Justin Trudeau a sauvé les profits des banques


Michel Girard
Partager
En raison de la crise économique issue de la crise sanitaire déclenchée par la pandémie de la COVID-19, nos grandes banques canadiennes ont été contraintes d’augmenter considérablement leurs provisions pour pertes sur crédit.
Pour l’exercice financier terminé le 31 octobre dernier, les six grandes banques rapportent des provisions totales pour pertes de l’ordre de 23,8 milliards de dollars, à comparer à « seulement » 8,6 milliards pour la précédente année financière.
Les provisions pour pertes ont ainsi explosé de 15,2 milliards de dollars, soit de 177 %. C’est du jamais vu. À sa face même, cette hausse démontre à quel point la COVID-19 a durement frappé les Canadiens et les entreprises canadiennes. À quel point nombre de particuliers et d’entreprises se retrouvent financièrement dans le gros trouble à cause de la paralysie de plusieurs secteurs de l’économie canadienne.
- Écoutez la chronique de Michel Girard au micro de Richard Martineau sur QUB radio:
Imaginez-vous, maintenant, à combien auraient pu s’élever les provisions pour pertes bancaires si le gouvernement de Justin Trudeau n’avait pas mis en place le printemps dernier son vigoureux et coûteux plan d’intervention gouvernementale contre la COVID-19. Un plan d’intervention, est-il important de rappeler, qui franchissait la barre des 225 milliards de dollars, dont 109 milliards en soutien financier aux particuliers et 81 milliards en soutien aux entreprises.
CATASTROPHE ÉVITÉE
N’eût été ce plan fédéral de survie COVID-19, le bilan bancaire aurait été tout simplement catastrophique. On va convenir que les diverses prestations d’urgence offertes aux victimes de la pandémie du coronavirus, les subventions salariales et les autres mesures d’aide financière aux entreprises... ont permis d’éviter le désastre économique.
Au grand soulagement des grandes banques canadiennes et de leurs actionnaires.
Au creux de la crise boursière allant de la fin février au 23 mars dernier, les titres des grandes banques canadiennes avaient momentanément chuté de 30 à 50 %. Les investisseurs anticipaient un effondrement des bénéfices des banques... à cause de l’impact de la crise sanitaire sur les finances personnelles des gens et la santé financière des entreprises.
Finalement, la crise sanitaire fut moins désastreuse que prévu sur la rentabilité des banques et c’est ce qui explique pourquoi les titres bancaires se sont redressés en Bourse, de telle sorte que les cours sont revenus au niveau d’avant la pandémie.
PLANTUREUX BÉNÉFICES
À preuve, les six grandes banques canadiennes ont rapporté des bénéfices nets de 41 milliards $ pour l’exercice 2020 terminé le 31 octobre dernier. C’est à peine 5 milliards $ de moins que lors du précédent exercice de 2019, lequel a été bouclé avec des bénéfices records de 46 milliards $.
Convenons qu’une baisse de bénéfices bancaires de 11 % à la suite de l’une des pires crises financières de l’histoire canadienne, c’est vraiment peu compte tenu de l’ampleur du marasme.
Je vous rappelle qu’en avril dernier, l’arrêt généralisé de l’activité économique lié à la COVID-19 a frappé directement 5,5 millions de travailleurs canadiens, dont 3 millions de personnes qui ont perdu leur emploi et 2,5 millions de personnes qui sont demeurées en emploi, tout en s’absentant du travail en raison de la COVID-19.
LE PIRE EST PASSÉ
Avec l’arrivée du vaccin contre la COVID-19, il est évident que la situation économique va s’améliorer au fil des prochains semestres.
Les provisions pour pertes sur crédit bancaire devraient baisser lors de l’exercice 2021. Les analystes s’attendent à des provisions pour pertes de 16,6 milliards $, en baisse de 30 % par rapport à l’année 2020.
C’est certes encourageant... Mais on parle tout de même d’un niveau de provisions pour pertes en 2021 qui reste deux fois plus élevé que lors de 2019, une année normale.
MAIS
Pourquoi le niveau des pertes sur crédit bancaire demeure-t-il élevé en 2021 ? Trois raisons.
Un, on est frappé par une deuxième vague de COVID-19 qui a de nouveau forcé la fermeture de plusieurs secteurs économiques. Deux, la période des reports de paiements bancaires liés aux hypothèques, aux prêts personnels et aux cartes de crédit... est terminée. Trois, les généreux programmes d’aide financière du gouvernement Trudeau tirent à leur fin. Quatre, le rythme de la vaccination généralisée de la population contre la COVID-19 est relativement lent puisqu’il s’échelonne sur l’ensemble de l’année 2021 ou presque.
Cela dit, ne nous inquiétons pas pour nos grandes banques canadiennes. Elles sont mondialement reconnues pour leur solidité financière.

