déménager le club à Las Vegas par la suite, ce qui n’est pas encore coulé dans le béton.

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