La plus grande compagnie ferroviaire au Canada, le Canadien National, dénoncé pour avoir décidé d’exclure des administrateurs francophones sur son conseil d’administration, a finalement fait son mea culpa et assure que la situation est temporaire.
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« L’absence d’administrateurs francophones sera réglée dans la prochaine année », a souligné l’entreprise dans un courriel envoyé au Journal.
« Deux des administrateurs qui siègent actuellement au Conseil terminent leurs mandats (sic) dans les prochains mois et nous allons corriger la situation. Le Conseil d’administration est hautement conscient des enjeux », a poursuivi l’entreprise.
Questionné lors d’un point de presse, le premier ministre François Legault a jugé la décision « inacceptable » et a indiqué que son bureau a pris contact avec la compagnie ferroviaire.
« On a parlé à la direction du CN et la semaine prochaine, il y a leur assemblée des actionnaires, et ils vont annoncer qu’ils vont nommer quelqu’un, Québécois et francophone », a-t-il souligné.
Tout comme Air Canada dont le patron Michael Rousseau avait créé une tempête linguistique, le CN est assujetti à la loi sur les langues officielles.
Plus tôt, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), actionnaire de l’entreprise, avait fustigé la décision du CN. « Le manque de représentation francophone au sein du conseil d’administration d’une société basée à Montréal est tout simplement inacceptable », a souligné le porte-parole de l’institution, Maxime Chagnon, dans une déclaration transmise au Journal.
Le bas de laine se dit « extrêmement déçu que le CN ne tienne pas compte de cet aspect important dans la composition de son conseil d’administration ».
« Il est pour le moins surprenant qu’ils n’aient pas pu trouver de candidats francophones qualifiés résidant au Québec », a ironisé la Caisse.
Grogne à Ottawa
L’absence de francophones a aussi suscité la colère et l’indignation des partis d’opposition à Ottawa, qui jugent que le gouvernement Trudeau traine de la patte dans la défense du français.
L’ensemble des partis ont dressé un lien direct entre ce nouveau scandale et celui ayant fortement secoué Air Canada l’automne dernier, lorsque le PDG de la ligne aérienne, Michael Rousseau, n’avait pu répondre à de simples questions en français.
Le porte-parole conservateur en matière de Langues officielles, Joël Godin, estime que «l’inaction du gouvernement fédéral» est «inquiétante» et «s’ajoute à toute une série de controverses qui ont secoué ce gouvernement» en ce qui a trait à la défense du français.
Au Bloc québécois, Mario Beaulieu juge qu’il faut s’inquiéter de l’absence complète de sensibilité du CN à l’égard du fait français, ce qui risque d’affecter directement les employés et la clientèle francophone de l’entreprise.
«Si la ministre des Langues officielles est sérieuse dans sa volonté de combattre le déclin de la langue française, elle doit interpeller directement le conseil d’administration pour s’assurer de la présence de francophones», a-t-il fait savoir par communiqué.
Du côté du NPD, la porte-parole Niki Ashton a aussi pointé du doigt les libéraux qui «échouent à leurs responsabilités envers les Québécois, les Acadiens et les communautés francophones en situation minoritaire».
Mme Ashton, elle-même franco-manitobaine, fait remarquer que le gouvernement a nommé un ministre de l’Immigration unilingue anglophone, Sean Fraser, ainsi qu’une lieutenante-gouverneure unilingue au Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue au pays.
À Québec, la députée de Québec Solidaire Ruba Ghazal a interpellé la CDPQ. « C’est fini d’encourager, de sensibiliser ou de supplier le CN et autres grandes entreprises d’avoir des francophones sur les CA. En tant qu’important actionnaire, la Caisse doit l’exiger ou retirer ses billes », a-t-elle écrit sur Twitter.
Une décision controversée
Malgré les avertissements et le tollé généré par l’affaire Michael Rousseau, le CN a décidé de recruter à l’extérieur du Québec pour les nouveaux postes d’administrateurs, selon la circulaire envoyée aux actionnaires en vue de la prochaine assemblée du 20 mai prochain, une nouvelle rapportée par La Presse ce matin.
L’ex-premier ministre Jean Charest avait été nommé en janvier dernier, mais a finalement renoncé au poste afin de briguer le poste de chef du Parti conservateur du Canada (PCC).
Lors des dernières années, l’ancien patron de la compagnie ferroviaire Jean-Jacques Ruest et Julie Godin, dirigeante chez CGI, étaient les seuls administrateurs francophones. M. Ruest a quitté lors des dernières semaines, Mme Godin, à l’automne dernier.
La patronne, Tracy Robinson, est une unilingue anglophone. Tout comme d’autres grands patrons au Québec, elle a promis d’apprendre le français.
Dans le passé, le CN avait tenté de baliser les droits linguistiques lors de la cause d’un fonctionnaire fédéral André Dionne, qui avait finalement remporté sa bataille judiciaire.
À ce moment, l’entreprise ferroviaire avait demandé à la Cour d’empêcher ses travailleurs d’utiliser la langue de leur choix lors de déplacements ou de communications avec leurs collègues unilingues d’autres bureaux.
Le Commissaire aux langues officielles a confirmé au Journal avoir reçu une plainte et est en train « d’analyser sa recevabilité ».
