L'Amérique de Trump: une loi pour limiter le droit de vote des personnes racisées et des femmes mariées?


Anne-Sophie Poiré
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Un projet de loi de l’administration Trump visant à «protéger le système électoral américain», affirment les républicains, risque de limiter le droit de vote des personnes racisées et des femmes mariées.
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La loi Safeguard American Voter Eligibility (SAVE) avait d’abord a été présentée en juillet 2024. Le Sénat, alors contrôlé par les démocrates, avait rejeté le projet visant à modifier la loi nationale sur l'inscription des électeurs.
Maintenant que les républicains contrôlent les deux chambres et la Maison-Blanche, la loi SAVE a été réintroduite par le parti et devrait être rapidement promulguée.
L’objectif: s'assurer que tous les électeurs soient bel et bien des citoyens américains.
Les États-Unis sont une démocratie. Tous les citoyens, à l'exception des enfants et de certains criminels, peuvent donc voter. La loi SAVE compliquerait cependant l'exercice de ce droit pour plusieurs.
Des documents supplémentaires devraient être présentés en personne, notamment un certificat de naissance dont le nom correspond à celui ou celle qui s'inscrit sur les listes électorales.

«La loi est vraiment promue pour sécuriser le processus électoral afin d’éviter la fraude, qui est pratiquement inexistante aux États-Unis. C’est un faux problème que les républicains continuent à mettre de l’avant», souligne le chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, Marin Fortin-Bouthot.
Limiter l’appui aux démocrates
La mesure risque d’être un frein au droit de vote des personnes racisées et des immigrants «qu’on considère comme la menace au système démocratique», précise le chercheur. Et ces électeurs sont généralement plus favorables au Parti démocrate.
Selon le réseau PBS, 56% des électeurs latinos et 83% des électeurs noirs ont soutenu Kamala Harris lors du scrutin américain en novembre 2024.

«Il faudra débourser pour attester de son identité ou de son vrai nom de famille, et les personnes afro-américaines sont surreprésentées parmi les gens qui n’ont pas ces documents», explique-t-il.
Plus de 21 millions d'Américains ne sont pas en mesure d'accéder aux documents supplémentaires qui seraient nécessaires pour s'inscrire sur les listes électorales, observe le groupe de surveillance de la démocratie Campaign Legal Center (CLC).
Un couteau à double tranchant
En plus des personnes racisées, la loi SAVE pourrait limiter le droit de vote des femmes mariées ayant changé de nom légalement comme il ne correspond plus à celui inscrit sur leur acte de naissance.
Elles sont près de 69 millions dans cette situation aux États-Unis, selon le Center for American Progress.
Ce changement à la loi nationale sur l'inscription des électeurs est toutefois un couteau à double tranchant, prévient le média Newsweek.
Les femmes républicaines sont plus nombreuses que les femmes démocrates à choisir de changer de nom après leur mariage, démontre une étude du Pew Research Center.
En vertu de la loi SAVE, les passeports valides seraient également une preuve d'identité. Or, les États qui comptent le moins de personnes possédant un tel document ont tous appuyé le président Donald Trump en 2024.