La défaite la plus satisfaisante de la saison

Jean-Charles Lajoie
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Il y a de ces soirées qu’on ne veut absolument pas manquer. Celle de jeudi au Centre Bell en fait pour moi partie.
Le dernier tour de piste de Marc-André Fleury, l’ultime coéquipier, valait le détour.
Je me doutais que le Canadien allait trouver une façon de souligner l’immense carrière du p’tit gars de Sorel, même si sa carrière n’est pas officiellement terminée.
Lorsque j’ai vu un cameraman s’installer sur la glace 20 pieds devant «Flower» pour l’hymne national canadien j’ai ressenti une grande excitation entremêlée d’une grande fierté. Je savais que notre belle gang allait, dès l’avant-match, acclamer le héros de la soirée.
Ce fut fait, mais finalement beaucoup plus sobrement qu’anticipé. Qu’importe, il restait un match à jouer et en principe moultes autres occasions de saluer Marc-André.
Sauf qu’on dirait que les joueurs du Tricolore ne l’entendait pas ainsi. Trois misérables lancers en première période, assorties de seulement cinq autres au deuxième engagement. On voulait applaudir Fleury, mais disons que les hommes de Martin St-Louis ne nous en donnait pas vraiment la chance.
Heureusement, le CH a présenté un nombre de lancers plus décent avec 11 au dernier engagement, le même nombre de tirs que le Wild, mais encore. Les chances de marquer ont été faméliques et trop souvent inoffensives.
Les meilleures occasions n’ont pas été comptabilisés, car chaque fois, le tir ratait cavalièrement la cible. Heureusement, la percée au filet de Josh Anderson a permis un classique de «Flower», une superbe glissade sur le dos, une jambe dans les airs, le biscuit qui revole, d’une beauté totale malgré l’approximation dans la technique... le public a adoré...
En troisième, le Canadien a profité d’une pause télé pour saluer Marc-André sur l’écran géant. L’ovation, la vraie, est survenue à ce moment et elle a perdurée sur deux minutes, les joueurs des deux équipes et les arbitres se permettant aussi d’applaudir.
Le CH a obtenu un avantage numérique, un seul, les adversaires désormais mieux préparés à affronter la troupe de St-Louis. Ils savent très bien qu’il faut être disciplinés contre un avantage numérique qui compte en ses rangs Patrik Laine.
Laine a eu Frédérik Gaudreau de Bromont dans le slip coquille tout au long de sa présence. C’était assez clair et net comme couverture pour faire en sorte que pas une seule fois la rondelle n’est venu vers le tireur d’élite finlandais.
Gaudreau a rempli sa mission avec panache, en plus de sceller la rencontre dans un filet désert, un but qui s’ajoutait à sa mention d’aide sur le but vainqueur soit le premier filet de la soirée.
Je ne sais pas si Marc-André avait visualisé cette dernière présence ici chez-lui à Montréal, mais je doute qu’il s’imaginait sortir de la glace pour y revenir acclamé de nouveau, couronnée de la première étoile après un jeu blanc. Un scénario qui ne s’écrit que dans les Lance et compte du parrain Réjean Tremblay.
À défaut d’être efficace sur la glace hier soir, le Canadien l’a été pour tout le reste. La grande classe du CH a encore une fois été démontrée. Le match était terminé depuis une bonne heure que le personnel habituellement chargé de vider les lieux attendait cette fois que les derniers partisans obtiennent leur photo avec Marc-André sur la glace du temple.
«Flower» a bien pris soin de s’occuper de tout le monde, flanqué de sa douce épouse, de ses magnifiques enfants et de son fidèle agent Allan Walsh.
Tous ces gens ont passé une soirée mémorable, empreinte d’émotion.
Il était très tôt jeudi soir et déjà le match était plié. En fait, je pense que, pour le Canadien, le match ne s’est jamais déployé. Mais demandez-moi si je m’en fous?!
Ç’a été, jeudi soir, la défaite la plus satisfaisante du CH cette saison.