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La doctrine Monroe: ce discours vieux de 200 ans visait à empêcher les rois d'Europe à revenir en Amérique

James Monroe s'adresse au Congrès en 1823.
James Monroe s'adresse au Congrès en 1823. National Archives, Public Domain
Photo portrait de Martin Landry

Martin Landry

2026-01-06T05:00:00Z

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Le 2 décembre 1823, le président américain James Monroe prononce un discours devant le Congrès des États-Unis. Ses mots passent presque inaperçus sur le moment, mais ce message deviendra l’un des textes fondateurs de la politique étrangère américaine.

En quelques phrases simples, le président trace une frontière invisible autour d’un continent.

Les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation.
Toute intervention européenne sera considérée comme une menace.
Les États-Unis, eux, se tiennent à l’écart de l’Europe.

Ce principe deviendra ce qu’on appellera la doctrine Monroe. Présentée comme une déclaration de paix, cette doctrine est en réalité un avertissement impérial. L’influence européenne est terminée, les États-Unis sont maintenant maîtres chez eux... et bientôt chez les autres.

Le message au Congrès qui a mené à la doctrine Monroe.
Le message au Congrès qui a mené à la doctrine Monroe. National Archives, Public Domain

QUI EST JAMES MONROE?

Monroe n’est pas un président flamboyant. Ancien soldat de la guerre d’Indépendance, diplomate chevronné, il gouverne pendant une période de relative stabilité politique. Mais son héritage majeur n’est pas intérieur, il est géopolitique.

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James Monroe et le discours de 1823
James Monroe et le discours de 1823 Public Domain, National Portrait Gallery / Wikimedia Commons

En 1823, les États-Unis sont encore bien jeunes, mais ils sentent que l’Europe, affaiblie par les guerres napoléoniennes, pourrait tenter de reprendre pied en Amérique latine, où plusieurs colonies espagnoles viennent tout juste d’obtenir leur indépendance. La doctrine Monroe sert alors de ligne rouge.

En réalité, la doctrine Monroe n’est pas une promesse d’indépendance, c’est plutôt l’annonce d’un changement de propriétaire.

Caricature politique sur l’impérialisme américain
Caricature politique sur l’impérialisme américain Domaine public

DE LA PROTECTION À LA DOMINATION

Au départ, la doctrine Monroe se présente comme une mesure défensive. Mais au fil du XIXe et du XXe siècle, elle se transforme profondément. Les États-Unis ne se contentent plus d’empêcher l’Europe d’intervenir, ils interviennent eux-mêmes. Cuba, Porto Rico, Panama, Nicaragua, Guatemala, Chili, République dominicaine... Ils interviennent au nom de la stabilité, de la lutte contre le communisme ou de la protection des intérêts américains. Washington soutient des coups d’État, impose des sanctions, finance des régimes ou intervient militairement.

Caricature politique sur l’impérialisme américain
Caricature politique sur l’impérialisme américain Domaine public

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Au début du XXe siècle, Theodore Roosevelt durcit cette doctrine. Selon lui, l’instabilité chronique de certains pays d’Amérique latine peut justifier une intervention afin de «rétablir l’ordre». La doctrine Monroe n’est plus seulement une barrière contre l’Europe, elle devient un véritable permis d’ingérence.

«Chronic wrongdoing, or an impotence which results in a general loosening of the ties of civilized society, may in America, as elsewhere, ultimately require intervention by some civilized nation.»
— Theodore Roosevelt, Fourth Annual Message to Congress, December 6, 1904
Theodore Roosevelt et la politique du « Big Stick »
Theodore Roosevelt et la politique du « Big Stick » Library of Congress, Public Domain

Pendant plus d’un siècle, les pays d’Amérique latine vivent dans l’ombre de cette doctrine. Les États-Unis se présentent comme des protecteurs, mais agissent souvent comme des arbitres... ou des maîtres du jeu. Cette histoire laisse des traces profondes; méfiance envers Washington, nationalismes exacerbés, régimes autoritaires soutenus ou renversés selon les intérêts du moment.

TRUMP ET LE RETOUR DE MONROE

Lorsque le président Donald Trump affirme avoir renversé le régime de Nicolas Maduro et proclame que les États-Unis prennent le contrôle du Venezuela «jusqu’à nouvel ordre», il ne rompt pas avec l’histoire américaine. Il en ravive plutôt la face la plus dure.

Amérique latine sous influence américaine
Amérique latine sous influence américaine U.S. Marines in Latin America, early 20th century — National Archives, Public Domain

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Plus besoin de subtilité diplomatique. Plus besoin de discours multilatéraux. Le message est assumé: l’Amérique latine demeure une zone d’influence américaine. Là où d’autres présidents parlaient de démocratie, d’aide humanitaire ou de sécurité régionale, Trump parle de contrôle, d’autorité et de décision unilatérale.

Deux siècles plus tard, la logique demeure. Si, en 1823, le président Monroe voulait empêcher les rois d’Europe de revenir planter leurs drapeaux en Amérique, en 2025, le président Trump agit comme si le continent était toujours un échiquier où Washington décide seul des règles. Deux siècles ont passé, les mots ont changé, les méthodes aussi. Mais l’idée reste la même, l’Amérique aux Américains... surtout lorsque ce sont les États-Unis qui décident qui sont les Américains.

• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Sources:

  • James Monroe, Seventh Annual Message to Congress, 2 décembre 1823
  • Theodore Roosevelt, Fourth Annual Message to Congress, 6 décembre 1904
  • Library of Congress, collections sur la politique étrangère américaine
  • Walter LaFeber, The New Empire: An Interpretation of American Expansion, Cornell University Press
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