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La fausse croisade d’Ottawa contre les épiciers

Les grandes bannières n’avaient pas besoin de la pression d’Ottawa pour baisser les prix dans leurs circulaires

Photo portrait de Emmanuelle Latraverse

Emmanuelle Latraverse

2023-10-07T04:00:00Z

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Extraordinaire nouvelle, les prix à l’épicerie ont commencé à baisser! 

C’est le ministre de l’Industrie qui le dit.

François-Philippe Champagne citait, triomphant, la baisse de prix dans les circulaires de la semaine.

«J’ai brassé les pommiers et les pommes se mettent à tomber», clamait-il en entrevue avec Mario Dumont.

Victoire du gouvernement Trudeau dans sa croisade contre les grandes bannières. Les sceptiques sont confondus!

Le problème, bien sûr, c’est que tout ça est de la poudre aux yeux.

Les grandes bannières n’avaient pas besoin de la pression d’Ottawa pour baisser les prix dans leurs circulaires cette semaine. Elles le font chaque année à l’Action de grâce. C’est le début d’une saison de «rabais» qui dure jusqu’aux Fêtes.

  •  Écoutez la chronique d'Emmanuelle Latraverse au micro de Yasmine Abdelfadel via QUB radio : 

Tous les experts le disent, tous les consommateurs le savent. On espère que le ministre le sait aussi.

Mais l’essentiel pour le gouvernement Trudeau est avant tout de nous donner l’impression qu’il fait quelque chose.

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Marges

Il n’y a pas 56 façons de forcer des baisses de prix à l’épicerie.

Un expert des pratiques concurrentielles l’a expliqué fort simplement à BNN Bloomberg, cette semaine.

Les épiciers peuvent gruger dans leurs marges de profit, or celles-ci sont déjà minimes.

Les épiciers peuvent faire pression sur leurs distributeurs. Mais au Canada, ils ne font pas le poids face aux géants mondiaux comme Unilever, Kraft et Nestlé. Et les petits producteurs locaux n’ont déjà pas beaucoup de marge.

Puis les épiciers pourraient baisser les prix sur les produits de première nécessité, pour les hausser sur d’autres produits. Ça s’appelle déplacer le problème.

Concurrence

Lorsque le ministre Champagne demande aux citoyens un peu de patience parce que «on est au jour 2» de cette révolution des prix à l’épicerie, il reconnaît de facto que les vrais résultats ne viendront que dans de longs mois, voire plus d’un an.

Car les vraies réformes susceptibles de porter des fruits, le code de conduite, la collecte et la publication de données sur les prix, la réforme de la loi sur la concurrence, tout ça prendra du temps à se mettre en place et encore plus de temps à transformer le paysage.

  • Écoutez la chronique d'Emmanuelle Latraverse au micro de Yasmine Abdelfadel via QUB radio : 

Il faut changer les pratiques commerciales pour empêcher les grandes bannières d’interdire à des concurrents de s’installer à proximité de leurs magasins.

Il faut donner les outils aux plus petits épiciers et aux indépendants pour mieux négocier leurs prix avec les grands distributeurs.

Mais, pris à la gorge, l’électorat n’est pas patient. Alors on brandit les baisses de prix dans les circulaires!

Taxes

Il y a une chose que le gouvernement Trudeau pourrait faire et qui aurait un effet immédiat.

Il s’agit d’enlever la TPS sur un plus grand nombre de denrées alimentaires. Le rabais serait instantané.

Le ministre se dit «prêt à regarder».

Objectivement, le temps que tout ça se mette en place, la baisse prévue de l’inflation alimentaire aura fait son œuvre naturellement. Mais le gouvernement pourra se vanter d’avoir agi.

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