Jouer pour le Canada et remporter l’or: «Je réalise à quel point c’est énorme», affirme Simon Gagné
Simon Gagné et Martin Brodeur ne pensaient jamais représenter leur pays et remporter une médaille d’or aux Jeux olympiques

François-David Rouleau
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L’un a poussé en gagnant la coupe Stanley dans ses matchs de ruelle de la Capitale-Nationale. L’autre a grandi en contemplant la médaille de bronze de son paternel accrochée sur le mur du salon, à Montréal. Il y a 24 ans que Simon Gagné et Martin Brodeur ont uni leurs efforts pour ramener les lettres de noblesse au hockey canadien.
Les Québécois avaient vécu l’extase sur la patinoire olympique de Salt Lake City, le 24 février 2002, en triomphant des Américains.

Un scénario en finale qui pourrait bien se reproduire avec la nouvelle mouture canadienne durant cette quinzaine olympique à Milan si l’on se fie à l’intensité de la Confrontation des 4 nations, il y a un an.
Gagné n’avait que 22 ans quand il a déposé son sac dans le vestiaire de l’unifolié en Utah. Quand il a regardé autour de lui, il a aperçu les noms de Mario Lemieux, Paul Kariya, Steve Yzerman et Joe Sakic, et il s’est pincé.
Le plus jeune joueur de la formation avait grandi en regardant Sakic dans l’uniforme des Nordiques, au Colisée.
«C’était un choc. Mais j’avais été choisi pour une raison. Je savais que j’avais ma place parmi eux. J’avais représenté le pays à d’autres niveaux et j’avais fait mon chemin jusqu’aux Jeux», raconte Gagné en entrevue avec Le Journal.

Aux côtés d’une idole
«J’ai rapidement tassé le côté émerveillement. Les entraîneurs m’avaient donné un rôle en me faisant sentir important. J’étais utilisé partout. Je voulais contribuer offensivement et défensivement. On avait un seul objectif, c’était de gagner l’or», explique celui qui a évolué avec Sakic et Jarome Iginla.
À ses six matchs, l’attaquant a récolté quatre points. Il a marqué son premier but olympique face au Bélarus, sur une échappée, en plus d’obtenir une mention d’aide sur le deuxième but des siens en finale, contre les Américains et certains de ses coéquipiers des Flyers de Philadelphie.
Dès la séance d’échauffement, Gagné savait qu’il participait à un match historique.
«L’atmosphère était si spéciale, comme lors de nos premières présences sur la glace. Le premier but des Américains, c’était une bonne chose. Ils nous ont réveillés pour jouer au hockey. Ç’a été le match le plus énervant de toute ma carrière», relate celui qui contemple encore fréquemment ses souvenirs de cette conquête.

«Je réalise à quel point c’est énorme», enchaîne-t-il.
Réalité frappante
Cette prise de conscience, Brodeur la partage également. Bien qu’il ait représenté fièrement son pays aux Jeux et marché dans les traces de son père, Denis, qui a remporté la médaille de bronze à Cortina en 1956, le gardien avait été frappé par la réalité à son retour au Canada après la conquête.
«On sentait l’intensité sur la glace et en ville. Mais on ne savait pas ce qui se passait à l’extérieur dans le temps. On regardait les nouvelles des sports, sans plus. Il n’y avait pas de réseaux sociaux. J’ai constaté toute l’ampleur de cette réalisation quand je suis revenu à la maison», indique le gardien qui a participé à quatre aventures olympiques, remportant l’or à deux occasions.
Aux extrêmes
Brodeur et Gagné ont connu les deux extrêmes dans l’uniforme du Canada. Car aux olympiades de 2006, à Turin, le Canada a pris une solide débarque. Dès le premier jour en Italie, tout est parti de travers, notamment en raison de l’hébergement.

Malgré une équipe truffée de joueurs étoiles à leur apogée, des défaites contre la Suisse, la Finlande et la Russie ont sonné le glas d’une aventure décevante avec une septième position, la pire dans l’histoire.
«C’était la déception totale, car on avait tellement une bonne équipe. On avait gagné la Coupe du monde. On n’avait juste pas performé en trébuchant sur plein de petits détails difficiles, souligne Brodeur. On s’était mis dans une mauvaise position et on en avait payé le prix.»

Dans son bureau de Québec, Gagné n’a conservé que la photo d’équipe de cette aventure en Italie. Il a préféré mettre l’accent sur les moments de gloire de 2002 qui lui font réaliser, à 45 ans, que le petit garçon qui jouait dans les rues pour la coupe dans les années 80 possède aussi l’or olympique.


Retour dans le temps: prévoir la caméra vidéo

On peut penser que c’est à des années-lumière, car maintenant, il suffit de fouiller dans sa poche. Sortir un cellulaire et commencer à filmer une scène prend une fraction de seconde. Au début des années 2000, toutefois, c’était une tout autre histoire. Il fallait tout prévoir pour capter des moments intenses comme aux Olympiques.
En 2002, les grandes entreprises mondiales de téléphonie mobile comme Motorola, Sony ou Nokia avaient diminué la taille de leurs appareils en retirant leur antenne rétractable! La majorité d’entre eux n’offraient même pas de minuscule écran couleur et il était impossible de prendre une photo. Encore moins de la vidéo...
Pour immortaliser les grands moments de leur grande victoire à Salt Lake City en finale contre les Américains, les Canadiens avaient préparé leur caméra vidéo. Oui, oui!
En fait, les vétérans avaient prévu le coup.
«C’était ma première expérience olympique, je n’avais rien amené, rigole Simon Gagné en rappelant ses 22 ans à l’époque. Par chance, Hockey Canada avait rassemblé toutes les images des joueurs et nous avait envoyé le DVD.»
Dans les bras de Martin
Au son de la sirène, l’attaquant québécois était sur la patinoire. Il avait aussitôt sauté dans les bras de son gardien et co-chambreur, Martin Brodeur, qui était alors âgé de 29 ans.
Malgré sa participation aux Jeux de Nagano quatre ans plus tôt, Brodeur n’avait pas placé sa caméra près du banc.
Et cela, pour deux raisons:
«C’est drôle, parce que toute ma vie, c’est mon père qui prenait des photos», réagit-il en se rappelant très bien de la scène décrite par Gagné alors que son paternel, Denis, a capturé d’innombrables images de cette conquête en plus de ses aventures à Turin et Vancouver. «Encore aujourd’hui, je suis le seul dans la famille qui est incapable de prendre une photo.»
Quand les lecteurs DVD seront chose du passé, il y aura toujours les médias sociaux et YouTube pour rappeler ces beaux moments.
Chose certaine, 24 ans après l’or de 2002, les joueurs de l’alignement canadien actuel n’auront pas à prévoir de recharger les batteries de leur grosse caméra en la plaçant près du banc dans un éventuel match pour les grands honneurs. Leur cellulaire dernier cri fera amplement le travail.