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Avortement au Mexique: la longue attente des femmes qui vivent la peur au ventre

AFP

Natalia CANO | AFP

2021-09-30T10:34:29Z

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MEXICO, Mexique | Quand Fernanda est arrivée à l’hôpital en saignant après un avortement à domicile, une infirmière a menacé de la dénoncer aux autorités de l’État de Guanajuato, dans le centre du Mexique, où l’interruption de grossesse n’est permise qu’en cas de viol. 

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Les féministes et leurs soutiens espèrent que ce genre de menace appartiendra bientôt au passé depuis un arrêt historique de la Cour suprême le 7 septembre, déclarant inconstitutionnelle l’interdiction de l’avortement.

Fernanda, 22 ans, avait pris une pilule abortive, mais des complications l’ont conduite à se tourner vers le corps médical.

L’infirmière « m’a dit que j’allais être poursuivie en justice et que je pouvais terminer en prison », raconte-t-elle à l’AFP, sous le choc de cet épisode traumatique mi-août.

Quelques jours après, le 7 septembre, la Cour suprême du Mexique a déclaré que le fait d’empêcher une femme d’avorter était inconstitutionnel.

Cette décision historique a « soulagé » Fernanda qui se déclare « toujours très anxieuse ». Des pensées suicidaires lui ont traversé l’esprit à l’idée d’être arrêtée, assure la jeune femme.

La décision ouvre la porte à la légalisation de l’avortement dans l’ensemble des 32 États du pays.

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Pour l’instant, ce n’est le cas que dans la ville de Mexico et les États de Oaxaca (sud), Veracruz (sud) et Hidalgo (Est), pendant les douze premières semaines de grossesse. 

Dans la capitale, peuplée de neuf millions d’habitants, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est gratuite dans les cliniques publiques de la mairie, et ouvertes aux femmes venues d’autres États.

Comme les États-Unis voisins, le Mexique est un pays fédéral où les États ont leurs propres lois, qui deviennent illégales si elles sont contraires à la jurisprudence de la Cour suprême.

En l’occurrence, la Cour suprême se prononçait sur la répression de l’avortement dans l’État de Coahuila, qui doit désormais réformer son Code pénal.

Un président de gauche très prudent

Chacun des 28 États où l’avortement est illégal doit en faire autant pour reconnaître l’avortement « comme un service de santé », assure Isabelle Fulda, de l’ONG Gire qui défend le droit à l’IVG.

Lundi soir, 1500 femmes ont manifesté dans les rues de la capitale en faveur de la dépénalisation générale.

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Quelques violences ont émaillé le cortège. Des manifestants, le visage couvert, ont attaqué une barricade de la police qui protégeait le Palais national de Mexico.

Une trentaine de personnes ont été légèrement blessées dont quatre policières qui ont dû être hospitalisées, d’après les forces de sécurité locales.

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« Je crois que toutes les marches de protestation doivent être pacifiques. Non à la violence », a déclaré le président de la République, Andres Manuel Lopez Obrador, mardi lors de sa conférence de presse quotidienne.

Issu de la gauche mexicaine, le président s’était montré très prudent après l’arrêt de la Cour suprême: « Nous devons être respectueux de la légalité ».

Publié le 12 septembre, un éditorial du Washington Post le qualifie de « conservateur déguisé en libéral », affirmant que le président est soutenu par un parti chrétien évangélique « de droite et qui est contre la dépénalisation de l’avortement ».

Les débats sur l’avortement divisent en profondeur un pays où les catholiques représentent 77 % des 127,5 millions d’habitants.

« La loi tend à favoriser la mort plutôt que la vie », a réagi l’Église catholique après la décision de la Cour suprême.

Ce dimanche, une manifestation antiavortement est convoquée dans 22 villes par le mouvement pro-Vida.

Le 20 septembre, la Cour suprême a aussi invalidé un article qui consacrait le droit des personnels de santé à l’objection de conscience pour refuser de pratiquer des avortements. Le Congrès doit désormais légiférer.

« Il doit y avoir une régulation qui protège le droit des personnels de santé, mais qui offre également une sécurité juridique aux usagères pour que leurs droits ne soient pas restreints », commente le constitutionnaliste Alex Alí Méndez.

Avant les deux décisions de la Cour, 432 enquêtes avaient été ouvertes au Mexique pour des avortements illégaux sur les sept premiers mois de l’année, d’après des données officielles.

En Amérique latine, l’avortement est légal en Uruguay, à Cuba, en Argentine, alors que le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, la République dominicaine et Haïti ne le permettent sous aucun prétexte.

Dans les autres pays de la région, il n’est autorisé qu’en cas de viol ou de mise en danger de la femme enceinte, ou encore de non-viabilité du fœtus.

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