La fièvre boursière s’empare du Québec
Julien McEvoy | Journal de Montréal
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Ça faisait six mois que Bruno Gagnon St-Aubin s’amusait en Bourse avec son compte Disnat quand les marchés se sont effondrés, en mars 2020, à cause de la pandémie.
« J’ai perdu pas mal d’argent. Disons que ça m’a rendu plus nerveux. Mais j’ai gardé confiance. Je prenais des risques au début, je n’en prends plus », raconte le courtier hypothécaire de 34 ans.
En 24 mois de « boursicotage », il profite de la remontée spectaculaire des marchés. Son portefeuille vaut 135 000 $, sur une mise initiale de 105 000 $.
Pour lui, la Bourse représente une façon de s’assurer une retraite dorée. « J’ai un style très prudent. Je mise sur le long terme », dit le propriétaire d’actions de Google et de Berkshire Hathaway, entre autres.
Bruno fait partie de la vague de nouveaux investisseurs autonomes qui déferle sur le marché depuis un an ou deux. Mais ce ne sont pas tous les boursicoteurs qui misent aussi gros que lui.
À Joliette, Jean-Christophe Fortier, 26 ans, s’amuse sur Wealthsimple avec 3500 $ depuis six mois. Ils valent aujourd’hui 3700 $. « J’ai essayé beaucoup de choses au début, mais là, mon but est d’investir et de pas y toucher », dit-il. Son portefeuille comprend les titres d’Air Canada et de Couche-Tard, entre autres.
Du Couche-Tard, Dave St-Pierre en a aussi. Le préposé en gestion documentaire de 27 ans qui travaille pour la Ville de Belœil s’est lancé en Bourse il y a quelques mois grâce à son remboursement d’impôt.
« Dans son livre L’investisseur intelligent, Benjamin Graham dit de ne pas investir plus que 10 % de tes avoirs. C’est ce que je fais », raconte le Bleuet d’origine.
Son investissement de 1455 $ a pris 10 % de valeur en 4 mois, ce qui est largement suffisant pour soutenir son enthousiasme.
L’élan va se poursuivre
Tous ces gens ne sont évidemment pas à l’abri des soubresauts de Bay Street et de Wall Street.
Mais l’élan boursier des derniers mois devrait se poursuivre encore un peu, selon Jimmy Jean, l’économiste en chef de Desjardins, qui disait récemment que la croissance sera encore au rendez-vous jusqu’à la fin 2021, autant au Canada qu’aux États-Unis.

■ Bruno Gagnon St-Aubin, 34 ans
■ Deux-Montagnes
■ Courtier hypothécaire à son compte
■ Investissement : 105 000 $
■ Rendement : 30 % en 2 ans
■ Titres : Berkshire Hathaway, Google, Power Corporation, eBay, Banque TD

■ Dave St-Pierre, 27 ans
■ Belœil
■ Préposé en gestion documentaire
■ Investissement : 1500 $
■ Rendement : 10 % en 4 mois
■ Titres : RBC, FNB de Vanguard (VDY), Couche-Tard, Facebook

■ Jean-Christophe Fortier, 26 ans
■ Joliette
■ Journalier en loisirs à la Ville
■ Investissement : 3500 $
■ Rendement : 6 % de profit en 4 mois
■ Titres : Air Canada, Couche-Tard, H&R Real Estate Investment Trust, FNB TSX Vanguard (VDY), FNB S&P 500 Vanguard (VFV)
Les Québécois jouent à la Bourse en ligne et pas qu’un peu
Le revenu disponible moyen grimpe depuis la COVID. Le marché boursier cartonne aussi. Pas étonnant que le nombre de gens qui jouent à la Bourse en ligne ne cesse de grimper.
La hausse est tout de même fulgurante. Chez Desjardins Courtage en ligne (Disnat), le nombre de nouveaux clients a augmenté de 130 % au cours des six premiers mois de 2020, et d’un autre 16 % pour les six premiers mois de 2021.
Deux fois plus
Chez BMO, les ouvertures de compte ont doublé au cours des derniers mois sur la plateforme Ligne d’action.
Le volume de transactions sur Disnat a lui aussi doublé en 2020 et a encore presque doublé (+ 80 %) en 2021.
Au Canada, quelque 2,3 millions de nouveaux comptes sans conseils ont été ouverts en 2020, contre 846 000 en 2019, selon Investor Economics.
LA FOLIE DU BOURSICOTAGE AU QUÉBEC EN QUELQUES CHIFFRES
150 %
- C’est le bond du volume de transactions des particuliers derrière leur écran, les boursicoteurs, chez BMO, de 2019 à aujourd’hui.
102 %
- Sur Disnat, les boursicoteurs ont carrément doublé leur volume de transactions en 2020.
80 %
- Et ce n’est pas fini, car depuis le début de 2021, un autre bond de 80 % du volume de transactions est enregistré.