La Charge veut percer le marché francophone

Patric Laprade
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Des joueuses francophones, ce n’est pas juste important à Montréal.
Je discutais récemment avec une personne impliquée au sein de la Charge d’Ottawa, qui me disait que l’équipe gagnerait à compter sur une hockeyeuse francophone afin d’attirer davantage de partisans de l’autre côté de la rivière des Outaouais.
La LNH ne partage pas publiquement les données en lien avec le lieu de résidence de ses partisans, mais les meilleures estimations mentionnent qu’entre 15 % et 30 % des amateurs des Sénateurs viennent de Gatineau.
On peut penser que le pourcentage est le même pour la Charge. Peut-être même plus.
L’amour pour le Canadien de Montréal est pancanadien et pendant des années, avant que les Sénateurs arrivent en 1992, plusieurs amateurs de hockey de la région ottavienne étaient partisans du CH. Le Tricolore a d’ailleurs eu son club-école dans la région d’Hull-Ottawa pendant de nombreuses années.
Cet historique d’amour n’existe pas du côté de la Victoire, alors que la LPHF n’en est qu’à sa troisième saison.
Dans ce contexte, vouloir une joueuse francophone est tout à fait logique.
Et c’est sans compter les francophones vivant à Ottawa. On oublie parfois que la capitale fédérale est une ville bilingue. En 2021, on y évaluait le taux de bilinguisme à 36 %, troisième au Canada derrière Montréal et Québec.
D’ailleurs, aux matchs de la Charge tout comme ceux des Sénateurs, les annonces sont faites dans les deux langues officielles, tout comme l’hymne national.
Peu de français sur la glace
Le problème est qu’en ce moment, il y a peu de francophones dans la LPHF.
Montréal en compte six dans cette série, si on inclut Jade Downie-Landry et Maya Labad qui n’ont pas encore joué dans la finale. Sept si on ajoute Laura Stacey, elle qui est capable de faire une entrevue en français. Ailleurs dans la ligue, New York compte sur Emmy Fecteau et, pour un court laps de temps, a aussi eu Alexie Guay dans ses rangs, alors que Seattle est allée chercher Gabrielle David tout juste avant la date du gel des formations. Il y a aussi Emma Maltais à Toronto, dont le père est originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui peut répondre à des questions dans la langue de Lafleur.
Ce n’est toutefois pas les occasions qui ont manqué pour la Charge.
L’équipe pouvait compter sur Élizabeth Giguère au camp d’entraînement, mais l’expérience fut de courte durée et l’attaquante a été retranchée. Elle s’est retrouvée au Minnesota, ce qui a été un mal pour un bien pour la Québécoise qui a retrouvé ses repères avec le Frost.
Ottawa avait aussi repêché Audrey-Anne Veillette en 2023, mais une blessure lui a fait manquer la saison au grand complet. Au camp d’entraînement suivant, l’ancienne des Carabins de l’Université de Montréal avait été retranchée malgré une bonne performance de sa part.
J’avais aussi entendu entre les branches que l’équipe d’Ottawa a déjà été intéressée par Catherine Dubois, au point de lui offrir un contrat, mais cette dernière avait finalement choisi de demeurer avec la Victoire.
La solution en Rebecca Leslie ?
Cela dit, est-ce qu’avoir une francophone, lire ici une Québécoise, est la seule solution ?
Peut-être pas.
L’équipe peut compter sur une joueuse bilingue, locale de surcroît, en Rebecca Leslie. Née à Ottawa, elle a passé son hockey mineur dans la région avant d’aller jouer son hockey universitaire à Boston.

Lorsque la LPHF a débuté, elle s’est alignée avec Toronto, puis, dès la deuxième saison, elle s’est entendue avec la Charge, devenant la première joueuse native d’Ottawa à jouer avec l’équipe. En fait, elles ne sont que deux dans la ligue, l’autre étant Sam Cogan à Minnesota.
Âgée de 30 ans, Leslie a connu une année tout à fait exceptionnelle. À ses deux premières saisons, elle n’avait produit que 12 points en 51 matchs, plus trois points en huit matchs éliminatoires.
Cette saison, elle a connu un réveil à l’attaque avec 14 buts et 23 points en 30 rencontres. Elle aurait dû recevoir une invitation pour l’équipe canadienne aux Jeux olympiques.
En séries jusqu’à présent, elle a obtenu six points en sept matchs, dont quatre buts. Trois de ces quatre filets ont été marqués contre Montréal en finale.
Et si à la Place Bell on nous avait demandé de ne pas lui poser de questions en français, à Ottawa hier après le match, j’ai pu l’entendre parler français pour la première fois et j’ai trouvé qu’elle s’exprimait très bien.
Pas un français parfait. Mais suffisant pour bien se faire comprendre. J’imagine qu’elle se croit moins bonne qu’elle est en réalité, comme bien des Anglo-canadiens d’ailleurs.
Cinq minutes pénibles
Tout ça pour vous dire qu’en attendant de pouvoir s’entendre avec une Québécoise, Rebecca Leslie serait une excellente option pour percer le marché gâtinois.
Et c’est d’ailleurs Leslie qui a mis le dernier clou dans le cercueil de la Victoire lundi soir.
Kori Cheverie n’a pas aimé les 10 dernières minutes de son équipe.
Je suis plus généreux. Personnellement, je trouve que ce sont les quatre minutes entre les deux buts d’Ottawa qui ont été pénibles.
C’est comme si le premier but en séries de Peyton Hemp, une joueuse de soutien, avec un peu plus de cinq minutes à faire en troisième période, avait coupé les jambes à toute l’équipe. Comme si elles étaient paralysées.
Ottawa a dominé les minutes qui ont suivi et avec un peu moins d’une minute au cadran, Leslie a déjoué Ann-Renée Desbiens.
On est allé voir la reprise vidéo pour une potentielle passe avec la main de Brianne Jenner, mais le tout s’est avéré non fondé.
Cheverie a expliqué ces quelques minutes en disant que l’équipe n’avait jamais été placée dans cette situation auparavant, c’est-à-dire défendre son territoire alors qu’on est à cinq minutes de remporter la coupe Walter.
De là l’importance pour l’équipe d’avoir gagné les deux matchs à la Place Bell. L’importance aussi d’être revenue de l’arrière lors du premier match et ce fameux but égalisateur avec deux secondes à faire.
Sinon, qui sait ?
Ottawa mènerait peut-être cette série 2-1 ou pire encore, aurait déjà remporté la coupe.
Dans les notes de mon iPhone
- Plusieurs médias couvrant l’équipe s’attendent à ce que la saison prochaine, tous les matchs en saison régulière soient joués au Canadian Tire Centre. Avec la nouvelle législature, le TD Place sera rénové au cours des prochaines années et ne pourra contenir plus de 5500 sièges. La moyenne de la Charge cette saison a été de 8131 spectateurs alors qu’en série, elle est de 13 768.
- Lundi soir, le match a attiré 16 894 spectateurs, un record en séries pour la LPHF. Le record précédant était de 13 211, établit lors du premier match à domicile d’Ottawa dans sa série demi-finale face au Frost.
- J’ai été impressionné par l’atmosphère qui régnait hier soir, autant devant l’aréna avant le match que durant la partie. Une ambiance qui se rapproche de ce qu’on voit à Laval.
- Les rebonds de la bande sont capricieux au CTC et c’est Gwyneth Philips qui s’est fait prendre. Un tir de Maureen Murphy a frappé la bande derrière le filet adverse, à droite de la gardienne, et la rondelle s’est retrouvée sur la palette d’Hayley Scamurra qui n’a pas manqué sa chance.
- En marge du match de mercredi, les deux équipes devront trouver une solution à leur avantage numérique respectif, alors que les deux équipes n’ont pas marqué en sept occasions dans cette finale.
- On était plusieurs sur la galerie de presse à se dire que ce n’était pas le bon timing pour la Victoire de remporter la coupe Walter lundi soir. Le Canadien menait à ce moment-là 2-0 et on se disait qu’advenant une victoire du CH, les gens n’en auraient que pour eux le lendemain. Remporter la coupe Walter mercredi serait un bien meilleur moment. Le gars de lutte en moi aime bien ce scénario !