Kim Jong-un envenime les tensions
La Corée du Nord a tiré 23 missiles vers ses voisins du Sud, dont un est tombé plus près que jamais du pays


Erika Aubin
Partager
La Corée du Nord a lancé mercredi une vingtaine de missiles dont l’un est tombé près des eaux territoriales sud-coréennes, une première en plus de 70 ans qui a provoqué une brutale hausse des tensions ainsi qu’une riposte de son voisin.
• À lire aussi: Brutale hausse des tensions entre la Corée du Nord et du Sud, plus de 23 missiles tirés
Un des missiles balistiques nord-coréens de courte portée lancés en matinée a franchi la Ligne de limite du Nord, soit la frontière maritime entre les deux pays. Le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a fustigé la provocation de Pyongyang, dénonçant une « invasion territoriale ».
Le tir a provoqué une rare alerte au raid aérien dans l’île sud-coréenne d’Ulleungdo, située à environ 120 kilomètres à l’est de la péninsule, où les habitants ont reçu la consigne de se réfugier dans des bunkers.
C’est la première fois depuis la division de la péninsule après la guerre de Corée, en 1953, qu’un missile nord-coréen tombe si près des eaux territoriales du Sud.
La Corée du Nord a aussi lancé pendant la journée 22 autres projectiles. Le missile tombé le plus proche de la Corée du Sud a amerri à 57 km à l’est du pays.
L’armée nord-coréenne a procédé à une centaine de tirs d’artillerie depuis la province de Kangwon vers la « zone tampon » frontalière. Celle-ci a été instaurée en 2018 pour réduire les tensions et les risques d’incident armé entre les deux pays.

Il montre ses muscles
Selon le politologue Loïc Tassé, le dictateur Kim Jong-un lance ces missiles parce que les Américains et les Sud-Coréens font un exercice aérien conjoint. Il s’agit du plus grand de leur histoire, baptisé « Tempête vigilante ». Des centaines d’avions de guerre y participent.
« Comme à chaque fois qu’il y a ce genre d’exercice militaire conjoint, la Corée du Nord montre ses muscles », explique le spécialiste de l’Asie.
Impossible pour le moment de savoir si le missile lancé aussi près de la Corée du Sud était volontaire ou une erreur de Pyongyang, précise M. Tassé.

La réplique
L’armée de Séoul a pour sa part répliqué en tirant trois missiles air-sol près de la frontière maritime intercoréenne.
Le président Yoon Suk-yeol a convoqué une réunion du Conseil national de sécurité, ordonnant des mesures « rapides et sévères afin que la Corée du Nord paie un prix fort pour ses provocations ».
Les missiles tirés par la Corée du Nord constituent « la plus agressive et menaçante démonstration [de force] contre le Sud depuis 2010 », indique Cheong Seong-chang, chercheur à l’institut Sejong.
« Tout autour de Kim Jong-un, il y a des appels au calme », précise Loïc Tassé en référence à la Russie, qui a appelé « toutes les parties de ce conflit à éviter de provoquer une montée des tensions ».

Agressif et irresponsable
De son côté, le président du Conseil européen Charles Michel s’est dit outré par les tirs de missiles, dénonçant le comportement agressif et irresponsable de Pyongyang.
« La Corée du Nord reste un petit État avec très peu de ressources, et qui en réalité n’intéresse personne. [...] Il y a de part et d’autre des pressions pour faire de grands gestes théâtraux. Mais dans le fond, on ne va pas vraiment s’attaquer », relativise le politologue Loïc Tassé.
Ce matin, Pyongyang a débuté la journée en lançant trois nouveaux missiles en direction de la mer, selon l’armée sud-coréenne, provoquant de nouvelles alertes jusqu’au Japon.
– Avec l’AFP