L’équipe de toute une province


Benoît Rioux
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Les Alouettes auront fait vibrer le Québec tout entier, l’an dernier, avec leur brillant triomphe à la finale de la Coupe Grey. Non sans une certaine fébrilité, la nouvelle saison de l’équipe montréalaise est à nos portes alors que les champions entameront la défense de leur titre en visitant les finalistes, soit les Blue Bombers, ce jeudi 6 juin, à Winnipeg.
C’est toute la troupe de l’entraîneur-chef Jason Maas qui adhère au concept de défendre les honneurs de la province, embrassant au passage la culture francophone avec fierté.

Parmi les joueurs québécois, Alexandre Gagné, surnommé «Capitaine Québec», est passé maître dans les discours enflammés dans le vestiaire de l’équipe. Marc-Antoine Dequoy, lui, a évidemment passé une bonne partie de la saison morte à réentendre son cri patriotique lancé juste après la victoire des Alouettes, le 19 novembre à Hamilton, en grande finale de la Coupe Grey.
Une trentaine de secondes qui auront marqué l’imaginaire...
«Le rêve d’une vie»
Tout juste avant de s’attaquer à l’aspect unilingue anglophone et témoigner du manque de respect ressenti en marge de cette 110eédition de la finale de la Ligue canadienne de football (LCF), Dequoy avait par ailleurs laissé poindre des mots aussi lourds de sens, mais qui ont davantage sombré dans l’oubli.
«C’est le rêve d’une vie de gagner une Coupe Grey, avait-il prononcé. Merci à tout le monde pour le support!»
«Ils n’ont jamais cru en nous, avait vivement enchaîné le maraudeur québécois, en parlant des bonzes de la LCF et des experts du “Rest of Canada”. Tu regardes partout, c’est écrit en anglais. Tu mettais le guide télé, c’était écrit Toronto contre Winnipeg. Tu venais ici et ça parlait juste en anglais. Ils n’ont jamais cru en nous, mais tu sais quoi: gardez-le votre anglais parce qu’on va prendre cette coupe-là et on va la ramener à Montréal, on va la ramener au Québec, on va la ramener chez nous parce qu’on est les champions!»
Ils ont été nombreux, les amateurs québécois, à en avoir la chair de poule.

Au nom des Gagné, Gagnon et Chagnon...
Si Dequoy était alors submergé par les émotions, il ne traduisait pas moins un sentiment généralisé chez plusieurs de ses coéquipiers. Durant cette finale de la Coupe Grey remportée par le pointage de 28 à 24 contre les Blue Bombers, ils étaient notamment 10 Québécois à porter les couleurs des Alouettes.
Instinctivement, Dequoy s’était levé au nom des Gagné, Chagnon, Desjardins, Gagnon, Matte, Dallaire, Cibasu, Côté et Bourassa. Au nom de Lestage aussi, qui était resté sur les lignes de côté en raison d’une blessure. Dequoy avait aussi parlé pour tous les Tremblay, Roy, Bouchard, Morin et autres partisans francophones dans leur salon.
Durant la semaine ayant suivi le triomphe, un nouveau sentiment de fierté pendant l’épique parade des champions au centre-ville de Montréal.

Une question de fierté
En raison d’un ratio imposant la présence d’un minimum de 21 joueurs canadiens dans la LCF, il va sans dire que les Alouettes évoluent dans un contexte favorisant la présence de nombreux Québécois. La récente conquête de la Coupe Grey venant exacerber le tout, le sentiment de fierté est grand. Pour Montréal, mais aussi pour la province de Québec au complet.
Maas, un Américain, est bien au courant du contexte sociopolitique et il s’en sert pour établir la culture de l’équipe. Le directeur général Danny Maciocia, le président Mark Weightman et le propriétaire Pierre Karl Péladeau unissent également leurs efforts pour développer cette fierté des Québécois pour leur équipe de football, mais aussi pour leur unicité.

Encore à la fin du mois d’avril, les Alouettes ont profité du repêchage annuel pour ajouter trois autres Québécois à leur formation, dont le secondeur Geoffrey Cantin-Arku, sélectionné neuvième au total. Originaire de Lévis, cet athlète de 6 pi 3 po et 240 livres est donc le «petit nouveau» qui pourrait à son tour rendre fier bien des Québécois durant cette nouvelle saison.