La CIA à La Havane: un rapprochement historique entre Washington et Cuba malgré des décennies de tensions?

Mina Collin
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Longtemps considérée comme « l’ennemi juré » du régime cubain, la CIA a été accueillie à La Havane cette semaine dans un contexte de crise profonde sur l’île. Cette visite pourrait témoigner d’une volonté de Cuba de renforcer le dialogue avec Washington, selon un spécialiste en politique américaine.
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Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu jeudi à La Havane pour une rencontre exceptionnelle avec de hauts responsables cubains.

Les autorités cubaines ont indiqué que cette réunion visait à « contribuer au dialogue politique » entre les deux adversaires idéologiques qui, malgré d’importantes tensions, poursuivent leurs échanges diplomatiques.
Cette visite n’a pas laissé indifférent le spécialiste de la politique américaine Luc Laliberté, compte tenu de la méfiance historique de La Havane envers l’agence de renseignement américaine.
« Si on m’avait dit un jour que l’ennemi juré du régime cubain — qui est la CIA, depuis 1959, depuis la révolution cubaine — que la CIA allait être invitée et accueillie à La Havane. Ça fait partie de ces renversements qui rendent ça [...] croustillant à couvrir », a-t-il indiqué sur les ondes de LCN, dimanche.

Selon M. Laliberté, le fait que Cuba accepte d’accueillir John Ratcliffe démontrerait une certaine ouverture à collaborer avec les États-Unis.
« C’est une porte ouverte très claire à la diplomatie, sans pour autant s’engager à faire tomber le régime. Mais c’est une crise humanitaire, la pire de l’histoire cubaine qui en a pourtant vécu d’autres. C’est une situation économique qui est épouvantable », a-t-il expliqué.
Une menace « extraordinaire » pour les États-Unis
Le président américain Donald Trump a signé, à la fin janvier, un décret présidentiel stipulant que l’île communiste, située à environ 150 kilomètres des côtes de la Floride, représentait une « menace extraordinaire » pour les États-Unis.
Washington a ainsi justifié l’imposition de nouvelles sanctions contre Cuba, déjà soumis à un embargo depuis 1962. Un blocus pétrolier a notamment été imposé en janvier, provoquant une crise énergétique et économique sans précédent sur l’île de 9,6 millions d’habitants.

Compte tenu de l’ampleur de la crise, le gouvernement cubain s’est dit prêt à examiner une proposition d’aide financière de 100 millions de dollars formulée par Washington mercredi. Cette aide viendrait toutefois avec certaines conditions, souligne Luc Laliberté.
« Le régime cubain qui dit "Bien, écoutez, on les prendrait bien les 100 millions, mais vous savez, si le blocus était plus souple, vous n’auriez pas à nous fournir ces 100 millions. Donc, on sent que le régime veut ouvrir la porte, se rapprocher des intérêts américains. Les conditions américaines sont, et on le comprend, plus difficiles à atteindre pour le régime cubain », a-t-il souligné.

Les États-Unis souhaiteraient notamment obtenir davantage de renseignements de la part de Cuba, discuter des relations économiques et limiter l’exode de Cubains vers le territoire américain.
« On a pris la peine du côté du régime cubain de dire “On ne va pas céder sur tout”. Mais il y a une porte ouverte et un régime qui n’est peut-être pas au bord de l’effondrement, mais particulièrement essoufflé », a-t-il ajouté.
Pour voir l’entrevue intégrale, cliquez sur la vidéo ci-haut.