L'éclair de génie de Martin St-Louis

Jean-Charles Lajoie
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On a souvent reproché à Martin St‐Louis de ne pas appeler son temps d’arrêt. Dimanche soir, à Tampa Bay, c’est pourtant lui qui a eu l’éclair de génie.
Appeler un temps d’arrêt relève généralement de l’instinct. L’entraîneur a un gut feeling et il prend sa décision. Cette fois‐ci, avec une trentaine de secondes à écouler à l’avantage numérique en tout début de prolongation, St‐Louis a permis à sa première vague — déjà auteure de deux buts plus tôt dans le match — de reprendre son souffle.
On ne saura jamais si le Canadien aurait remporté ce premier duel dans la baie de Tampa si le Lightning s’était sorti de ces deux minutes à tuer.
Ce qu’on sait, en revanche, c’est que Montréal mène la série 1 à 0 et a pleinement mérité de s’approprier l’avantage de la glace.
Jon Cooper avait l’air anxieux après la rencontre. Il manquait de sa légendaire superbe. Accusateur envers son groupe, il a qualifié certains gestes de stupides. Tout indique que le vétéran entraîneur du Lightning comprend qu’il devra trimer dur pour échanger des coups d’échecs avec Martin St‐Louis.
Dans une série, la manière importe souvent autant que le résultat. Et le Lightning doit sérieusement se demander comment il a pu céder quatre fois face à Montréal alors que le CH n’avait que cinq tirs au but et à peine deux minutes d’écoulées en deuxième période.
L’avantage numérique du Tricolore a inscrit trois buts — presque autant que les quatre marqués avec un homme en plus lors des huit derniers matchs de la saison régulière.
La méthode Saint‐Louis
Les entraînements spécifiques et stratégiques tenus en catimini par St‐Louis ont fait rire plus d’un observateur. Cette paranoïa assumée semble pourtant fonctionner jusqu’ici. À son honneur.
Il y a eu un avant St‐Louis dans la Ligue nationale de hockey. Et il y aura un après St‐Louis.
Il est arrivé comme une bouffée d’air frais. Les partisans comme les observateurs avaient besoin d’un vulgarisateur presque jovialiste pour traverser le désert de la reconstruction. Peu d’analystes prédisaient qu’il serait encore l’entraîneur du Canadien à la sortie du long tunnel.
Or, il a réussi son test d’essais et d’erreurs sous nos yeux. Il n’a jamais caché sa vulnérabilité durant son processus d’apprentissage. Cette transparence l’a rendu encore plus sympathique aux yeux des amateurs.
La modestie n’étouffera jamais St‐Louis. Et c’est probablement une qualité dans le poste qu’il occupe et dans le marché où il évolue. On lui pardonne quelques sautes d’humeur, tant qu’il ne dépasse pas les bornes. Il semble avoir compris la leçon après sa dernière algarade avec les médias.
Compris que nous faisons partie intégrante de son travail quotidien. Compris que nous sommes une courroie de transmission essentielle avec les partisans. Compris qu’un propos cohérent, respectueux et éclairé peut instaurer la confiance.
Un contexte plus fermé
Une organisation comme le Canadien est généralement très opaque. Lors des trois saisons plus difficiles, elle s’est toutefois montrée étonnamment ouverte, par grand intérêt.
La campagne actuelle est plutôt placée sous le sceau de la confidentialité. L’accessibilité a diminué, tout comme les occasions d’entrevues individuelles. Certains motifs de refus ont même frôlé l’absurde.
On peut comprendre cette retenue par la pression de livrer des résultats enfin revenue, sans pour autant ignorer un certain obscurantisme.
Le meilleur de Martin St‐Louis — la version de l’homme qu’on aime et qu’on souhaite voir diriger le Canadien encore longtemps — se révèle dans ses interactions avec ses joueurs.
Il n’a pas son pareil pour naviguer en eaux troubles, garder tout le monde souriant malgré des décisions parfois déchirantes. Maître du développement individuel, il démontre cette saison qu’il excelle aussi à unir le groupe pour le bien collectif, après avoir mené chacun au sommet de son sport.
On peut bien rire de toutes les fois où on hurlait qu’il devait appeler son temps d’arrêt pour calmer le jeu. Dimanche soir, à Tampa Bay, il l’a fait au moment parfait.
Et on risque d’en reparler comme d’un tournant de la victoire du Canadien face au Lightning.
Le Canadien, c’est Martin St‐Louis.
Et c’est génial.