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«Veuve Chose» de l'auteur Michael Delisle : entre dictature, sorcières et choix impossibles

L’écrivain Michael Delisle a imaginé un univers où le service militaire est obligatoire et où on peut y échapper en participant à la terrifiante «corvée».
L’écrivain Michael Delisle a imaginé un univers où le service militaire est obligatoire et où on peut y échapper en participant à la terrifiante «corvée». Photo PIERRE-PAUL POULIN
Photo portrait de Marie-France Bornais

Marie-France Bornais

2025-01-25T08:30:00Z
2025-01-27T17:25:00Z

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L’écrivain montréalais Michael Delisle a décidé de sortir de sa zone de confort et d’écrire un conte aux allures de dystopie, où il brouille volontairement les repères pour entraîner ses lecteurs dans un univers où ça ne va pas si bien que ça. Jean-Marc, héros de Veuve Chose, évite le service militaire en choisissant «la corvée». Et en sauvant la vie d’une criminelle, il en deviendra aussi le tuteur et n’aura pas le choix de vivre en paria, en marge d’une société délirante.

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Le nouveau roman de Michael Delisle, «Veuve Chose», est publié aux Éditions du Boréal.
Le nouveau roman de Michael Delisle, «Veuve Chose», est publié aux Éditions du Boréal. Photo fournie par ÉDITIONS DU BORÉAL

Michael Delisle transpose ses lecteurs dans un pays imaginaire traversé par un grand fleuve. Les habitants sont sous le joug d’une dictature où les faits et gestes de chacun sont épiés par des drones.

Dans ce régime totalitaire, le service militaire est obligatoire. Mais il y a un moyen d’y échapper: accepter de faire «la corvée». C’est-à-dire de servir de bourreau d’un jour au nom de l’État, puisque la peine de mort, évidemment, s’applique.

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Un jour, Jean-Marc, 17 ans, est convié dans le bureau de la directrice de son école. Il vient de recevoir sa lettre de conscription. Il choisit plutôt «la corvée» et finit par sauver in extremis la vie de Veuve Chose. Un choix lourd de conséquences.

En territoire nouveau

«Je suis vraiment en territoire nouveau», explique Michael Delisle en entrevue. «Ce que j’ai écrit jusqu’à maintenant, c’est souvent des romans ou des nouvelles très réalistes, souvent inspirés d’événements autobiographiques. Ça sonne toujours vrai. Mais cette fois, j’ai décidé de me lancer dans le conte: il était une fois, avec une sorcière, et le mot «Fin» à la fin.»

Le point de départ remonte à 25 ans, alors qu’il vivait à L’Isle-aux-Grues. «C’était une période très créative pour moi et j’avais eu ce flash – je pense que c’était un cauchemar que j’avais fait. Puis ça a évolué. Je n’ai pas pu l’écrire il y a 25 ans parce que j’ai l’impression que je ne me donnais pas la permission d’inventer. C’est un roman dont la gestation a été longue.»

«C’est un des rares livres où c’est l’écriture qui a décidé où ça s’en allait. J’ai pas voulu appliquer de théorie ou de plan. Je me suis rendu compte, en cours d’écriture, que je me retrouvais avec une sorcière et des bonbons empoisonnés...», dit l’écrivain.

Des thèmes familiers

«En même temps, ce sont des thèmes qui sont déjà présents comme la mauvaise mère, qu’on retrouve souvent dans mes nouvelles, et le père mafieux, qu’on retrouve aussi dans mes autres livres. L’orphelin est encore présent.»

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«Mes thèmes sont revenus, dans un ton de conte, avec un décor très "terroiriste"... mais futuriste en même temps. On ne sait vraiment pas quand ça pourrait se passer, ni où. Il y a un brouillage des références géographiques.»

L’épouvantable corvée

Quant à la terrifiante «corvée» dont il est question, dans ce monde où ça va mal, Michael Delisle a découvert après coup qu’elle existait vraiment. «Tu te souviens de La Servante écarlate de Margaret Atwood? Elle a dit qu’il n’y avait rien là-dedans qui n’existait pas à quelque part dans le monde.»

«La corvée, je pensais l’avoir inventée, mais j’ai su que ça existe en Iran. Les militaires, s’ils veulent avoir des privilèges de sortie ou de permission, peuvent aller faire des exécutions et ça leur fait gagner des points... Tu inventes l’affaire la plus horrible et tu apprends que ça existe déjà!»

Veuve Chose

Michael Delisle

Éditions du Boréal

152 pages

  • Michael Delisle est poète, romancier et nouvelliste.
  • Il est lauréat du prix Émile-Nelligan (Fontainebleau, 1987) et du prix Adrienne-Choquette (Le sort de Fille, 2005; Rien dans le ciel, 2021, réédité dans la collection «Boréal compact» en janvier 2025).
  • Il est aussi lauréat du Grand Prix du livre de Montréal (Le Feu de mon père, 2014).
  • On lui doit aussi Le Palais de la fatigue (2017, finaliste au Prix des libraires) et Cabale (2023).
  • Il a enseigné la littérature au Cégep du Vieux Montréal.
«Nous marchons au milieu du champ de foin que nous avons traversé la nuit dernière. Le sentier nous mène droit au quai de la traverse. Veuve et Joe me suivent comme des canetons. J'arrête, ils arrêtent. J'accélère, ils accélèrent. Ça m'énerve. À côté de moi, Oleg me pose plein de questions à voix basse, jusqu'à ce que Veuve lui fasse remarquer qu'elle n'est pas sourde. Il y a désormais beaucoup de choses auxquelles nous devrons nous habituer.»
– Michael Delisle, Veuve Chose, Éditions du Boréal

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