Les autorités sanitaires irlandaises recommandent de suspendre le vaccin AstraZeneca
Agence France-Presse
Partager
L'Irlande est devenue dimanche le cinquième pays en Europe à suspendre l'utilisation du vaccin contre la COVID-19 d'AstraZeneca, une nouvelle déconvenue pour le laboratoire suédo-britannique déjà incapable de livrer les quantités promises dans l'Union européenne.
• À lire aussi: «Il n'y a pas de raison de ne pas utiliser» le vaccin d'AstraZeneca, dit l'OMS
• À lire aussi: Vaccin AstraZeneca: une série de déboires et de critiques
• À lire aussi: Plusieurs pays suspendent par précaution le vaccin d'AstraZeneca
Alors que la pandémie a tué au moins 2,54 millions de personnes dans le monde depuis fin décembre 2019, les autorités sanitaires irlandaises recommandent de suspendre par «précaution» l'utilisation de ce vaccin, après le signalement en Norvège de quatre nouveaux cas graves de caillots sanguins chez des adultes vaccinés, sans qu'aucun lien ne soit encore prouvé.
La Norvège, qui a signalé samedi également des hémorragies cutanées chez des jeunes vaccinés, a suspendu le vaccin la semaine dernière en raison de craintes liées à la formation de caillots, comme le Danemark, l'Islande et la Bulgarie. La Thaïlande comme la République du Congo ont pour leur part reporté leurs campagnes de vaccination.
Après une brève suspension dimanche des vaccinations AstraZeneca, à la suite du décès d'un enseignant vacciné la veille, la région italienne du Piémont (nord-ouest) a décidé de les reprendre, excluant toutefois par précaution un lot de vaccins du laboratoire anglo-suédois.
Le président de l'Agence italienne des médicaments (Aifa), Giorgio Palu, a assuré que le vaccin AstraZeneca ne présentait «aucun risque», estimant que «les bénéfices dépassent largement les risques encourus» et appelant à dépasser «l'émotivité» et se fonder sur «des données scientifiques».
Dans un communiqué dimanche, AstraZeneca a indiqué qu'après «examen attentif de toutes les données de sécurité disponibles sur plus de 17 millions de personnes vaccinées dans l'Union européenne et au Royaume-Uni» avec son vaccin «n'a apporté aucune preuve d'un risque accru d'embolie pulmonaire, thrombose veineuse profonde (TVP) ou de thrombocytopénie dans aucun groupe d'âge, de genre, de lot ou de pays particuliers».
Dans l'UE et au Royaume-Uni des TVP et des embolies pulmonaires ont certes été rapportés chez les personnes vaccinées, mais «beaucoup moins que cela ne surviendrait naturellement dans une population générale de cette taille et similaire», a souligné le laboratoire.
Vendredi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait assuré qu'il n'y avait «pas de raison de ne pas utiliser» ce vaccin.
L'Agence européenne des médicaments (AEM) a toutefois estimé qu'un lien de causalité était «probable» dans au moins certains des «41 rapports d'anaphylaxie possible observés parmi environ 5 millions de vaccinations au Royaume-Uni».
Elle fait valoir que des allergies sévères devraient être ajoutées à la liste des effets secondaires possibles du vaccin, mais que celui-ci restait sûr.
Pour AstraZeneca, ces déconvenues s'ajoutent à la nouvelle baisse de ses livraisons à l'Union européenne d'ici juin que le laboratoire a été contraint d'annoncer en invoquant des problèmes d'exportations.
Le groupe voit sa responsabilité «engagée», avec «seulement 25% des doses livrées» à la fin du premier trimestre, a estimé dimanche la ministre française déléguée chargée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher.
Le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton a jugé l'annonce d'AstraZeneca «inacceptable (...), ou en tout cas incompréhensible».
Expliquant que l'UE prévoit l'entrée en service avant juin d'un certificat sanitaire («passeport vert») pour faciliter les voyages en son sein, M. Breton s'est toutefois voulu rassurant sur le programme de vaccination européen: «ce n'est pas parce qu'on a du retard sur AstraZeneca qu'on sera en retard sur notre programme de vaccination du premier trimestre».