La boxeuse Imane Khelif a raison de dire qu’elle est une femme
Ce n’est pas mon opinion, mais celle d’endocrinologues, qui sont les plus crédibles dans ce débat


Jean-Nicolas Blanchet
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La boxeuse Imane Khelif a raison de dire qu’elle est une femme. Ce n’est pas mon opinion, mais celle d’endocrinologues, qui sont les plus crédibles dans ce débat.
Si la boxeuse championne du monde olympique souffre bel et bien de la maladie que des médias lui ont collée, elle a des avantages physiques d’un homme, mais n’est pas non plus au même niveau physiquement que les hommes. J’y reviendrai.
La semaine dernière, un média français a prétendu avoir obtenu un rapport médical de la boxeuse, rédigé par deux endocrinologues, dont le Français Jacques Young. Ce rapport stipule que Khelif souffre d’un déficit en 5 alpha-réductase, une rare maladie qui peut déformer les organes génitaux. Dans le rapport, il serait même indiqué que l’Algérienne n’a en fait pas d’utérus et qu’elle aurait des testicules à l’intérieur de son corps.
Ce média controversé a été taxé de faire du fake news. Imane Khelif a porté plainte pour harcèlement, notamment, contre celui-ci.
Le problème dans tout ça, c’est que ce rapport qui conduit beaucoup de gens à qualifier Imane Khelif d’homme conclut plutôt que la boxeuse doit être considérée comme une... femme.

Agenda antitrans
Vous avez bien lu. L’endocrinologue qui a cosigné le rapport, Jacques Young, a réagi à tout ça la semaine dernière dans le média allemand DW, disant que son nom avait été utilisé pour transmettre de la fausse information afin d'alimenter l’agenda antitrans. Le média DW a retranscrit un passage du rapport, qui indique qu’«au point de vue de l’historique médical, le sexe féminin est toujours favorisé».
Par contre, l’endocrinologue n’a jamais nié l’existence du rapport, rappelant son devoir de secret professionnel. Mais bref, si ce rapport existe, est-ce qu’Imane Khelif doit être considérée comme un homme ou comme une femme?
J’ai jasé longtemps avec une endocrinologue québécoise pour avoir l’heure juste. Elle ne veut pas se faire identifier, car elle n’a pas le temps et ne souhaite pas être la cible de vacheries.
Horrible maladie
Un déficit en 5 alpha-réductase est une maladie horrible et rarissime. Ça prend deux parents qui ont un gène défectueux. On n’en voit presque jamais au Canada. Des familles nombreuses dont les membres sont touchés ont été découvertes en République dominicaine, en Turquie et en Égypte, notamment, selon un rapport de MedlinePlus.
Les bébés naissent avec des organes génitaux déformés. Un enfant peut donc avoir ce qui ressemble à s’y méprendre à une cavité vaginale, mais ce n’est pas le cas. Il a des testicules à l’intérieur de son ventre.
Avant la puberté, à moins de faire des tests, c’est pratiquement impossible de savoir qu’un enfant est atteint de ce problème. Surtout en Algérie, où le système de santé n’est pas le plus développé et où les enjeux de différenciation sexuelle ne sont pas très populaires.

Et à la puberté, ça devient tragique pour les gens atteints. Progressivement, ils comprennent qu’ils ne savent plus vraiment comment s’identifier. Ils comprennent qu’ils ne pourront pas se reproduire. Ils se demandent pourquoi leur voix change. Sur le plan sexuel, ils se demandent ce qui leur arrive. Et ce processus ne se fait pas du jour au lendemain. Ça peut être très long à établir.
Au niveau chromosomique, les femmes qui sont atteintes de cette maladie sont des hommes.
Donc, c’est un homme? Non.
Mais ce n’est pas aussi simple. Ces gens, en fait, ne correspondent à aucune case.
D’un côté, ces personnes ont des testicules dissimulés qui produisent de la testostérone. Donc, elles ont plus de force et plus de cardio.
D’un autre côté, leur maladie fait en sorte qu’il leur manque de la dihydrotestostérone, contrairement aux hommes. La dihydrotestostérone sert à la virilisation. À la pilosité, aux glandes sudoripares, et ça peut influencer aussi la portion musculaire.
Autrement dit, ceux qui sont atteints d'un déficit en 5 alpha-réductase n’ont pas toutes les caractéristiques physiques d’un homme. Loin de là.
C’est pourquoi ces gens n’entrent pas dans une catégorie. Et c’est pourquoi Imane Khelif a raison de dire qu’elle est une femme si elle est bien atteinte de cette maladie. L’endocrinologue à qui j’ai parlé en est aussi convaincue.
Est-ce qu’Imane Khelif peut se battre contre d’autres femmes qui n’ont pas les mêmes avantages? Non. C’est injuste. Est-ce qu’elle peut se battre contre des hommes? Non plus. Elle n’est pas du même niveau. Et ce n’est pas une question de triche, me rappelle l’endocrinologue. Elle est prisonnière dans ce complexe bordel identitaire.